LIVRE €lNQÇli:ME (1643-164Ô
n hooime de s'y rendre , et pourtant le royaume 2> en prendra à coup sûr un violent omhrage. Il se » peut que l'acte dont parle votre Majesté sdt nul » eu effet, et je suis enclin à le penser ; mais tant » qiie le parlement y revenu de ses erreurs ou » réprimé.dans sa rébellion^ ne l'aura pas déclaré » lui-même, aucun juge, aucun simple citoyen » n'oserait soutenir un tel avis . Or on a beaucoup » dit que telle était au fond la pensée de votre » Majesté ; qu'au nom du même droit elle nourri^-* » sait l'espoir de rapporter un jour, de la même D manière, tous les autres actes de ce parlement; » et déjà ce bruit seul, qu'elle a toujours soigneu- » sèment désavoué, a pui bien souvent à son ser- » vice : que sera-ce quand une proclamation^ » d'ailleurs impuissante, prouvera la légitimité de » tous les soupçons? Je conjure votre Majesté d'y » bien réfléchir avant de pousser plus loin ce des- » sein (*). »
Dès qu'on sut que Hyde avait parlé au roi avec tant de franchise , presque tous les membres du
conseil se rangèrent à son avis. Malgré sa roideur, Charles était, au milieu d'eux , incertain et timide j les objections l'embarrassaient , et il y cédait corn-
(^} Clarendon , Mémoires^ U 1$ p. 246.
iSS RÊVOLtmON D'ANGi.ETEBBE.
munément, ne sadhant que rendre , ou pour abréger la discussion qui lui déplaisait^ même avec les siens. Après quelques jours d'hésitation, {)tus apparente que réelle, le projet fut abandonné. Cependant quelque grande mesure semblait néôeêsaire^ne fôt-ce que pour tenir en éveille parti royaliste / et ne pas laisser au parlement , dans Tint^valle des campagnes , lé mérite d'occuper seul l'impatiente activité des esprits. Puisque ce nom de parlement exerçait sur te peuple un tel empire , quelqu'un proposa de convoquer à Oxfbrd tous les membres des deux chambres qui s'étaient éloignés de Westminster, et d'opposer ain^ , à tin parlement factieux et mutilé, un parlement légal et véritable, puisque le roi en ferait partie. La ph^osstion déplut à Charles ; un parlement^ même royaliste ^ ïui était suspect ei importun ; il faudrait donc écouter ses conseils, subir son influence, condescendre peut-être à des désirs de paix dont l'honneur du trône serait offensé. L'opposition de la reine fut plui^ vive enca&re ; une assemblée anglaise, quel que fût son zèle pour la cause royale, ne pouvait manquer d'être <5ontrâire aux catholiques et aux favorisa. Cependant , fa pi^oposîtiott une fois connue, il était difficile de la repousser : le parti royaliste l'avait accueillie avec transport ;
UVRE CINQUIÈME. (lStô^l6à5.) 133
^6 conieil moine insistait fortement Mr «es âvan*tages/sur les subsides que voteraient au nÀ leé diambres notiveUes , sur le discrédit où ti^inbe^ raient eellès de We^tminst^^ quand on verrait eoad3ien de membres )es avaient quittées; Charle^r eéda malgré sa répugnance ; et telle était la pente génémle des esprits que l'intention de dissoudre un parlement rebelle eut pcmr uniqoe effet la fer* mation d'un second parlement (*). *
<hi en prit d'abord à Londres quelque inquié'*^ tûde r on savait qu'en uràme temps le parti roya** liste renonvelatt dans la cité ses tentativos ) qu'il était question de traiter directement de^ h, paii entre le roi et lés bourgeois , sans rentremise dii parlement ; que les bases de la uégooîatioii étalent même convenues^ entre autres la r^onnaiisiiance des emprunts faits dans la cité, eB^unta;dmit les chambres payaient mal les intérêts^ et que le roi s'empressait de garantir (^) « Hors de Londr^i un autre complot fut aussi découvert, ti!aané ^ dit? on, par les modérés et quelques indépendants obscurs, pour empécber l'entrée des Écossais
(J) ClarendoD, Hist. ofthe rebell., t. Vil, p. 4 et suîv.— PaW. Hist., t, ni , col. 194. La proclamation royale qui convoque le parlement d'Oiford est du 22 décembre 1643.
