‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 4)Chapitre 15 sur 116 · LIVRE CINQUikMK. (16A3-!6â · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUikMK. (16A3-!6â

institulion humaine^ flexible, que, selon les temps et les convenances y on pût modifier à son gré; c'était le seul système légitime y un gouvernement de droit divin, la loi môme de Christ. Le parti en voulait le triomphe sans réserve, à tout prix, comme une sainte et indispensable révolution. En politique, au contraire^ malgré la rudesse de ses actes et de son langage, ses idées étaient vagues et ses intentions modérées; aucune croyance systé* matique, aucune passion vraiment révolutionnaire ne le dominaient; il aimait la monarchie en combattant le roi, respectait la prérogative en travail* lant à asservir la couronne , ne se confiait qu'aux communes, et ne portait cependant aux lords ni malveillance ni dédain, obéissait enfin à d'an* ciennes habitudes autant qu'à des besoins nouveaux , ne se rendait compte avec précision ni des principes ni des conséquences de sa conduite, croyait ne tenter quune réforme légale, et ne souhaitait rien de plus.

Ainsi agité de dispositions contraires, impérieux et incertain , fenatique et modéré tour à tour, le parti presbytérien n'avait pas même des chefs sortis de ses rangs et toujours animés de sentiments conformes aux siens. Il marchait è la suite dés réformateurs politiques , premiers interprètes

et vrais représentants du mouvement national. Leur alliance lui était naturelle et nécessaire : naturellC; car ils voulaient, comme lui, réformer le gouvernement, et non l'abolir; nécessaire, car ils étaient en possession du pouvoir, et le conservaient par la supériorité de leur rang, de leurs richesses, de leurs lumières : avantages que les plus ardents presbytériens ne songeaient point à contester. Mais en acceptant , en achetant même au besoin , par de grandes concessions, l'appui des sectaires, la plupart des réformateurs politiques ne partageaient, quant à TËglise, ni leurs opinions ni leurs vues; un épiscopat modéré, réduit à l'administration légale des affoires ecclésiastiques , leur eût convenu davantage, et ils ne servaient le système presbytérien qu'à contre-cœur, en s'efforçant sous main d'en ralentir les progrès. L'énergie du parti dans la révolution religieuse était ainsi déjouée par des chefs que pourtant il ne pouvait ni ne voulait abandonner ; et leur union n'était complète et sincère qu'en matière de réforme politique, c'est-à-<liro dans la cause où chefs et parti n'avaient ni passions intraitables à satisfaire, ni principes absolus à faire triompher.

Or, à la. fin de 1643, la réforme politique, légale du moins, était consommée; les abus nesub-

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sislaient plus : on avait £sdt toutes les lois qu'on jugeait nécessaires^ et modifié les institutions aussi bien qu'on savait; rien ne manquait à l'œuvre que les défenseurs des anciennes libertés et les sectai^ res presbytériens voulaient également et pouvaient accomplir de concert. Mais la révolution religieuse était à peine commencée, et la réforme politique, chancelante et mal garantie, menaçait de se tourner en révolution. Le moment approchait donc où les vices intérieurs du parti jusque-là dominant, l'incohérence de sa composition, de ses principes, de ses desseins, devaient infailliblement éclater. Chaque jour il était forcé de marcher dans des voies opposées , de tenter des efforts contraires. Ce qu'il sollicitait dans l'Église, il le repoussait dans l'Ëtat; il (allait que, changeant sans cesse de position et de langage, il invoquât tour à tour les principes et les passions démocratiques contre les évèques, les maximes et les influences monarchiques ou aristocratiques contre les républicains naissants. Celait un spectacle étrange de voir les mêmes hommes démolir d'une main et soutenir de Tau Ire, tantôt prêcher les innovations, tantôt maudire les novateurs; alternativement téméraires et timides, rebelles et despotes à la fois ; persécutant les épiscopaux au nom des droits de la liberté, les

RÉVOLUTION D'ANGLKTERRE.

indépendants au nom des droits du pouvoir ; s'arrogeant enfin lé privilège de rinsurrection et de b tyrannie en déclamant chaque jour contre la tyrannie et T insurrection.

