LUTTE ENTRE LE PARLEMENT
aucun progrès ; le Parlement n'était sérieusement occupé qu'à se maintenir et à se défendre contre ses ennemis. Dès que^ par l'influence de Cromwell^ les deux mesures eurent été remises à Tordre du jour^ leurs partisans ne laissèrent à la Chambre point de relâche. Repris le
17 septembre 1651 et rapporté le 27 novembre suivant, l'acte d'amnistie fut vivement débattu dans seize séances, et adopté enfin le 24 février 1652, avec quelques restrictions. On en était, dans le pays, si vivement préoccupé qu'en en ordonnant la publication, la Chambre chai^ea le conseil d'État de veiller à ce qu'il ne fût pas abusivement et fautivement réimprimé, de telle sorte qu'il en pût résulter quelque inconvénient. La discussiqn de la loi électorale fut encore plus pressée et plus chaude ; elle occupa, soit le comité chargé de rédiger le projet, . soit la Chambre elle-même, du 17 septembre 4651 au
18 novembre suivant ; des convocations expresses, des divisions fréquentes et des majorités très-disputées attestèrent l'ardeur des esprits comme la gravité de la question; quarante-neuf voix seulement contre quarantesept décidèrent que le moment était venu de fixer un terme à la durée du Parlement actuel ; et dans tous ces votes, on rencontre Cromwell à la tête des plus vifs partisans de la dissolution . Ils l'emportèrent enfin ; mais leur triomphe effectif fut renvoyé à une longue échéance ; le Parlement vota le 18 novembre 1651 qu'il ne siégerait pas au delà du 3 novembre 1654. Grâce aux victoires de Cromwell, la guerre civile entre le Parlement et le roi avait cessé; on prétendit assigner une durée de trois
Et CROMWELL aC51-1653). 301
ans au duel qui s'engageait entre Cromwell et le Parlement*.
Par bon sens, non par modération ou patience dans le caractère, Cromwell savait attendre ; il appréciait sainement, dans chaque circonstance, ce qui était possible, et il s'arrêtait là, quoique ses désirs et ses menées portassent bien plus loin. Il avait réussi à faire fixer un terme à la vie du Parlement ; il ne tenta point de le faire rapprocher selon son gré. Mais des moyens détournés s'offraient à lui pour harasser et user plus vite le pouvoir auquel il avait affaire : il les mit en œuvre, tantôt avec un emportement i)assionné, tantôt avec une astuce profonde, selon ce qu'indiquait ou permettait l'occasion.
L'esprit d'innovation ne se bornait pas, à cette époque, en Angleterre, aux seules questions de gouvernement et d'ordre politique; il pénétrait aussi dans l'ordre civil, et sollicitait, dans les lois et la procédure, des réformes où les intérêts quotidiens de toute la population étaient engagés. Beaucoup d'idées fermentaient à cet égard, encore obscures, vagues et incohérentes, mais toujours puissantes par les rudes besoins auxquels elles répondent et les perspectives illimitées qu'elles entr'ouvrént. 11 s'agissait d'abolir de lourds impôts^ de rendre la justice prompte et peu coûteuse, de simplifier le régime de la propriété, d'alléger le poids des dettes.
i Journah of the H. of C, t. VI, p. 195, 250, 210, 344; t. VIT, p. 19, 44, 96, 36, n.—Mémoires de Ludlow, t. II, p. 101.