LIVRE CINQUIÈME
» vent point demeurer étouffés (*). » Huit jours après ^ il reçut de Londres cette réponse :
« Milord, le comité des deux royaumes ayant » communiqué aux chambres du parlement les » lettres de votre seigneurie^ en date de Plymouth , » elles nous ont ordonné de vous faire connattre » que , pénétrées de la gravité de ce malheur , 7> mais se soumettant à la volonté de Dieu, leurs » bons sentiments pour votre seigneurie et leur » confiance dans votre fidélité et vos mérites n'en « sont nullement ébranlés. Elles ont résolu dedé* » player leurs plus énergiques efforts pour réparer » cette perte, et remettre sous votre conunande- » ment (*) une armée qui , avec la bénédiction de » Dieu y puisse rétablir nos affaires en meilleur »état. Le comte de Manchester et sir William » Waller ont reçu Tordre de marcher avec toutes » leurs troupes vers Dorchester. Les chambres ont » pareillement ordonné que six mille mousquets^ » six mille uniformes , cinq cents paires de piste-
(1) Lettre d^ssex à sir Philippe Stapfetoa, dans Rushworth, part. 5, t. n, p. 703.
{}) jDans Kushworth (part. 3, t. II, p. T08), on lit : Under their cornmand (sons leur commandemeot); mais dans yHist0^9par4emmtairfi (l. m, col. 289), le texte porte : Under yourcommand, et j*ai adopté cette dernière; leçon , de beaucoup la plus probable. La lettre est du 7 septembre 1644-.
IM RÉVOLUTION D'AHGUSTERItS;,
»leUy eto.^ fussent e^pôdiéft à votre seigneurie^ » à Portsmouth , pour servir à l'équipement et p relever le courage de vos soldats. ESles ont la » coi^iaBCô que la séjour de votre seigneurie dans V te comté f pour réorganiser et mettre en mou^ » vanent les divers eorps^ aura les plus salutaines » eflets. »
La surprise du comte fut grande ^ il «'att^idait à des poursuites ^ au moins à d'amers reproches; mais sa fidélité^ si récemment éprouvée , l'ét^oidue même du désiffitre, |1a nécessité d'en imposer à i'eonemi ^ ralliaient à ses partisans les hommes incertains y et ses adversaires s'étaient interdit le combat. Esses 7 enterrasse de scm malheur et de sa laute , ne leur semblait plus redoutable ; ils le coniiaissai^t et prévoyaient que bientôt y pour ^rgner à sa dignité des càocs si rades^ lui*mdme se mettrait à l'écarté Jusque4à y en le traitant iivec hdnnteur, on Kisait preuve d'énergie; on évitait ^ sur les cai^es caditées de l'événem^it, une en* quête peut-être fâcheuse ; on engageait enfin dans «n nouvel eflbrt pour la guerre les feuteurs mêmes de la paix. Aussi habiles que passionnés, les meneurs indépMdants «e turent y et le parl^nent sembla unanime à soutenir dignement ce grand revers.
Soa activité et la Sefmeté de mq attitude raletvtireot d'abord le$ mouveioeiitâ du poi ; il adressa aux chaiobri^ ua m^isage pacifique , puis se con* tenta > pendant trois semaines , de . se pré^entor davasit quelques plaees, Plymouth, Lyoïe^ Ports-^ ttioiith^ qui ae se rendirent pcânl, Mais^ vers la fin de septembre^ il apprit que Montrose, qui de^ puis longtemps lui pfromettait en Ecosse la guerre eivile, avait enfin réussi à la faire éclater^ et mar* cbait dé|à de succès en succès. Après la bataille de ttarst<m-Moor^ déguisé en domestique et suivi seulement de deux compagnons ^ Montrose avait passé à pied la frontière d'Ecosse , et s'était rendu à Stratbem , th& Patnk^ Grabam d'Inchbrackie , soncdusin, à rentrée des hautes terre&, pour y attendre k débarquement des auxiliaires irboidais qu'Antrim lui devait envoyer. De jour il se cachait ; de nuit il errait dans les moutagnes environnante^:, allant r^eu^llir liti^^méme , de rendez-vous en rendez-vous y lei^ rapports de ees affîéés^. Bientôt la nouvelle lui parvint que les bandes irlandaises walwt en ^ffetdébarqué {% et s'avançaient dans le pays^ pillant^ ravageant^ mais ne sadiant où se diriger, et cherchant à leur tour le général qu'on leur avait promis. Elles approchaient du comté
(0 Le 8 juillet 4644.
