LIVRE HUITIÈME, {i^hl-ïm.) A
et après la lecture de l'acte des communes qui instituait la cour^ on fit l'appel nominal; soixanteneuf m^nbres étaient présents. « Sergent, dit » Bradshaw^ qu'on amène le prisonnier (*). -»
Le roi parut sous la garde du colonel Hacker et de trente-deux officiers : un fauteuil dé telours criamoisi était préparé pour lui à la barre; il s^avança , porta sur le tribunal un long et sévère regard , s'assît dans le fauteuil sans ôter son cha* peau , se releva soudain , regarda derrière lui Isl garde placée à la gauche et la foule des spectateurs à la droite de la salle, reporta les yeux sur les juges, puis se rassit au milieu du silence. universel.
Bradshaw se leva à l'instant : « Charles Stuart, » roi d'Angleterre , dit-il , les communes d^ Angle- » terre assemblées en parlement, profoôdément » pénétrées du sentiment des maux qu^on a feit » tomber sur cette nation, et dont vous êtes con- » sidéré comme le principal auteur, ont résolu de
(*} La plupart des faits du procès du roi sont tirés des deux relations contemporaines insérées dans les State-Trials (t. IV, col. 989-1154), et qui ont été presque complètement traduites dam ma <*oi2ect«ony sous le titre de Procès de ChaHes /*% Tj renvoie donc une fois pour toutes, et n*userai de citations particulières que pour les détails puisés ftitteurs; j'en ai tiré uû grand nombre, et ce ne sont pas les moina caractéristiques , des procès-verbaux des procè;B intentés aux régicides après la resUuration en 1060 {State-Tria^s, t. V, col. 947-1363.) II. 32
M6 RÉVOLimON DANGLGTBimfi.
» poursuivre le crime du saag; dans celte inten- » tion, elles ont institué cette haute cour de jus- » tice devant laquelle vous comparaisses aujwrn d'hui. Vous ailes entendre les cbarges qui posent » sur vous. »
Le procureur général, Goke^ se levait pour prendre la parole : « Silence U dit le roi en le touchant de sa canne sur l'épaule ; Coke 9e retourna surpris et irrité ; la pomme de la canne du roi tomba; une cokirte mais profonde altératipn parut dans ses traits; aucun de ses serviteurs n'était à portée de ramasser pour lui la pomme ; il se baissa, la reprit lui-^mème, se rassit » et Coke lut l'acte d'accusation qui , imputant au roi tous les maux nés d'abord de sa tyrannie , ensuite de h guerre, demandait qu'il fût tenu de répondre aux charges, et que justice fût faite de lui comme tyran, trattre et meurtrier.
Pendimt cette lecture , le toi , toujours assis , promenait, tantôt sur les juges, tantôt sur le public, des regards tranquilles : un moment il se leva de nouveau, tourna le dos au tribunal pour regarder derrière lui, et se rassit l'air à la fois curieux et indifférent. Aux seuls mots de «Charles »Stttart, tyran, traître et meurtrier, » il se mit à rire, quoique toujours silencieux.
UVRE HUITIÈMB. { 16/i7-i6/49.) Û99
La lecture achevée : «Monsieur (*), dit Bradshaw » au roi ^ vous avez entendu votre acte d'accusa- » tion; la cour attend votre réponse. »
Le roi. a Je voudraii^ savoir par quel pouvoir je » suis appelé ici. J'étais , il n'y a pas longtemps ^ » dans nie de Wight, en négociation avec les deux » chambres du parlement , sous les garanties de la » foi publique. Nous étions près de conclure le XL traité* Je voudrais savoir par quelle autorité , » j'entends légitime^ car il y a dans le monde » beaucoup d'autorités illégitimes , comme celle » des brigands et des voleurs de grand chemin , je » voudrais, dis -je, savoir par quelle autorité j'ai » été tiré de là et conduit de lieu en lieu, je ne » sais à quelle intention. Quand je connaîtrai cette » autorité légitime , je répondrai. »
Bradshaw. « Si vous avie% bien voulu foire at-- » tention à ce qui vous a été dit par la cour à votre » arrivée ici, vous sauriez quelle est cette auto-
t*) Bradshaw donne au roi le même titre de sir que le roi doone à Bradsbaw, et qui sifoifie égalemeot «tr et monsiewr; J'ai hésité sur |e choix à faire entre ces deux versions, et me suis enfin décidé pour monsieur : 1^ parce que Te fond même du langage de Bradshaw ne parait pas comporter un autre titre donné au roi ; 2° parce que, dans tout le cours du procès, il n*a pas une seule fois appelé le roi votre Majesté^ ce qui semble indiquer le dessein de supprimer les anciennes formes du respect.
