LIVRE CINQCifeME. (1643-1645.) Id
avoir adressé au comité d'atnères plaintes sur le mépris que, faisait le comte de ses instructions (^).
Vivement offensé , le comité porta sa^le-champ la question à la chambre dès communes; et aprèit un débat dont il ne reste aucune trace , Tordre fut expédié à Ëssex de revenir sur se^ pas , de reprendre la poursuite du roi; et de laisser Waller s'avancer seul dans l'Ouest , eomme il l'eût du foire d'abord {*).
Lé comte était entré en campagne avec huAieur * un moment intimidés par leurs périls et par ses victoires y ses ennemis avaient recomtnencé ^ pendant Thivèr, à Tassiéger de soupçons, à l\ji susciter mille dégoûts; peu avant son départ) une pétition populaire avait demi^ndé la réforme de son atméé^ et les communes n'^n avaient témoigné nul mé^ contentement (*) ; celle de Wallër était toujours tnieux pourvue et payée avec plus d'exactitude {*)^ c'était évidemment contre lui , et pour le temptecer au besoin j que lord Manchester en formait
(*) Clarendon, //f st. ef the rebéll, t. Vil, p. 131 ; -^ Whitclocke, Memorials, etc., p. 86.
(') Rushworth, part, â, l. lï, p. 672.
(3) Whitelocke, p. 76.
(<) Rushworth , part. 3, t. Il, p. 6S3 ; Mémoires de tfoUisi p. 30, dausma C^Uecffon.
l&O RÉVOLUTION D ANGLETERRE.
une nouvelle {\) ; à Londres et dans son camp ses amis s'indignaient que, du fond d'une salle de Westminster, des hommes étrangers à la guerre prétendissent en régler les opérations^ et prescrire à des généraux leurs mouvements (^;. Il répondit au comité : « Vos ordres sont contraires à la disci^ » pline militaire et à la raison; si je revenais sw »mes pas y ce serait , à tous égards^ un grand » encouragement pour T ennemi. Votre innocent » quoique suspect serviteur, Essex ; » et il contiiiua sa marche (^) .
Le comité sui^ris ajourna la querelle et sa colère ; les ennemis dËssex ne se sentaient pas assez forts pour le perdre, ni môme pour se passer de lui; ils se contentèrent de faire insérer dans la réponse qui lui fut adressée quelques phrases de réprimande sur le ton de sa lettre (^) ; et il reçut rordrç de poursuivre l'expédition que le précédent message lui avait enjoint d'abandonner (^).
Les nouvelles de l'armée de Waller n'étaient pas étrangères à tant de prudence. Après avoir
(<) Gt^rendon, Bist. oftherëbeU. t. VU, p. 109. (2) Whitelocke, Memoriais^ etc., P* S6.
()j Rushworth , part. 3, t. Il, p. 6S3. ~* GI«rendon, llist, of (k^ rébelUy t. VII, p. 132.
(4) Rothvopib» part. 3, t. II, p. 6S3.
(^) Rushvortb, tMd.; — Whitelocke, ilf^tnomt^, etc., p. 87.
UVRE CiNQUlEiViE. (16A3.16A5.) Ihi
vainement poursuivi le roi, ce fevori du comité était à son tour en péril. Dès que Charles eut appris que les deux généraux du parlement s'étaient séparés, et qu'il n'avait plus affoire qu'à un seul, il s'arrêta, éerivit au prince Robert de se porter sans perdre un moment au secours d'York as-siégé (*); et se rejetant lui-même , par une résolu* tion hardie, dans ta route qu'il avait parcourue en fuyant d'Oxford, rentra dans la place dix-sept jours après l'avoir quittée, se remit à la tète de ses troupes , et reprit l'offensive pendant que Waller le cherchait encore dans le comté de Worcester. Au premier bruit des mouvements du roi , Walter revint en toute hâte , car lui seul restait pour couvrir la ville de Londres; et bientôt, soutenu de quelques renforts , il s'avança aveesa confiance accoutumée, pour iDffrir ou accepter du moins le combat. Charles et les siens, animés de cette ardeur que foit naître un succès inespéré après un grand péril, le souhaitaient plus vivement encore. L'action s'engagea le 29 juin, àCropredybridge, dans le comté de Buckingham; et malgré
(<) Sa lettre est datée du 14 jtiin 1644» de TickenbaU, près de Bewdley, dans le comté de Worcester. Elle a été publiée poor la pre-» mière fois en 1819, dans TAppendix aui Memoirs of sir John Evelyn (Londres, 2 vol. in-4'*), t. U> p. 87.