160 HÉVOLirnO» irANeLETERRii;.
d'AthoI. Montrose parut tout à coup ddns leur camp , avec un seul homme , en costume de montagnard : elles le reconnurent aussitôt pour chef« Au bruit de sa venue^ plusieurs clans accourur^it; sans perdre ua moment , il les mena au combat^ exigeant tout de leur courage ^ permettant tout à leur avidité; et quinze jours après , il avait gagné deux batailles (^)y occupé Perth^ pris Aberdeen d'assaut > soulevé la plupart des clans du nord et semé l'effroi jusqu'aux portes d'Edimbourg.
A ces nouveHes^ Charles se flatta que le désastre de Marston-Moor était réparé ^ que le parlement retrouverait bientôt dans le nord un puissant ad^ versaire, et que lui-même pouvait sans crainte suivre dans le midi le cours de ses succès. Il résolut de marcher sur Londres; et pour donner à son expédition une apparence populaire et décisive, au moment de son départ ^ une proclamation par^ tout répandue invita tous ses sujets du midi et de l'est à se lever en armes , à se choisir eux-mêmes des officiers , et à le rejoindre sur la rou(e pour aller avec lui sommer les chambres d'accepter enfin la paix (^).
(«) A Tippermuir, le i" septembre, et au Pont de Dee, le 12 du mtoemois.
(2) La proclamation est datée de Chard, le 30 septembre 1644. (RushwoTth, part. 3, t. Il, p. 715.)
L1VRB aNQUIÈMBi (tM^iSAS) ISi
Mais les ehambres avaient pris leurs merares^ déjà les troupes de Manchester, dé AValler et d'Easex ré«inies^ couvraient Londres du côté de Touest;; jamais le pariement n'avïiit eu. sur un seul point nne si grande armée ; et au premier bruit de l'sipproche du roi, cinq régiments de la milice de Londres vinrent s'y joindre sous le^ ordres de sir James Harrington. En mémo temps des taxes non- Telles s'établissaient ; les commtinoa décrétaient que la vaisselle du roi, jusque^à déposée à la Tour, serait fondue pour le service public. Enfin, lorsqu'on sut les armées en présence, les boutiques se fermèrent, le. peuple sie précipita dans les églises, et un jeûne solennel fut ordonné pour invoquer wr la bataille prochaine les bénédieti^ns du Seigneur (*):
Dans le camp comme dans la cité , on rsttan4«Mt de jour en jour lEssex seul, triste, malade, restait immobile à Londres, quoique toujours revêtu, du eommandemoiit. Informées qu'il ne partait point, les chambres chargèrent vta comité de se rendre auprès de lui , et dé lui renouveler l'assurance de leur coi^nte a^foeticm. Sssex Tomercia les c^fnnûssaires, mais ne rejoignit point son armée (^).
(«) Rushworth, part. 3, t. ÎI, p. TlS-TSe. — P#rt. Hia.y t.IIJ, col. 294, 295, 308.
P) Whitelocke , p. 103. — Pari HisL, l. UI, foL 2^5.
