‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 4)Chapitre 20 sur 116 · LIVRE CINQUI::ME. (1(ï · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUI::ME. (1(ï

propositions, ses moyens : les uns voulaient qu'on poussât la guerre sans relâche y assurés que bien* tôt les foctions rivales obéiraient à leurs inimitiés plutôt qu'à leurs périls ; les autres demandaient au contraire que , par l'entremise des lords réfugiés à Oxford, des comtes de HoUand et de Bedford surtout, on se rapprochât d'Essex et de son parti, qui, au fond, n'avaient pas cessé de souhaiter la paix ; quelques uns conseillaient même des avances aux chefs déjà connus des indépendants, disant qu'on en aurait meilleur marché; et lord Lovelace, de l'aveu du roi, entretenait avec sir Henri Vane une correspondance assidue, bien éloigné de se douter que Vane la suivait aussi de l'aveu des siens, pour s'instruire de Tétatde la cour (*). Mais aucun de ces conseils n'était accueilli ou efficace. C'était à grand'peine que les lords déserteurs du parlement avaient obtenu qu'on leur ouvrît les portes d'Oxford ; au premier bruit de leur prochaine arrivée, un soulèvement général y avait éclaté contre eux ; le conseil privé , solennellement réuni, avait longuement délibéré sur l'accueil qu'on devait leur faire ; et malgré les sages représentations de Hyde , nommé récemment chancelier

(«) Pari. Hist.y t. Hï, col. 199. Whitelocke, p. 76.

110 ttfeVOLO TÎON D'ANGLKTEnnt.

de réchîquîer, Charles , on consentant à les recevoir, avait décidé qu'on les traiterait avec froideur (*). En vaiti lord Holland , le plus élégant et le plus tïdroit des courtisans , était parvenu , avec raide de M. îermyn , à rentrer en grâce auprès de la reine (■); en vain il déployait tout son art pour reprendre avec le roi son ancienne femiliarité , tantôt affectant de lui parler à Toreille, tantôt réussissant , sous quelque prétexte, à Taltirer dans une embrasure de fenêtre pour avoir Toccasion , eu du moins se donner Tair de Tentrelenir en secret (®) ; en vain même , à la bataille de Newbury, il avait vaillamment combattu en volontaire, et offert son sang pour gage de sa nouvelle fidélité (*) : rien n'avait pu vaincre la sécheresse hautaine du roi , ni imposer silence aux clameurs de cour \ et loin de voir accepter leurs services , les lords ré- JPùgiés ne songeaient déjà plus qu'à se soustraire à tant de dégoûts. Les partisans d'une gtierre vigoureuse se faisaient écouter avec plus de faveur, mais sans plus d^effet : le mauvais succès du sîége de Glocéster avait jelé Oxford dans une anarchie aussi

(*) Clarendon , Hisl, oftherebell., t. VI, p. 197. (2) Ibid., p. 203,256.

(3) Ibid., p. 258.

{*) Ibid.y p. 255.

LIvnÊ ClNQtnÈME. (16û3-16/i5.) 111

impuissante que tracassièrc; tous s'imputaient réciproquement cette fatale entreprise ; le conseil se plaignait des désordres de Tarmée; l'armée bravait insolemment les reproches du conseil; le prince Robert, quoique dispensé, même un jour de bataille, d'obéir à tout autre qu'au roi luimême (*), était jaloux du général en chef; le général et tous les grands seigneurs murmuraient hau^ lêment de l'indépendance et de la grossièreté du prince Robert. Le roi , qui respectait dans la personne de ses neveux la dignité de son sang, nô pouvait se résoudre à donner contre eux raison à un sujet, et sacrifiait a ce ridicule orgueil les droits, les services mômes de ses plus utiles amis. flyde seul s'opposait avec franchise à de telles feutes, et parvenait quelquefois à l'en détourner*, mais ttyde lui-même, étranger à la cour, sans autre éclat ni pouvoir que celui de ses fonctions , avait besoin que la volonté du roi le soutint, tantôt contre l'humeur de la reine , tantôt contre les intrigues de jaloux courtisans; il maintenait sa réputation de conseiller influent et d'homme sage, mais sans exercer un ascendant véritable, sans obtenir aucun important résultat (*). La discorde

(*) Clarendon , Hist.oftherehelLy t. V, p. 73. (2) /6fd., LVI, p. 215, 252.

112 UÉVOLUTIOiN DANGLETERRK.

enfin était aussi grande à Oxford qu'à Londres, et bien plus fatale, car à Londres elle précipitait, à Oxford elle paralysait le mouvement.