(2) Pari. Hist., t. HI, col. 196. — Milton, mst; ofEnglArayUif^ 3, t. II, p. 40, édit. in-fol. Ptôse WorHs, Londres, 1738;
iSft ftÊVOLUTiON DANOLETEfiRE. .
dans le royauoiey et secouer le joug du parti pre^ bytérien, n'importe à quel prix (^)« Les communes enfin avaient à déplorer la perte du plus ancien et peut-être du plus utile de leurs chefe : Pym venait de mourir (*) après quelques jours de ma^ ladie; homme d'un renom moins éclatant que celui de Hampden, mais qui, soit dans les conseils secrets^ soit dans les actes publics de la chambre,, n'avait pas rendu de moindres services ; ferme ^ patient et adroit, habile à poursuivre un ennemi , k diriger un débat ou une intrigue> à fomenter la colère du peuple, à engager ou retenir dans sa cause les grands seigneurs incertains (^) ; memt|*e infetigable de la plupart des comités , rapporteur ordinaire des mesures décisives, toujours prêt à se charger des fonctions pénibles et redoutées; indifférent enfin au travail, aux dégoûts, à la fortune, à la gloire, et plaçant dans le succès de son parti toute son ambition. Peu avant sa maladie, il avait publié une apologie de sa conduite, adressée surtout aux amis de l'ordre et de la paix, comme s'il eût senti quelque regret du passé et un secret
(») Pari, Hist.^ U III, col. 200.— Whilelocke, i/emoriai», etc., p. 75.
(2) Le 9 décembre i643.
i}) Clarendon, m$l. oflhe reML, t. VII, p. B8.
LIVKE CTNQU^Ma li^^i^^.) in
effiroi qti'on ne lui imputât larenir {^). Hais là mort lui sauva, comme à Hampden, l'embarras de dépasser son opinion ou de démolir sa vie; et loin de releyer aveô humeur ces légers indices d'hésitation échiappés aux derniers jours de ce vétéran de la réforme nationale y les hommes qui se préparaj^t à la tourner en révolution^ Cromwell, Yane, Hasierig, s'empressèrent les premiers à combler d'honneurs sa mémoire : le corps de Pym demeura exposé plusieurs jours /soit pour satisfoire au vœu du peuple, qui s'y porta en foule^ soit pour repousser le bruit répandu par les roya-^ listes qu'il était mort de la maladie pédiculaire; un comité eut ordre d'examiner l'état de sa for-« tune et de lui feire ériger un monument dans^^ l'abbaye de Westminster; la chambre entière ém^ vit son convoi, et, peu de jours après, elle se chargea du paietuent de se$ dettes, toutes con-* tractées, dît-on, pour le service de la patrie, et qui s'élevaient à 10,000 livres sterling (*).
Au moment où les communes ad(^tàient ces résolutions, une députation du conseil commun
{}) Voir les tekmwtmmtstt Pièces hi$tori^pw^kU fin de ce Tolame , n* IV.
(2) Pari, nist.j t. m , col. IS6. — CtereadoQ» ITtst.o/'lAeitôe»., t. Vli, p. S4.
1» néWLOTiDN d'auglkterre.
de W dite se rendait anprèa des lords pour re»èr-* cier les àeat ckaiaiirei de leur énarpe , lé lorà générarl de scm courage, r^Muveler entre laors manu le termeat de vivre et de mourir pour la taîate oanM^ et les invitera un dtfter solennel^ en téiyioignBge d'union (*)>.
Le parlement rej^t toute sa oc^fiaace. Le joui^ même où devait se réomr rassemblée 4'0sA)rd<?), ub appel nominal eut liea à Westminster : vingts deux lords seuleme&t siégeaient dans la chambra haute; mais dans, celle des communes^ deux cent quatre-vin^s m^nbres répondirent à i'sqf^pcd^ et oenl autres na^'étaient éloignés que pour le ser«^ vÎM: et par Tordre du parlement (^). Il résolut de ne paa soulfrir que: ses drc4ts fosisent mis en ques^ tioi^ et de repou^ii^ dédai^eusement toute i^elatîon dvec les irivaui^ qu'on préiaiy^dalt Im dosm^» L'iQQca^o^ne s'«a itpas longtemps attendre, Huit jiiwrs & peine éboulés > Em\ remit à la çbawhre haute, sans l'avoir wvert, un paquetque venait de 1x1,1 transmettre le oomte de Forth> général en Qhef de Tarm^^ di| roi, Uft çpmité ht cl^rg^ d'en.
(«) 18 iaoriM- ISU. PmrL fM., t. «f, «•!. iSS^ 498. -^ Whlielocke, p. 76.
P) t2 lanyier 4644.