H. li
IM UtVOtGTIQII lyAll^fJBTBflREi
iâ bftteitle» livra sans kii^ leltV oolobrâ^ àJNewbory, presque dans l«8 mâmeft po$Uiotta4>ii^l'jaiii[i4e plréeédente> en revenant de ISloeester^ JlavaU m ^orieasement vaincu, fin son ahsebco ki*d Maort^ftter commandait. L'action fut longue H acharr née-, 1m soldats défisses surtout . ftrent d0s< pra^ diges ! à la vue des canons quHl s avaient perdiès liaguère dans le comté de CoftaMailles^ ils se^pi^ cipitèrent .sûr les battérfes royales, ressaisîtënt leurs pièces , et les ramenèrent en les embrassant avec transport.' Quelques régiments de-Manchester essuyèrent en revanche un échee assM rade. Un moment les deux partis s'attf ibnèrent la victoirei; Mafe dès lé leAdbmain^ le roi, renonçant à ses projets sur Londres^ coyiménça son mouvraient de retraite ^ pour aller prendre à Oxfocd s^s quartiers d'bfvef {^). ^
•€epend^t le ^riènient iit peu d» bruit de: sdn tHompbe : auQun service d* actions dé gfàoss neint céièbrèi et le lendemain même du jour oè parvmt It Londres là nouvelle de ta bataille^ le jeàiiâ nveilsueldestAnambies eut lieu eelônr^usà^ (*), oMUDe âMt n'y dvaif en aucun sufôtdê seTéjodir.Liftpablic
[1) Whitelocke, p. 103; lOi. — Clarendon, Hist.'df 0w rebeH,^ l. Vlî, p. d26-:3S2. — »bfrMdr$s ée Lvdlow^ 1. 1, p. iéSi^l^T- i^^'- Hist., t. m, col. 296.— Rusfawortli, part. 3, t H, p. 321^730..
(2) LeSOédobie WU. -> . .
UVBE CiNQUiÈMK..(t6l||MfiAA) BM
«'éti^AQaU de tant de froidearv Bientèt des j^rtfXM Klcbeux çirçulèirent : la Tictoira^ dit-on^ ^raitpu être bien plus décisive; ipaifs la discorde régnait entre les généraux; ils ayaîaat $au^rt que le roi fie retirât ^a^^ obstacle ^^ presque tous les yeux de l'armée iinmobile ^ paî un clair deJwe ma^iftqu6^ qiiand il eût sufii du QK)indre mouyement pour Tempéci^er. Ce fut t>îen pia lorsqu'on apprit que le roi yÊiunit de reparattee aux environs de Newbury , qu'il avait retiré librement son.artiUefrie, du cb&teau de Donnington (^)^ et ffîéme offert dfe nouveau la bataille «ans que l'armée. sortit de 9m immobilité, l^a clameuir devint généraJle; la charnière des cornsMinOs ordonna ufie enquête. CromweU n attendait que cette occasion d'éclater i ce C^eât » au .comte de Manchester 9 ditHl, que bMt dcùl » être iinputé ; depuis la victoire de MarsteiHMoor, » il a peur de vaincre ^ peuc d'un grand et dernier ^ succès : tout à l'heure, quand le roi fa reparu y> près de Ilifewbury t rien n'était plus aieéquo <ip 0 détruire entièrement tm^ armée, Je .suis aUé B trouver le général ; je lui.ai mwlpé commeut >icelsi fie pouvait 4 J'ai ^o^lipité la permission » d'attaquer avec ma seule brigade ; d'autres offi-
(1) U 9 BovémbrD- i6i4. ^sbivOHIi , part. 3» t. II , p. 730-132. — aareii4ofl, flist. of tke rffte«., t. Vif, p. 2»4-23e. '
1«& RÉVOLUTION DÂMGLETERR&.
» ciers ont inâisté avec moi; il s'y «st obstinément >> refusé} il a même ajouté que^ parvinssions-nous » h anéantir son aronée , le roi serait toujours roi y » et en retrouverait bientôt une autres tandis que » nous, une foisbattus, nous ne serions plus que des r> rebelles et des traîtres infaillibleinent condam* ^ nés en vertu de la loi. » Ces derniers mots éfnurent vivement la cbamtbre, car elle ne pouvait souffrir qu'on parût douter de la légalité de sa résistance. Le lendemain^ dans la chambfe hautè^ Manchester repoussa l'attaque j expliqua sa conduite y ses paroles > et à son tour accusa Cromwell d'indiscipline^ de mensonge^ de trahison mente ou de perfidie ; car le jour de la bataille^ dit-il, ni lui ni son régiment n'avaient paru au poste qui leur était assigné. Cromwell ne répondit point, et renouvela plus violemment ses accusations {*).