Ce fut au milieu de tant d'embarras, et lorsque, au fond du cœur, il était peut-être aussi las de son parti que de son peuple, que Charles apprit la nouvelle alliance de l'Ecosse avec le parlement, et qu'un autre de ses royaumes se disposait ainsi à lui foire la guerre. 11 ordonna sur-le-champ au duc de Hamilton, rentré en possession de sa confiance, et son commissaire à Edimbourg, de prévenir à tout prix une telle union. On offrit, dit-on, aux Écossais de leur assurer à 1 avenir le tiers des charges de la maison royale ; d'annexer de nouveau à l'Ecosse les comtés de Northumberland , Westmoreland et Cumberland, dépendants jadis de son territoire ; de fixer à Newcastle la résidence du roi ; enfin d'établir au milieu d'eux le prince de Galles et sa cour (*). De telles promesses, s'il est vrai qu'elles aient eu lieu, ne pouvaient être sincères ni accomplies, et le parlement écossais l'eût-il voulu, un feit récent ne permettait pas qu'il s'y laissât tromper. Le comte d'Antrim venait d'être arrêté en Irlande par les troupes écossaises can-

(1) Burnet, Hist, de mon temps ^ i. I, p. 72, dans ma Collection des Mémoires relatifs à la révohuion d'Angleterre.

tiHinées dafis FUIster^ peu d'heures ^ptès «on dé-^ barquemefDl ;^ ron ayait trouvé sur sa personne les preuYôis du pbn foraié à York en ire Mctotrosé et lui , peiyjatit leur séjour auprès ée^ la reîne , pour transporter en Ecosse' un corps noiflbreux de catbdiques îrbndaîs^, soulever les montagnards du nord, et feîre àînsî, en feivèur du rôî, une paissante âiYersion, ^idemmen t renti^riée était sur le point de cooimehcèr^ cai? Montrose avait rejoint le r^ pendant le siège dfeGlôcester, et An^ tjrÎQQi arrîvail dTO^ord.Çoinine à son dernier vidyàgè en Ecosse^ le roi méditait donc, contre ses sujets^ les phis ^mètres desseins y au moment même ah on'letir Êûsait de sa part les plus ma^ifiqûesrp^ positions. Lé parleineni d^imbourg conclut eii toute bàle son traité avec dèlui M Westminster^ et l'inlorma de tous ces détails {*)• '

II avait Isiit et lut tranimit en même temps une bien plu» jgtMB découverte : les j^pîérs d' AntritA laissaient entrevoir que le roi jentretenait^ àveç les Irlandais in^if gés > de fréquentes irelaiions y qu'il avait reçu plusieurs fois leurs demandes, leurs offres , qu'il était même^ près de conclure avec eux une suspension d*armes, et s'en prômeltàît, pour

{*) Mateolm Ulng, Hist. of Scollmd y t. Ht , p. 25€. '

iik RÉVOLUTION P'AlieiJSTBlIRS.

\a pnpdiaiiM campagpè, les metlIieiivsTéràllals (^). G9ft iQ4ioâtî^9 n'étaient point trompeuses i depuis longtemps déjà, Cbarles, sans cesser de is mai&iire quan4 ilparlaitàl'Angl^terre^étaUavetiîrirlande re* t^lle en ménagemejnt ei&^ n^ociation {% Laguwre allumée par rinsurrectîon avaîti continué dans ce malheureux pays «ans relàclie , mtis sans^^flFei. Pi^ ou doose mille soldats > mal payés, facemen| recrutés, étaiten^ tropiaiUes pour le sirainettrey qui^qiie suffisants pour l'empêcher de s'a^ranchîr ^ Au meis de. £&vrîer t642^ avant rexplosioii de k guerra civile^ les cban3i>res avaient vouln tenter un grand eflbft : un emprunt avait été ouvert pour siuliire aux frais d'une expédition dédiive ; etlés t^r^sdes in^ur^Si.quiB les confiscations fertures nie pouvaient man^fuer de^ Mre échoir h la oen^ renne 9 avaient été affectées d'avance, d'après un 4arif détermn[ié^ au remboursement des souscripteurs (^), De fortes sommes lurent ainsa recueillies; et quelques secours envoyés à i>ublin i mais la guerre civile édata; pr^sé par ses prq^rés a^res^

(1) Malcoliii Laing, HisU of scotl,, t. III, p. 256.

^ Sft é^réspôRV^airàe arec lord Ormend «e permet pasid^an douter (Carte, Ormpfid'sLifef t. UI, posai» }. H. Brodie ep a hita r^umé 1^ preuves {Hist, of the BHtish empire, t. III, p. 459, dans la note).