(5) Parl.Hist., t. III, col.199.— Whitelocke, A/emoriate,«tç.,p.76.
prendre eonnaiasance; son rapport fot prompt eit braf; le pflK^et ne contenait riçn , dit-îl, qm CM adrofsé aux doux chambra ^ et le lord général B,'avaît riw à £aire quelle le renvoyer. Essex obéit aur«*leH?hainp (*)•
C'était à loi seul en effet que la dépécbe était adres^^ Quaraoite-ciiiq lords ei cent dix^huit nten^res des eoBcitnttnes {^)y réunis à Oxford, Tin* ISormai^nt de leur installation , de leurs v(biix pa« cifiquef , des bonnes dispositions du roi y ^t le
pressaient d'employer son crédit pour déterminer au^ss^ la paix <»eeux dont il avait la ccmfiancef ). » Par ces mots seuls étaient désignées les chambrée de Westminster en qui Charles persistait à ne plus reoonnaUre le parlement.
Le 18 février, u^e nc^velle lettre parvint à Essex : le e^mte de Forth lui demandait un sauF-i conduit pour deux gentilsb(Hnmes que te mi,
(•) !•' féyriet 1644. Pari. Htst., t. UI, col. 201.
(2}- U (iriinBç d« Gtilçs et le duc 4?Yerk étaient à la t^te de cette liate , qui s'accrut plus tard de cinq lords et de vingt-trois membres des communes encore éloignés d'Oiford au moment de Tenvoi de la lettre. On çonii^tait de plus T{ott<4em lord» «btents pour leiervice da roi, neuf eo voyage sur le continent, deux en prison à Loncirei comme royalistes , et trente-quatre membreft des communes absents pour le aervice d« ioi, ou pir etîigi ou maladie; ea tout qoalre-vitagttrois lords et cent soixante-cinq membres des communes adhérents au parlement d'Oxford. {Pari. HisL, t. UI, col. 218.)
(^ Pari. Uist.y t. lU, col. 209.
138 RÉVOLUTION IVARCLEtlLRKfe.
disait-il ^ voulait emo^er à Londres avec des instructions au sujet de la paix. « Milord^ lui ré- » pondit Essex , quand vous me demanderez an }» sauf-conduit pour que ces messieurs se puissent » rendre, de la part du roi, auprès des deux chambres » du parlement, je ferai de tout mon cœur 4x>ut' ce » qui sera en mon pouvoir pour contribuer à ce »que. désirent tous- les gens de bien, au réta- «blissement de la bonne intelligence entre sa j» Majesté et ^n fidèle et unique conseil, le pai*-^ 9 lement (^). »
Charles s'applaudissait de trouver ses actver-^ saires si intraitables, et que son parti §e vit enfin réduit à placer dans la guerre tout son espoir.' Mais l'assemblée d'Oxford n'était point hautaine ; elle se sentait peu de force, ^doutait <le son droite n'avait pas osé prendre le nom de parlem^it , et regrettait au fond que le roi , en le refusant aux* chambres de Westminster, eût mis un tel obsta-* de à la paix. Elle insista pour qu'il ftt encore une démarche et quelque concession capable d'adoucir les esprits. Charles consentit à écrire aux chambres pour leur proposer une négociation, et il adressa sa lettre : « Aux lords et communes du
(») Pari, THsl., i. m, col 212.
» parlement âMemblés à Westminster; » mais il y piaiiait « de» lords et cemmmies du parlement » assemblés à Oxford » comme de leurs égaux (^). Un trompette envoyé par Essex rapporta bientôt la réponse des ebambres :«Xa lettre de votre i> Maje^é, xUsaient-eUes, nous donne^ quant à k »paix, les plus tristes pensées; les personnes » maintenant réunies à Oxford; et qui /contre leur » devoir y ont déserté votre parlement , y soirt » placées au même rang que lui ; et ce parlement » lui-même y convoqué selon les lois connues et » fbndamentiales du royaume y autorisé à siéger y> encore par une loi spéciale; sanctionnée de votre » Majesté^ se voit refuser jusqu'à son nom« Nous » ne pouvons trahir de h sorte Tbanneur du pays » confié à notre garde^ et c'est notre devoir de faire f> connafire à votre Majesté que nous sommes for^ » moment résolus de défendre et maintenir^ au I» péril de nos fortunes et de nos vie^^ les justes » droits et le plein pouvoir du parlement (').:»
L'assemblée d'Oxford perdit tout espoir de conciliation, et se regarda dès lors comme sans objet « Elle continua de siéger jusqu'au 16 avril, publiant
(*} 3 mars 1644. ParL Jliat., i. Ht, col 213. P) 9 mars 1644. /6id., t. Tîf , col. 2t4.