L'émotion fut grande parmi les presbytériens ; depuis longtemps déjà Cromwell excitait toutes leurs alarmes. On l'avait vu d'abord, souple et flatteur auprès de Manchester, l'exalter en toute occasion aux dépens d'Essex, et acquérir peu à peu sur son armée bien plus d'empire que lui-même.
(«) Rushworlh, part, a, l, U, p. 732-736. — Pari. Hist,, t. Ul, col. -297." Méfnoir9sàe LûcUow» t. I, p. 150-152. — CkreDdoD, H««. oflhe rehelL, jt.Vn,-p. 251-254. — Mémoires de H^tis, p. 37.
LIVBE CIJNQUifaiE. (1643-16/^-) 166
Il en avait Êdt le refuge des indépendants , des. sectaires de tonte sorte, enneinîs du çQvenqnt comme, du roi; sous sa protection, une licence Êmatique y régnait ; chacun parlait , priait , prêchait même à son gré et ^ans mission. En vain, pour balancer i'inftuence de Cromwell , on avait nommé major ffénéralle colonel SkeldOfiCrawford, Écossais et presbytérien rigide : Cravt^ford n'avait su qu\accuser follement Croœwell de lâcheté, et Cromwell, sans cosse appliqué àépîer les fautes de scm adversaire, à le décrier parmi les soldats.^ à le dénoncer au parlement et aii peuple , l'avait mis bientôt hors d'état do lui nuire (*). Enhardi par ce succès et par les progrès, visibles de son parti, il s'était ouvertement déclaré le patron de la liberté de conscience , et avait même obtenu des chambres (*), avec l'aide des libertins et des philosophes, la formation d'un comité chargé de rechercher comment on pourrait contenter les dissidents ou les laisser en paix. Maintenant il attaquait Manchester lui-même, ne parlait des Écossais qu'avec insulte, se faisait fort de triompher sans
(•) BaUlie , LeUers, t. H , p. 40, 41, 42, 49, 57, 00, ^, Q9. -- Mémoires de Hollis , p. 20-22.
ft Le 13 septembre 1644. BaiUic, LeUers, t. Il , p. 57, 61. — Jbwrnaï« o/" (*e /i(H*5e o/" Cowwons, t a septembre.
160 RÉVOLUTION lyANGLETEtmfi.
mx , de lee chaéser même d'Angleterre ^ s^ils préfendaient l'opprimer à leur tour, poussait enfln l'audace jusqu'à mettre en question le trône, les lordè, tout l'ordre aùoîen et légal du |iays {*). Irrités et inquiets, les chefs des presbytériens et des' politiques modérés, les commissaires écc^â^is^ HoUis, Stapleton, Merrick, Glynn, etci, se réunirent à Thôtel d'Essex pour aviser aux moyens de déjouer un si dangereux ennemi. Après une longiie conférence ^ ils résdurent de consulter Whitelocfce et Maynard^ tous deux savants jurisconsultes^ accrédités dans la chambre , et qu'ils avaient lieu de croire favorables à leur cause. On alla les chercher de la part du lord général, presque au milieu de la nuit , sans leur dire de quoi il s'agis* sait. Ils arrivèrent un peu agités du sujet, et dte l'heure, et de la forme de la convocation. Après quelques compliments : « Messieurs , leur dit lord Tf> Lowden , chaiiceliêr d'Ecosse , vous savez que la » lieutenant général Cromvell n'est pas de nos amis, -» et que, depuis l'entrée de nos troupes en Angle- » terre , il a tout feit pour nous décrier et houi » nuire; vous savez aussi qu'il ne veut pas plus » de bien à son Excellence le lord général que nous
(*) Whitelocke , p. 1 1 1. ~ Journals ofthe house ofZorâs , 28 novembre 1644. — Clafendoû , Hist. ofthe reUXUy t. VU, ^. 2S3.