(5) May, liist. du Long-Pari. , 1. 1, p. 296, dans ma Cûlkctim , et tous les Mémoir» du tem^.

llTfiB GIXQUiÈM& (ieâM6a5.) lis

e' parii<»Mffit ne s'occupa plut de l'blaiide que 4e kmi^im: kiiu> Mtns irigoeur, sâiis suite^ pour assou'^ {4r, qaaoïi ell^ de^esaknt trep vp^es, les plainte* des "pMsAe^aiito^e o& toyMme^ surtoitt peut rendm^ ai]x:yew^ de l'ÀJigleterre^ lejroi responsable de i^eurs' laûlbéurs* Char les ne laisaît à leurs tntévèfts " ai plus' d'attecAioR ni plus de . sacrifices y. et peajiant qu^il reprochait au pairletnent <}e s'étrè appi^prié uni& partie des soffimes levées, pour leur cause , lui-même înten^ptaît les corrvois destÎBés à les approvisionner, bu leur enlevait j jusque dans les arsénauic de Dublin, les fusils et la poudre dont as atalentle plus pressantlesoîn (^) . Mais les prînci-* paux prWeslants dfrlande, aristocrates par situation , étaient attachés 4 Tépiscopat et à la cou-*, ronne; Tàrmée comptait parihî ses officiers un grand nombi^ de ceut que le parlement s^était empressé d'éMgn^r cominê iîavalîers; ils avaient peur généraîï le comté cPOrfiaond, rî<Aè, b^ave-, Qétkévmtj popimlairé, qui gagni éeut batailles contre les rebelles f)^ et fit hoiineur au roi de 1^ Succèflr. Lé parti parlèlneritaîre déclina rapide^ ment en Irlande; les magistrats qui lùî étaient

(>] Carte , Ommd's Êâfé, X^ 0, Ànm^Ueè^p. S «t 5. (2) Les batailles de Kilnub et de Ross , k» 45 «vrit i^S et 19 mars 1643. , . . . —

110 nÉvoLirnôN d'angletebre.

dévoués Furent remplacés par des royalistes : le parlement envoya deux commissaires, membres des communes^ pour ressaisir quelque empire ('); Boais Ormond leur interdit I^entrée du conseil, et au bout de quatre mois se sentit assez fort pour les contraindre à se rembarquer (% Tout le pouvoie civil et militaire fut dès lors entre les maids du r6i, qui, débarrassé d'une surveillance impor* tune quoique impuissante, n'hésita plus à suivre le dessein auquel le poussaient ses embarr^ et son penchant. La reine n'avait jamais cessé d'en* tretenir avec les catholiques irlandais une corres pondaqce.que sans doute son mari n'ignorait pas| l'insurrection n'était plus^ comme aux premiers jours, le hideux déchaînement d'une populace sauvage; un conseil souverain de vingt- qnatre membres, résidant à Kilkenny (^) , la gouvernait avec prudence et régularité ; plus d'une fois déjà il avait adressé au roi d'affectueux messages > le suppliant de HjB plus persécuter, pour complaire à ses ennemis, de fidèles sujets qui n'aspiraient qu'à le servir. Charles ne se jugeait encore ni en assez grand péril ni assez affranchi de tout menace) GoodwiQ a Reynolds ^dAûtraotomne de 1^2. (^ Ett février 1643.

(3) Depuis le 14 novembre 1642.

gement envers ropinion de son peuple , pour ao* cepter ouvertement une telle alliance ; mais il pou-^ vait du moins y pensa-tril^ montrer aux Irlandais quelque douceur, et rappeler en Angleterre, pour l'employer contre des rebelles plus odieux et plus redoutables , l'armée qui les combattait en son. nom. Ormond reçut ordre d'ouvrir en ce sens desi négociations avec le conseil de Kilkenny (*); et en attendant leur issue, pour accréditer la raison oa se ménager l'excuse de la nécessité, on fit grand bruit de la détrJesse, en effet très réelle^ à laqueUe étaient réduits en Irlande la cause protestante ei ses défenseurs. Dans une longue et pathétique remontrance adressée au conseil de Dublin, l'ar-» mée exposa toutes ses misères et sa résolution d'aband(mner un service dont elle ne pouvait plus s'acquitter. Des mémoires envoyés à Oxford et à Londres portèrent au roi et aux chambres la même déclaration avec les mêmes plaintes (^). Cependant les négociations avançaient; au moment de l'ar*^ restation d'Antrim elles toudiaient en effet à leur terme; et vers le milieu de septembre, quelques jours avant celui où les chambres acceptèrent

(<} La commusion d'Ormond est datée du i t janvier 1643 ; les n&gociatioDS commencèrent dans le cours du mois de mars solvant. (^ Rusbworlh , t. VI, p. 537 etsuiv.

