LIVRE CINQUIÈME. (16/i3-i6/i5.) lOS
devait remporter : pourquoi ne pas le dire hautement? Pourquoi n'invoquer la souveraineté du peuple qu'en désespoir de cause et pour légitimer la résistance 9 quand elle doit servir de base au gouvernement lui-même et légitimer d'avance le pouvoir? Après avoir secoué le joug du clergé romain, du clergé épiscopal, on était près de subir celui du clergé presbytérien : à quoi bon un clergé? De quel droit les prêtres forment-ils un corps permanent, riche , indépendant , autorisé à réclamer le bras du magistrat? Que toute juridiction, même la faculté d'excommunier, leur soit retirée; que les moyens de persuasion, la prédication, l'enseignement, la prière, leur restent seuls, et tout abus du pouvoir spirituel , tout embarras pour le concilier avec le pouvoir civil, cesseront aussitôt. Dans les fidèles d'ailleurs , non dans les prêtres , réside le pouvoir légitime en matière de foi : c'est aux fidèles qu'il appartient de choisir et d'instituer leurs prêtres, non aux prêtres de s'instituer entre eux pour s'imposer ensuite aux fidèles. Tout fidèle enfin n'est-il pas prêtre lui-même^ pour lui, pour sa famille, pour tous les chrétiens qui, touchés de sa parole , le jugeront inspiré d'en haut et voudront s'unir à ses prières? Qui oserait contester au Seigneur le pouvoir de conférer ses dons
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à qui il veut el comme il lui plaît? Soit qu'il s'agisse de prêcher ou de combattre^ c*est le Sei- ^eqr seul qui choisit et consacre ses saints; et quand il les a choisis^ il leur remet sa cause^ et na révèle qu'à eux seuls par quels moyens elle d&ît ' trÎQmpher. Les libertins applaudissaient à ce lan^ g^age ; pourvu qu'on poussât la révolution jusqu'au bout, et sans s'inquiéter des moyens y peu leur ijQftportaient les motifs.
Ainsi se formait le parti des indépendants, bien moins nombreux ^ bien moins accrédité dans la nation que celui des presbytériens, mais déjà en possession de cet ascendant que donnent des croyances systématiques, complètes^ toujours prêtes à rendre raison de leurs principes, à en ac* cepter toutes les conséquences. L'Angleterre était alors dans une de ces crises glorieuses et redou-tables où l'homme, oubliant sa faiblesse pour ne so souvenir que de sa dignité, a cette sublime ambition de n'obéir qu'à la vérité pure , et ce fol orgueil d'attribuer à son opinion tous les droits de la vérité. Politiques ou sectaires, presbytériens ou indépendants, aucun parti n'eût osé se croire dispensé d'avoir raison et de le prouver. Or les presbytériens échouaient dans cette épreuve, car leur sagesse se fondait sur l'autorité des faits et des