» arons ^ voies et nous v tant de mkons (fkonorer ; » enftBy totig nMgitor62 pas qu'aux ternies de notfe >^ covBâant soléftnel ^ <{otcoiiqii6 luttera, entre le» «deux royaumes, le rèle é'incendiaire doit être » poursuivi à ritistatBt i sdou la loi d'Éoosse^ le «mot tncenrfmnd désigno eelui qui sème la dîs« » corde et chercha i exciter' des troubles funestos. » Nous désirons savoir de vous s'il a leméu^s^s »dans la loi anglàisef , si le lieutetiaqt ^éoéral )?^€romwell ne rôérîte J^âs , à votre avis, laquali-> )»8cati6n d'ïnof nc^ia^re, et comniènt^ s'il la Biérite » en effet, on doit procéder contre lui. »
Les deux juriseonsultes se regardèrent; en attendait leur réponse^ 4prés quelques moments 4le silence : «Puisque 'personne nèprend la parc^, »dit Whitelocke, peur prouver ma soumisèioh à » son Excellence, j'essaierai de dire j^umblement 1» et librement mon avis sur les questions que niit> lord chancelier nous a si clairement posées; Le » mot inceiidifÈiré a ches fious le même sem^ que » dans la lor d'Éoosse? mais si le iieubmant général » Cromwell lïiérite Ce nom, c^estcè qu-on ne peut » savoir que par la preuve qu'il a réellement feit » ou dit des choses tendant à susciter la discorde » entre les deux royaumes, ou des troublés par nii >>nous. A coup sûr ,' ni vous milôrd général ^ ni
IC8 nKVQLUTION frANGLETERRS. :
)? TOUS mibrds les cofiiniissaires d'Ëeasse, élevés » comme vous Votes en dignité et en pouvpir^ vous »ne votts embarquerez dans une affiûre^ eiKH>re » moins dans une accusation , sans être certains » du succès. Or le lieutenant général Gro^well » est un homme d'un esprit bardi^ adroit, fécond vea ressources ; il a, dans ces derniers tanps. sur- »^ tout y acquis dans la chambre des communes » beaucoup d'influence \ il ne man^quera, dans la » chambre des lords, ni d*amis, ni d'habileté pour » le soutenir. Je n'ai entendu dire à sonExcellence, » ni à milord chancelier, ni à auciine autre per- »8oni)e, et je ne sais par moi-même aucun £ait » qui puisse prouver à la chambre que le lieute* vûant général est vraiment un iqcendiaire. le » doute donc beaucoup qu'il soit sage de Faccuser ï>à«e titre*; il fondrait d'abord, ce me semble , »l*ecueillir sur son compte tous les renseignements » qu'on pourrait se procurer : alors, si elles le ju<* » gent à propos , vos seigneuries nous appelleront Dde nouveau, nous leur donnerons notre avis, et D elles se décideront ccmame il conviendra. »
Maynard parla comme Whitelocke, ajoutant même que le mot incendiaire était de peu d'usage dans la loi anglaise , et donnerail lieu à beaucoup d'incertitude. Hollis , Slapleton , Merrick soutin-
UV»Ë CINQUIÈME. (16^11665.) i€0
rent vkemeiit leur projet^ disant que Odmwell n'avait pas daqs la cbamhr^ tant d'influence, qu'ils se chargeraient volontiers de F y accuser^ et rapportant des . fiait s , des paroles qui , disaient-ils , prouvaient clair^ment ses desseins» Mats les oonsir missaires écossais^ refusj^reat de s'engager dans, cette lutte. Vers deux heures du matin ^ Maynard et Whitelocke se retirèrent^ et la conférence n'eut d'autre résultat, que d'exciter Cromwell à précipiter ses coups, car «quelque faux frère, » dit Whitelocke, probablement Whitelocke lui-même, l'informa de ce qui s'était passé (*).