iis R&n>L(rnojs d'ancleteriii.

solennellemeat à Westminster le éoveneBt ccmméu arec FËcosse, rAn^etèrre apprit que k roi venait de signer avec les rebelles itlaadais une trêve d'un an (^) , que les troupes anglaisies qui eembattaient Firisurrectiofi étaient fappdées^ et que dix régi ^ BMiits dâift^queraient bieotôt > ciàq à Chest^^^ oiuq à Bristol (^). ^

De toutes parts r t'éleva une ctemeur vidmitè;; les Irlandais étaient pour l' Angleterre un^et de mépris ) d'aversion et d'effroi. Parmi les i^ya^ listes mêmes 5 et jusque dans les murs d'Qxford, le mécontentement n'hésita point à se manifester. Plusieurs officiers quittèrent Tarméede lord New* castle, et firent leur soumission au parlement (^). Lord HoUand revint à Londres, disant que les papistes prévalaient décidément à Oxford j et que Sa conscienco ne lui permettait plus d'y demeu^ rer (*). Les lords Bedford^ Glare, Pa^t, sir Edouard Dering, et plusieurs autres^ suivirent son exemple^ couvrant du même préteicte leuf inconstance ou leur lâcheté (^) ; Le parlement ne

(<).La trêve fut signée le 5 septemère 1643, 4 SiggiastowDy dans 1% comté de tCildare.

(2) GoûmQylIist. ùfthe commonweàlth ^ 1. 1, p. 279.

(3) Whitelockjp, p. 7d. ' , (<) Ibid, ■ • , ,

(^) lbid.y p. 75, 77. — ParLHiU,, l. III, çoK 18^, 2S7i .

Ii*ll6 CiRQUifcME: (16Û3-16W0 M

MiDaftirà poifit dliWèile eti tkit de repentir. La c^d^ita du roi était Tobjet de&f iiwectives et des •amifBiei peptilaires ; on rappelait ses protesta^ tidBê si réorates^ et le ton di hautain de ses ajpKH legies quand on s'était plaint dies intelUgences de b eOur âv^c les itisuf giés; bn s^applandissait d'avoi? si ^ttdicieteetnëRt pressenti ses menées secrètes; ons'indigiiait qu'il eût pu se flatter d'en imposer ainsi à soii penple ] ^t compter sur le succès d'une si grossière mauvaise foi. Ce fut bien pis quand oh sut qu un assez grand nombre de papistes irlandais étaient mêlés aux troupes rappelées , que des fommes même , armées de longs ëôuteaût et i^ous tin accoutrement sauvage, avaient été vues dans letirs rangs (*). Non content dé ne phis venger le massacre des protestants d'Irlande, le roi prenait donc à son service, contre les protestants d* Angle terre, leurs féroces meurtriers. Beâucotîp de gens , même d'une condition supérieure aux pré* ventions passionnées de te multitude, portèrent dés lots au toi une haine profonde , les uns à causé de sa duplicité, les autres en raison de sa feveuf pour d'odieux papistes, et l'insulte accompagna souvent son nom jusque-là toénagé.

130 RËVOLUnON D^ANGLÇTERRE^

Bientôt instruit de ce déchaînement et des soins du parlement pour le fomenter ; offensé y comme d'un outn^e, qu'on osât juger de ses intentions d'après ses actes^ non d'après ses discours, Charles à son tour fut saisi d'un redoublement de colère ; il manda Hyde : « C'est ^ lui dit-il ^ foire trop » d'honneur à ces rebelles de Westminster que de )^ les traiter comme s'ils étaient encore une portion » du parlement; tant qu'ils siégeront dans cette » enceinte y iis en usurperont le pouvoir. L'acte » par lequel j'ai promis de ne les dissoudre que de » leur propre aveu est, m'assure-t-on, nul de plein D droit , car je ne saurais abolir ainsi les préroga- » tives de la couronne ; j'en veux user enftn. Qu'(m ». prépare une proclamation qui^ dès ce moment, » déclare les chambres dissoutes , et défende ex- » pressément, à elles de se rassembler, à qui que » ce soit de les reconnaître ou de leur obéir. » Hyde écoutait avec surprise et anxiété, car l'idée seule d'une telle mesure lui semblait insensée, a Je vois y dit-il, que votre Majesté a profondément >i considéré CQtte question; pour moi, j'y suis tout » nouveau, et elle exige le plus sérieux examen : » je dirai seulement que je ne comprends guère » comment, de la part de votre Majesté, la défense » de se réunir à Westminster empêcherait un seul

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