Le parti se voyait en même temps délaissé ^ ou désavoué, ou compromis par plusieurs de ses chefs. Quelques Unô , comme Rudyard , soigneux surtout de leur considération et de leur vertu^ se retiraient de l'arène , ou n'y paraissaient plus que de loin en loin, pour protester plutôt que pour agif. D'autres, moins honnêtes, comme Saint-John, ou plus persévérants et plus hardis , comme Pym , ou' occupés surtout de leur sûreté personnelle, re^ cherchaient, ménageaient du moins le parti nou^ veau dont ils pressentaient le prochain pouvoir. Beaucoup, déjà désabusés et corrompus, avaient renoncé à toute espérance patriotique, ne s'inquiétaient plus que de leur propre fortuné , et formant, dans les comités investis du maniement des affaires , une avide coalition , se distribuaient mutuellement les emplois , les confiscations , le$ marchés. Parmi les grands seigneurs jusque-là engagés dans la cause nationale, plusieurs, comme on l'a vu , l'avaient quittée naguère pour aller mendier leur paix à Oxford ; d'autres , s' éloignant absolument des affaires publiques, se retiraient

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dans l^irs terres; et pour éviter tantôt le pillage, tantôt le séquestre , négociaient tour à tour avec bi cour et le parleinent. Le 22 septembre, dix lords seulement siégeaient dans la chambre haute ; le 6 octobre, ils n'étaient que cinq (*). Un appel nominal, institué à l'ouverture de chaque séance, et h crainte de voir ainsi leur absence légalement Constatée , en t^menèrent quelques uns à Westminster (^); mais la haute aristocratie, chaque jour plus suspecte ou plus étrangère au peuple , n'en devenait pas moins, pour les presbytériens, un embarras plutôt qu'un appui : et tandis que leur fanatisme religieux éloignait d'eux d'habiles défenseurs des libertés publiques, leur modération politique les empêchait de renier d'incertains et compromettants alliés.

Depuis trois ans enfin le parti dominait t q^ie , dans l'Église ou dans l'État, il eût ou non accompli ses desseins, c'était par son aide et de son aveu que , depuis trois ans , les affaires étaient conduites * à cie litre seul, beaucoup de gens commençaient à

(*) JournahofthehôuseofLorâs. Les dit lords présents le 22 septembre éuient les cemces de Boliagbreke , de Liocola , de Staniford et de Denbigh ; le vicomte Say, et les barons Grey, Wharton , Howard ,

HunsdonetDacre.

(2) Joumaisoftkekouseof Lords,

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s'en lasser; on s'en prenait à lui de tant de maux déjà soufferts y de tant d'espérances déçues ; on le trouvait aussi persécuteur que les évéques, aussi arbitraire que le roi; on relevait avec amertume ses contradictions y ses feiblesses; (m ressentait enfin , môme sans vues factieuses ou intéressées y par le seul progrès des événements et des esprits^ un secret besoin de principes et de dominateurs nouveaux.

Les uns et les autres étaient tout prêts ^ et, pour saisir l'empire, n'attendaient que l'occasion. Longtemps avant l'origine des troubles, lorsque les presbytériens commençaient seulement à manifester l'intention d'imposer à l'Église nationale une constitution républicaine, d*y maintenir sous cette forme l'unité du pouvoir comme de la foi , et de disputer ainsi à l'épiscopat l'héritage de la papauté, déjà les indépendants, les brownistes, les anabaptistes demandaient hautement si une Église nationale devait subsister , et à quel titre un pouvoir quelconque, papauté, épiscopat ou presbytère, s'arrogeait le droit de courber des consciences chrétiennes sous le joug d'une mensongère unité. Toute congrégation de fidèles , disaient-ils , habitants ou voisins du même lieu , qui se réunissent librement, en vertu de leur foi commune, pour

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