Essex et ses amis cherchèrent à leur mal un autre remède; toutes leurs pensées se tournèrent vers la paix. Jamais les chambres n'avaient absolument Qessé de $^en occuper : tantôt quelque motion formelle amenait des délibérations où bien peu de voix, la seule voix même de l'orateur, décidaient du sort du pays (^) ; tantôt les ambassadeurs de France et de Hollande , sans cesse en
(>) Whitelodie, p. 111. -^ Wood , Athenœ Oaxmknses^ t. iJ, col. 546.
(2) Le 29 marg 1644, sur la proposition de former un coniké pour eiamiaer les offres de médiation de Tambassadeur de Hollande , la chambre des communes se divisa à soixante-quatre Yolt contre soixante-qi^atre ; Torateur se prononça pour la négative. {Pari. Ilist.^ t. m, col. 233.)
iJê RÉVOLUTION D'AMGLKTERRfi.
voyage de Londres à Oxford et d'Onéford h Londres^ offraient lear médiation; rarement sincère, et tonjoqm éludée, thaïs avec eAibarras (*). Tant de gens défifirîiient la paix que personne n'eût osé s'y mon* tfW ouvertement contraire; et depuis plui» de six mois, un comité de membres des deux chambres et de commissaires écossais travaillait à rédiger des propositions. Toutà coup le parti jpresbytérien pressa vivement ce travail*, en peu dé jours les propositions ftirônt présentées aux chambres, débattues^ adoptées (*) ; et le SO novembre, neuf commissaires partirentpour les porter au roi. Ils le croyaient à Wallingford, et se présentèrent devant la place : après deux heures d'attente el dé chicanes sur leur mission, ieur sauf-conduit et leur suite, lé gouverneur, le colonel Bfeke, les reçut enfin pour leur dire que le roi était parti, el qu'ils le trouveraient pr<^blement à Oxford. Ua voulaient coucher à Wallingford; mais to conversation entre Blakë et lord Denbigh, président dô
(1) Lei amlMSjUideiirs de Hollande offrirent la médiatien die» états généraux les 20 mars, 12 juillet et 7 novembre 1644; le comte d'Harcenrt, ambassadeur de France, arrivé à Londres en juillet 1644 , eut une audience du parlement le 14 août, et quitta TAngleterre en fé* vrier 1645. (Pari, #/is^, t. IH, «rt. 252, 353, 278, 285, 29^3, 298, 314. — Clarcndon, Hist. ofthereMl., t. VI, p. 317-32?.)
(2j Le 8 novembre 1644. Pari. Hist., t. III, col. 2^9.
LIVBE GINQOIÈMË. (1643-1645.) 171
comité^ devint bientôt si vive, les propos de Blake étaient si rodes/ et ratlitudë de sa garnison si menaçante, qu'ils jugèrent prudent de se retirer sans délai. Le lendemain, arrivés pfèÈ d'Ôxford, \\% s'arrêtèrent ^ur une petîté colHne, à cinq cents pas de la \lHë, et se firent annoncer au gouverneur par un trompette. Qdelques heures se paésèfetit; aucune réponse ne leur parvenait. Le roi, se pro-^ menant dans son jardin, aperçut siif la colline le groupe que formaient les commissaires et leur suite, demanda qui étaient ces' gens4à, et sur Tex-* plicatien qui lui fiJt donnée, il envoya sur-leebamp M. Killigrew avec ordre de les introduire dans la place, de pourvoir à leur It^ement , et de leur :exprimer son Tegret qu'on les eût foit atten* dre si longtemps. Gomme ils passaient dans les rues d'Oxford, sous rescôrte de quelques èaValièrs, la multitude s'attroupiit , les accablait d'injures, leur jetait même des pierres et de la boue. Parvenus a une mauvaise auberge, à peine y étaient-ils établis qu'un violent tumulte s'ék^a près ^ leur appartement. Hollis et Whitelocke i^rtirent aussitôt; quelques officiers royalistes étaient en^s <lans la grande salle et se querellaient ^vec les gens des commissaires, les traitant, eux et leurs maîtres, de misérables ^ U'aîtres, rebelles ^ et ue