500 RÉVOÏ.UTION D'ANGLKTKÎIRE.
» rite. Elle vous requiert, au nom du peuple d'An-^ » glelerredont vous avez été élu roi, de lui ré- » pondre. »
Le roi. « Non, Monsieur, je nie ceci. »
BftADSHAW. « Si vous HO roconnaisscz pas Faulo- » rite de la cour, elle va procéder contre vous. »
Le roi. « Je vous dis que FAngleterre n'a jamais »été un royaume électif, qu'elle est depuis près » de mille ans un royaume héréditaire. Faites-moi » donc connaître par quelle autorité je suis appelé » ici. Voilà M. le lieutenant^coloneï Cobbett, de- » mandez -lui si ce n'est pas de force qu'il m'a em- » mené de Tîle de Wight. Je soutiendrai autant » que qui que ce soit les justes privilèges de la » cliambre des communes. Où sont les lords? Je » ne vois pas ici de lords pour constituer un par- » lement (*). Il y faudrait aussi un roi. Est-ce là ce » qn'on appelle amener le roi à son parlement f »
Bradshaw. « Monsieur, la cour attend de vous » une réponse définitive. Si ce que nous vous disons » de notre autorité ne vous suffit pas, cela nous » suffit à nous ; nous savons qu'elle se fonde sur ï> l'autorité de Dieu et du royaume. »
(*) State-Trîaîs, t. V, col- lOSl ; dans te procès de Coke, dëposilion de Nulley.
UVBE HUITIÈME. (16^5-16660 501
Le roi. a Ce n'est ni mon opinion , ui la vôtre x> qui doivent décider. »
Br^dshav^. « La cour vous a entendu ; on dîspo- » sera de vous selon ses ordres. Qu'on emmène » le prisonnier. La cour s'ajourne à lundi pro - » chain. »
La cour se retira; le roi sortit avec la mémo escorte qui l'avait amené. En se levant il aperçut l'épée placée sur la table : « Je n'ai pas peur de » cela, » dit-il en la montrant de sa canne. Conune il descendait Tescalier, quelques voix se firent entendre , criant : « Justice ! justice î » Mais un bien plus grand nombre criaient : « Dieu sauve le roi ! » Dieu sauve votre Majesté ! »
Lq lendemain, à l'ouverture de la: séance, soixante-deuK membres présents, la cour ordonna, sous peine d'emprisonnement, un silence absolu : le roi , à son arrivée, n'en fut pas moins accueilli par une vive acclamation. La même discussion recommença , des deux parts également obstinée : a Monsieur, dit enfin Brad«haw, ni vous, ni per- » sonne ne serez admis à contester la juridiction » de la cour ; elle siège ici par l'autorité des corn- » munes d'Angleterre , envers qui vous et tous vos » prédécesseurs êtes responsables. »
Le roi. «Je le nie. Montrez-moi un précédent. »
603 KÉVOLUTION D'ANGLETERRE.
Bradshaw se leva avec colère : « Monsieur, nous » ne siégeons pas ici pour répondre à vos ques- » tiens ; plaidez sur Faccusation , coupable ou non >i coupable (*). »
Le roi. « Vous n'avez pas encore entendu mes » raisons. »
Bradshaw. a Monsieur, vous n'avez pas de rai- » sons à faire entendre contre la plus haute de » toutes les juridictions. »
Le roi. « Montrez-moi donc cette |urîdiction où A la raison n'est pas entendue. »
BRA.t)SHiiw. « Monsieur, nous vous la montrons » ici ; ce sont les communes d'Angleterre. Sergent, » qu'on emmène le prisonnier. »
Le roi se tourna brusquement vers le peuple : « Rappelez- voua , dit-il , que le roi d'Angleterre » est condamné sans qu'il lui soit permis de don- » ner ses raisons en faveur de la liberté du peuple ! » Et un cri presque général s'éleva : « Dieu sauv^ » le roi f ) 1 »
La séance du lendemain , 23 janvier ^ amena les mêmes scènes : la sympathie du peuple pour 1^
(•) State-TriatSf t. V, col. i086 : dans le procès des régicides, et notamment dans celui de Coke, dépositioû de John fieme.
(2j State-TrialSy t. V, col. 1086 : dans le procès des régicides* et ttotamment dans celai de Coke.