1A8 BÉVDUJTION D*AN6l.ETfiftll{L
une brillàfit» résistauoe, Waller fat battu, plus ocHuplétement ipéoie qua ne le crurent au premier moment ses vainqueurs (^)«
Le bonheur parut donner à Charles une har^ diasse et même une habilet,é jusque-là incûnnueâ. Tranquille sur Waller^ il réaolul soudain de marcher veraToue^ty d'y poursuivre Essaie h outrance, et de détruire ainsi coup sur coup ces doux arméad qui naguère le tenaient presque prisonnier. Ëssex d'ailleurs avait paru sous les murs d'Ëxeter, et H reine, qui y résidait, accouchée depuis quelques jours f ), Ignorant encore les succès de son m^ri , allsiit retqntbpr dans toutes ses terreurs f) . Charles se mit en route dqux jours après s|]| vic|oirô; et en même temps , pour h rendre agréable au peuple plutôl; que par un désir sincère do la pà^% il adrossa d'Eve^haiU un message au?^ chambres , où, sans leur donner le nom de parlement, il se rqpan^
dait en protestation^ pacîftqueç, et offrait ûo rouvrir des négocjalions (*)•
{*) Cîarendon, Hist. oftherebell, t. VU, p. 142 et suiv.; — Rushworth, ptrt. 3, t. H, p. 675.
(2) Le 16 juin 1644, de la princesse Henriette, depuis duchesse d'Orléans.
,, (?) Claremlo^, Fts*. ofth» refc«M., t. VU, j^. -ISl. - l^iisfcworlh, pftitf. 8, t. 2,.p. §.S6,
(i) ausliworth, part, a, U H, p* aS7; h m^ssiige ei^t daté dH 4 juillet 1644.
Mais freodant qu'il s'éloignait , et avant qm son message parvînt à Londres , déjà toute crainte en était bannie; la face des affaires avait cbaBgé; la défeite de Waller n'était plus qu'un accident sans importance i le parl^aent venait d'apprendre que^ tout près d'York ^ ses généraux avaient remporli^ la plus éclatante victoire, que la ville ne pouvait tarder à se rendre^ que, dans le nord enfin, le parti royaliste était comipe anéanti.
Le 2 juillet y en ef fet^ à Marston^Moor, de sept à dix heure! du soir, une kitaille , la plus décisive qui eût encore ^ lieu> avait amené ces grapds résultats. Trois jours auparavant, à l'approcfae du prince Roî)ert, qui s'avançait vers York avec vingt mille hommes, les . généraux parlementaires s'é^ taient décidés k lever le si^e , se ftattant qu'ils parviendraient du moins à empêcher le prince de jeter dans la place des secours; mais Robert déjoua leurs manœuvres, et entra flans York sans combat. Newcastle le pressa vivement de se contenter
d'un si heureux succès;. la discorde fermentait,
lui dit-il, dans le camp ennemi; les Écossais étaient mal avec les Anglais , les indépendants avec les presbytériens , le lieutenant général Cromwell avec le major général, Crawford ; qu'il attendît au moins, s'il voulait combattre, un renfort de trois
14A RÉVOLUTION D'AKCLCTERlte.