172 RÉVOLUTION D'ANGLETERHE.
voulant pas souffrir qu'ils approchassent de ia cheminée. HoUis saisit un des officiers au coUet, et le secouant rudement, le poussa hors de la saile, en lui disant honte de sa conduite. Whitelocke en fit autant; les portes de l'auberge forent fer-^ mées ; le gouverneur y plaça une garde. Dans la soirée, plusieurs membres du conseil, Hyde entre autres, vinrent voir les commissaires^ s'excusèrent de ces désordres, leur témoignèrent un extrême désir de concourir avec eux à la paix, et le roi leur iit dire qu'il les recevrait le lendemain (*)•
L'audience fut courte* Lord Denbigh lut à haute voix, en présence du conseil et de la cour, les propositions du parlement : elles étaient telles que le roi ne pouvait se croire réduit à les accepter ; on lui demandait de livrer son pouvoir à la méfîance des chambres , et son parti à leur vengeance : plus d'une fois un murmure de colère s'éleva parmi les assistants. Au moment surtout où lord Dai^gh nomma les princes Robert et Maurice , qui se trouvaient là, comme exclus de toute amnistie, un rire bruyant fut près d^éclater ; mais te roi , se retournant d'un air sévère , imposa silence à tout le monde , et continua d'écouter avec patience et gra-
(<) Le 2 novembre 1644. — Whitelocke, p, 107, Pari. Hist., t. III, col. 310.
UV RE^ CINQU>H;ME. (16&3-i645.) 175
vite. La lecture finie : « ÂTêz-TOus pouvoir dé trai- » ter?. dit-il à lord Denbigh. — Non^ sire, notre ». misàiodi se bonie à présenter à votre Majesté les » propositions y et à solliciter sa r^)ohsé par écrit; «r— Eh Men^ je vous la remettrai des que je » pourrai. » Et les commissaires retournèrentchez euxC).
Le soir. même, et àè Faveu de leur» collègues^ Hpllis et Wbitelocke firent une visite à lord Und-^ sey, gentilhomme de la chambre, autrefois leur ami> etque ses blessures avaient empêché d^aller les v<»r. À peine étaient-ils chez lui depuis un quart d'heure que le roi y entra; et s'avançant vers eux avec bienveillance : « Je suis :£àché y messieurs , » leur dit-Uy que vous ne m'ayez pas apporté des » propositions plus raisonnables. — Sîroy dit Hol- » lis I ce sont celles que le parlement a cru devoir » adopter^ et j'espère qu'on en pourra tirer debbns » résultats^ — Lb roi. Je sais bien^ vous ne pou^ 9 viez apporter que ce qu'on voulait envoyer ; mais T9 j'avoue que quelques tmes de ces propositions » m'étoiment grandement : à coup sûr, vous-miémes » ne pouvez croire qu'il soit de la raison ni de » mon honneur de lés accorder. — IfeLLis. Il est
0> Pari. HUL, t. m, col. 310.