de Ingues et tristes déclaratibnt , virtaiit ^êlqiie^ taxas cm cpielqties maprônts {*)y adress&nt aux chambres de Westminster d'amers reproches ^ et dfianatttau rm de nombreuses marqués de fldé^ litéi mdis timide^ inactive^ einl:Arra9dée des<m impuisslaBGQ^ et, fieur eenserver au moins quelle dignité, titteidive à témoigner, en présence de la rouir, son vif d^ir de Tordre lé^l et de )a p^* Le roi, qui aTait craint 1* empiré de tels conseil* 1ers , tar^a peu à les trouver aussi importups kpi'inutiles ; eux-mêmes se lassaient de siéger sè«* iennellement, sans but et sans ft*uit. Après d'écla* tantes protestations que leuris voeux régleraient sa conduite, Charles prononça leur ajournement f); et à peine la salle de leur séance était-elle fermée qu'il se flélicltait, avec la reine , d'être enfin délivré (€ de ce parlement métis, repaire de lâches et ta séditieuses motions (^) . »
La campagne , près de s'ouvrir, s'-annonçait par pendant sous de ^chèut auspices. Malgré l'inèction des deiix armé^ principales , là guerre avait
(«) /îaW. Hisi.^ t.. IJI, col. 225. — Clarendon, Hist. of the rehell.f t. Vn, p. 69 elisuîV.
(2) Le 16 avril 1644. Pari. Hist.t t, IIl, col. 243-247.
(3) C'est ainsi qu'il en parle lai-méme dans une lettre du 13 mars 1^45, adressée à la reîrte {MévfuAresèe Ludlow^ t. I, p. 467, dans ma Collection).
UV»E ei!!9QI}fËMœ. <l6ft8-i6A5.} 191
eoiitîniié pendant Thiver dans le reste du royaume, à l'avaat^ge du parlement* Au nord-ouest, les iH^gifiients rappelés d'Irlande, après six semâmes de siiecès, avaient été battus et presque ientièremeptt détruits par Fairfeix , dans le râmté de Chester, sous les Bà«rs de Nantwich (^). Au nord, les Ëûossais, sous les ordres du comte de Léven , avaient commeiicé leur mouvement d'invasion (*) : lOfd Newcastle s'était porté à leur rencontre; mais, en âon absence ^ Fairfex a^ait défeil à Selby f ) un corps nombreux de royalistes, et pour mettre emportante place d'York à l'abri de toute attaque, Newcastle (^)3eiait vu Goi)traii>t de s'y enfermer. A l'est I une nouvêllô armée ule quatorze mille bemiQôs se formait sons le bomm^ndement de lord Manchester et de Cromw^U^ prête à se porter partout où retireraient les besoins du parti. Au midi, près d'Alresford, d^ns le Hanipshirev sir Williî^in WaUer avait rempof lé, sur sir Ralph Hopton, une victoire inattendue f). Quelque^ avantages du prince RobeiN; 4^^ '^ comtés dp
(•) Le 23 janvier 1644. Mémoires de Fairfax , p. 384, dans ma
(2) Le 19 janvier 1644.
(3) Le 11 avril 1644. Mémoires de Pairfaœ,^. S88.
(<) Le 19 avril 1644. .Rush worttï , 3* partie, t. !!, p! 6â0. (*) Le 29 mars 1644.
133 RÉVOLUTION DANGLETERRE.
Nottingham et de Lancaster {*) ne compensaient pas des échecs si multipliés. L'indiscii^ine et le désordre allaient croissant dans les camps royalistes : les honnêtes gens s'attristaient et se dégoû* laienl ; les autres voulaient la licence pour prix d'un courage sans vertu ; Fautorité du roi sur les chefs militaires et des chefs militaires sur leurs soldats, s'affaiblissait de jour en jour* A Londres^ au contraire ^ toutes les mesures devenaient à la fois plus régulières et plus énergiques : on s'était plaint souvent que Taction des chambres manquât de promptitude , qu'aucune délibération ne pût demeurer secrète , et que le roi en fût aussitôt in* formé; sous le nom de comité des deux royautnes^ un conseil composé de sept lords, de quatorze membres des communes et de quatre commissaires écossais, fut investi, sur la guerre, les relations des deux peuples , la correspondance avec les États étrangers, etc., d'un pouvoir à peu près al^olu (*). L'enthousiasme avait porté quelques familles à se priver d^un repas par semaine pour en offrir au parlement la valeur ; une or-
(*) Le 22 mars , il fit lever le siège de Newark , et dans le nuùê d'ayril suivant, s'empara des places de Popvorth, Bolton etLirerpool dans le romté de Lancaster.
(») U lô février 1644. ParL Hist.y U MI, roi. 247. Mémoheêde MolHSy p. 77, dans ma Colleclion.