mille hommes qui arriveraient «ouspea de jours. Robert l*écou(a à peine, répondit brusquement qu'il avait des ordres du roi (^) , et commanda aux troupes de marcher sur Tennemi qui se retirait EUles atteignirent promptement son arrière-garde ; de part et d'autre on s'arrêta , on rappela tous les corps 9 on se disposa au combat* Presque à portée de mousquet, séparées seulement par quelques fossés y les deux armées passèrent cependant deux heures immobiles et dans un silence profond, attendant l'une et l'autre qu'on vtnt l'attaquer, ce Quel poste me destine voire Altesse?» demanda Newcastle au prince. -^ « Je ne compte pas enga-^ » ger laction avant demain matin , lui dit Robert i » vous pouvez vous reposer jusque-là . » Newcastle alla s'enformer dans sa voiture. A peine y était-il
> (1) Ces ordres ëUieni cootenni à$n» la lettre d-deistis nentioBii^^ et qui lai prescrivait de se porter a» secours dTork. On a toogoement débattu la question de savoir si elle enjoignait formellement an prince Robert de tivrer bataille, ou s*il pouvait s*eB dispfâiaer : débat puéril, car, k coup sur, si Robert avait pensé , comme Newcastle, qu*il ne fallait pas hasarder la bataille^ il aurait eu tort de se conformer i des ordres donnés de loin et au hasard. Du reste, quoi qu*ea aient dit récemment MM. Bredie et Lingard {Hist, ofthe BrUish empircy etc., t. III, p. 477 ; Uist. of Englandf t. X, p. 252], il s*en faut beaucoup que la lettre du roi contienne un ordre positif : elle est évidemqiient écrite dans la persuasion que le siège d^ York ne peut être levé sans combat ; et c'est en ce sens qu'elle dit qu'une victoire est indispensable. Voyez \^A idaircisiemenis et pièces historiques, n. V.
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établi que la mousqueterie lui a[^rit ^ue la bataille commençait ; il s'y porta soudain j sans commandement^ à la tête dequelquès gentilshommes offensés et volontaires comme lui. En pets d'instants un désordre effroyable couvrit la plaine; les deux armées s^assaillirent^ s'enfoncèrent ^ se mêlèrent presque; au hasard; parlementaires et royalistes , cavaliers et fantassins , officiers et soldats erraient sur le champ de bataille ^ isolés ou par bandes ^ demandant des ordres^ cherchant leur corp^^ i^e battant dès qu'ils rencontraient ] 'ennemi , mais sans résultat comme sans dessein général. La déroute éclata tout à coup à l'aile droite des parlementaires^; rompue et saisie d'effroi par une vigoureuse charge des royalistes , la cavalerie écossaise se dispersa. Pair fax essaya vainement de la retenir ; les Écossais s'enfuyaient en toussons, criait : «Malheur à nousl nous sommes perdue! » Et ils répandirent si rapidement dans le pays la nouvelle de leur défeite que, de Newark, un. courrier Talla porter à. Oxford^ où pendant quelques.heures, des feux de joie furent allumés. Mais, en revenant de la poursuite , les royalistes , à leur grande surprise , virent le terrain qu'ils occupaient naguère au pouvoir d'un ennemi vainqueur : pendant que la cavalerie écossaise fuyait devant eux, leur aile
dtoite^ bien qifiô coflimmdée par Robert liii*mème, avait mbi le mtoie sori; aprè^ ana lutte acharaée^ elle avait càdé à l'invincible ob^tîûatûm de Greo^ well et de «es escadrons ; rinfenter ie de Manchester avait coasoininé sa dé&ite; et cejitent d'aveîr éîsperséles cavaliers du prince, Gromwell^. babile à rallier les siens, s'était reporté aussitôt snr le champ de bataille pour s^assurer la victoire avant de soiiger à en jouir. Après un moment d'hésitation, les deux corps victorieux rengagèrent le combat, et à dix heures il ne restait phis na royaMète dans la plaine, si ce n'est trois miHe mort$ et seîae cents prisonniers (*)i
Robert et Newcastle rentrèrent dans York ^a milieu de la nuit, sans se parler^ ^ns se voir; ei à peine de retour, ils s'adressèrent réciproquer i»ent un message : « J'ai ré^lu , manda le prince )» au comte, de partir ce matin avec ma cavalerie » et tout ce qui me reste d'infenterie, ^— Je pars à fe l'instant même, lui fil dire Newcastle ^ et' vais '^) passer la iner pour me retirer sur le continmt.»