A vrait ^wv j'aoraît ^^iré qu'elles ne fiàsnebt p^% i> Sotties ce qu'elles soiit ; nis»s votre Majesté ^it ^ que ces choset-là se déciilent à la majevité: — ^ » La ROK Xe leaflàs^ et sms bien sur que i^ouset » vos amis (je ne veux pas dire votre partie avei; 9 litl tous vos efforts dans la chambre pour <{ii'H » en fut autrement^ car je sais que vous souhaitet )> la paix. — WnitiiiuMAE. l'ai euThônneur de me »' rendre plusieurs fois dans ce dessein auprès de 9. votre Majesté^ et je m'afflige de n^aveir pas encore 9 réussi. — Ms KOI. Je voudrais^ monsieur White- »> l^ke^ que les autres fussent de votre aviâ, et de p l'avis de M. lioUis^ et j e crois qu^alors nous verrioiis » bîeàt6t nue heureuse &à de nés différends ; car » moi aus^i je veux la paix ; et pour pr^ive^ comine » aussi pour /vous témoigner la c<mlianee q[uè je i>v0Ms porle à vous deux qui êtes ici avec mhiy n dciniie«Haloi ves çooseits^ je V0U^ prie , sur - la ix réponse qu'il me convint, de faite à ces p^opôst- » tiions, pour qu'elles mènent à la paix. -^ Hollis. X» Yotreftbjesté nausexeuserasi^ dans potrè situa- ^> tkax actuelle^ nous ne croyons pas pouvoir lui ^ donnai? de , conseil. -n.WjHinxocKK. C'est par » aq^ident4(ple nous avons rhonneur d'être îct en » présence de votre Majesté; et les fonctions dont » nous sommes revêtus ne nous permettent pas de
U9RX aMQ01ÈM& (f645(^i6&§.) iTS
)» ià (Mmteîiler en cette oëcasion^ fo88iones-iH)us
m d'aallëQrfi capables de le ^ire. -^ Us roi. Qaaat
X» à Votre otfSH^^j'eit suis juge :or mûntdnantje
» ne vem QOfn&idète pas du to^t domnie membres
» du parlesieiit ; c'est à titre d'amis et de simplep
« particuliers ^ qies fidèles sujets^ qae je tous
i> demande irotre epiniMi^ — Hou.is. C!oiBtne sim>-
» pies particnliérs 9 votre Majesté doit trouver que
i^pous en avonsr usé bien libfenent ; (jnantàvotœ
« réponse, sire y ia m^llenriB serait de revenir en
» personne au milieu de nous. -^ Le roi. Compimt
» pournôs-jè j^etourner à Londres^ avec sûreté? —
x>HoLC.m* J'ai la confiance qu'il n'y aurait poar
» votre Ms^esté aucun .danger. -^ Le roi. C'est une
» question, et je suj^ose que;les maîtres qui veus
» ont envoyés voulut une prompte réponse à le^r
^ metsage. -«^ WHrrËLookË. La plusproinpte e* k
i» meilleure réponse sËfftit) àeeup sÀr, l'appatitiofi
3» de votre Majesté dans son parlement. — Lfe ftoi.
^> Posions l^ess^i^. Permettez-moi^ monsieur Hol-
» Us et monsieur Whi^ocke, de Vous prier d'entrer
yè dans la chambré véiditie^ d'y cofirférer iinnK>mènt
» ensemble^, et de tnettre par écrit ce qu à votre
» sens je dois r^{K>lidre à ee m^sage ^ ee qui avan-
» cera le plus sûrement la bonne œuvre de lapaix. —
» HoLLis. Nous obéirons à l'ordre, de votre Majesté.»
176 RÉVOLUTION D'ANGLtTBRRE.
Us passèrent tous deux dans la chaisbpe désigaée; et^ après quelque hésitation , Whîtelodie rédigea , mais en déguisant avec soin son écriture, Tavis que le roi leur demandait ; puis^ laissant le papier sur la table , ils revinrent dans l'appartement. Le roi entra seul dans la pièce dont ils sortaient y prit le papier, revint à son tour^ traita fort gracieusement les deux commissaires ^ et se retira. Ils retournèrent aussitôt à leur auberge , et gardèrent avec leurs collègues un profond silence sur ce qui venait de se passer (*).
Trois jours après l^)j le roi manda le comité, et remettant à lord Denbtgh un papier cacheté et sans adresse : « Ceci, dit^ii^ est ma réponse; » portez -la à ceux qui yous ont envoyés. » Surpris de cette forme inusitée et de trouver le roi si obstiné à ne point donner aux chambres le nom de parlementy le comte demanda la permission de se retirer un moment avec ses collègues, pour délibérer sur ce qu'ils avaient à faire. « Pourquoi délibérer? »dit le roi; vous n'ave? point de pouvoirs pour » traiter ; vous me l'avez dit vous-mômes en arrii>vanty et je sais que depuis Vous n'avez point » reçu de çQurrier. » Lord Denbigh insista, allé-
(') Whitelocke, p. 128. ^Mémoires de Hollts, p. r»r»elsuiv. (') Le 27 novembre 1644.