i^l Rusbwortb,.parf. 3, t. Il, p. 631-640. — Clarendon, Uist.cf the rebell.^i. VII, p. 153-166. — Mémoires du Ludïow, t. I, p. 139il^^dmi okêCoUectiôn. -> Méimires AeHélHi^., v;^OriÂ,im-'^ J^émoires defmfàXj p.. 391-3p5, ihid. — Mémoiriesde mistriss Hutchinson, t. I, p. 437, ibid. — Whitelocke, p. 89. — Carle's Letters^ t. I, p. 56etsiiÎT. -^BBfnie^ Ijeatrê^ t. H, p. 88, 46.-
L'un et raQtre tint parole : New€|isde s'embarqua à ^€8ri>ar5ugh; B(d)ert se mit en marche vers Chest^r avec les débris de son armée ^ et Yorl ^{tttulà au bout de quince jours (^).
Le parti indépendant tressaillit de joie et d'e&r pérance : c'était i ses. chefe^ à ses soldats qu'était dû un si brillant guettés ; l'habileté de Cromwett styait décidé La vietoire; pour la première fois de$ escadrons {parlementaires avaient enfoncé des escur drcms royalistes, et c'étaient les saints de Farmée^ les cavaliers de Crosawell. Avec leur général, ite avaient reçu sur le champ de bataille le surnom de Cotes 'de-Fer. L'étendard du prince Robert lui-méine , publiquement e]ii)n)sé à Weslmii^tster, attestait leur triomphe f ), et ils auraient pu enr voyer au parlement plus de cent drapeaux ennemis «i, dans leur enthousiasme, ils ne les avaient mis en pièces pour en ofner leurs bonnets et leurs bras (^). Essex avait vaincu deu% fois^ înai« comme
(1) Le 16 juiHet 1644. — Clarendon, Hist. qf the rebell., t. VII, t. i56.
(2) Au miMeu de cet ^tendacd or voyait un lion couchant; derrière lui un mâtin qui semblait le mordre , et de la gueule duquel sortait une banderole où on lisait le nom de KimhoUon ; à ses pieds, de petits cMen« deVMit la gueule desquels ëtiit éer»t : rym, P^irh f^ff^; et de la gueule du lion sortaient ces mots : Qtio^sque tandem abtUerhpaiientia nosira ?(Rushwbrth, part. 3, t. II, p. (635.)
(3) Ihidem. . . / . } .
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par contrainte; pour sauver le parlement près de périr, et sans autre effet : les saints cherchaient le combat, et n'avaient pas peur de la victoire. Les Écossais, qui s'étaient montrés si faibles dans ce grand jour, prétendraient -ils désormais les soumettre à leur tyrannie presbytérienne? Parle rait-H>n encore <le la paix comme d'une nécessité? La victoire et la liberté seules étaient nécei^aires ; il fellait les conquérir à tout prix, et ppusser jus^ qu'au bout cette bienheureuse réforme tant de fois compromise par des hommes intéressés où timides, tant de fois sauvée par. le bras du Seigneur. Partout retentissait ce langage ; partout les indépendants , libertins ou fanatiques, boui^eois, prédicateurs ou soldats, faisaient éclater leurs passions et leurs vœux; et partout se mêlait le nom de Cromwell , plus emporté que nul autre dans ses discours , en même temps qu'il passait déjà pour le plus habile à tramer de profonds desseins. «Milord, dit-il un jour à Manchester, » auquel le parti se fiait encore, mettez-vous déci- » dément avec nous; ne dites plus qu'il hnt se » tenir en mesure pour la paix, ménager la cham- »bre des lôrds, craindre les refus du parlement: » qu'avons- nous affaire de la paix et de la no- » blesse? Rien n'ira bien tant que vous ne vous