‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 4)Chapitre 32 sur 116 · LIVRE CINQUIÈME. (16/i · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. (16/i

dictions peu de confiance : le parti presbytérien était usé , décrié ; quiconque n'en était pas le voyait tomber sans regret. Quoiqueles indépendants fus-sent fort loin d'être en majorité dans la cbambre, leur proposition sortit victorieuse de toutes les épreuves qu'elle eut >à subir : en vain, pour dernière tentative 7 les amis d'Essex demandèrent qu'il .fût seul excepté de l'interdiction qu'elle pro^ Bonçait; leur amendement fut rejeté (*); et^ le 21 décembre, l'ordonnance^ définitivement adop^ tée^ fut transmise à la chambre des lords.

Les {»rei^ytériens avaient là toute leur espérance : l'intérêt de la chambre à repousser là mesure était impérieux ; presque tous ses membres en étaient atteints ; elle y devait perdre ce qui lui re^it de pouvoir. Mais c'était là aussi j dans l'opinion publique j une cause de discrédit et dé feiblesse. Pour en atténuer l'effet , pour se laver du soupçon de connivence avec la cour d'Oxford , pour décourager les complots royalistes toujours prompts à renaître, surtout pour complaire aux passions du peuple presbytérien , les chefs du parti, au moment où ils essayaient d'arrêter la révolu^ tion, lui offrirent des concesiûons et des victimes.

(*) Le 17 décembre, par eent yoix contre quatre- vingt-tr^ize.

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Quatre procès^ depuis longtemps commencés^, mais qu'on avait laissés languir ^ furent repris et poussés sans relâche : celui de lord Macguire ^ comme complice de Tinsurrection d* Irlande ; des deux Hotham^ père et fils, pour avoir voulu livrer au roi la place de HuU; de sir Alexandre Care^ pour une tenta-t tive pareille dans Fi)e 4e Saint-Nicolas, dont U était gouverneur ; de Laud enfin , déjà pris , quitté et repris plusieurs fois. Macguire, les Hothantet Carew étaient coupables de délits récents, légalement avérés, et qui pouvaient trouver des imitateurs. Mais I^ud^ en prison depuis quatre ans, vieux, malade, n'avait à répondre que de son concours à une tyrannie depuis quatre ans vaincue. Comme dans le procès de Straffbrd, il fut impossible de prouver contre lui la haute trahison selon là loi. Pour le condamner, comme Strafford^ par un bill d'attainderj. le consentement du roi était nécessaire ; mais les haines théologiques sont aussi subtiles qu'implacables^ A la tête de la poursuite était ce même Prynne que jadis Laud avait fait si odieusement mutiler, avide d'humilier et d'écraser à son tour son ennemi. Après de longs débats, ou l'archevêque déploya plus d'habileté et de prudence qu'on n'en devait attendre, une simple ordonnance des deux chambres^ votée seulement

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par sept lords, et illégale inéf»e selon les tradittoûs de la tyrannie parlementaire, prononça sa condam* nation (*). Il mourut avec un pieux courage, uniquement préoccupé de son mépris pour ses adver* saires et de ses craintes pour Favenir du roi. Les autres procès eurent la même issue ; et , en six semaines, Téchaifeud fut dressé cinq fois sur Tower* Hill (*) , plus souvent qu'il n'était encore arrivé depuis l'origine de la révolution (^). Les mesures d'ordre général étaient dirigées dans le même sens. Huit jours avant l'exécution de Laud (*), la liturgie de rÉglise anglicane, jusque-là tolérée, fut définitivement abolie; et, sur la proposition de l'assemblée des théologiens , un livre intitulé : Directions pour le culte public, reçut à sa place la sanction du parlement (^). Les chefs du parti

(^) Selon les jouruaux de la chambre haute , vingt lords siégeaient Te Jour où Laud fut condamné ; mais probablement plusieurs sortirent a?aDt le vote ; car il résulte de documents certains que la majorité qui le condamna était composée seulement des comtes de Kent, Pembroke, Salisbarf, Bolinghroke, «(des lords North, Grey de Warke et Bruce. ( Somer's Tracts, U II , p. 287.). Plus t4rd même » lord Bruce nia qu'il eût voté.

(^) Sir Alexandre Carew fut exécuté le 23 décembre 1644 ; John Hotham le fils, le 1*' janvier 1645; sir John H^tham le pèroi le 2 janvier ; Laud, le 10 janvier; et lord Macguire, le 20 février.

(3) State-TriçUs, t. IV, col. 315-626, 653-754.— /'ori. Hist.^ t. III, col. 315, 329-322. — Whitelocke, p. 68, 109.

{*) Le 3 Janvier 1645.

(5) Neal , Hisi. ofthe PurU.^ t,,lll, p. 127,

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n'ignoraient pas que cette innovation rencontrerait de vives résistances , et s'inquiétaient peu de son succès; mais^ pour retenir le pouvoir près de leur échapper^ ils avaient besoin de tout l'appui des presbytériens fanatiques, et ne leur refusaient plu^ rien. Les indépendants, de leur côté, mettakut tout en œuvre pour faire adopter dans la cbaipbre haute l'ordonnance décisive; les pétitions recom* mençaient , quelques unes mâme menaçantes , et demandant que les lords et les co(nmunes siégeas^ sent dans une seule assemblée ('), Un jeune solen^ nel fut ordonné (*) pour appeler sur une délibéra* tion si grave les lumières du Seigneur; les deux chambres assistèrent seules aux sermon^ précités ce jour-là dans Westminster, sans doute poAir laisser aux prédicateurs une plus libre carrière; et Vane et Cromwell avaient eu soin de les choisir (^). Enfin, après des messages et des conférences répétées , les communes se rendirent en corps à la chambre haute pour réclamer l'adoption de Tordonnance (*); mais la résolution des lords était prise,

(1) Rushworlh, part. 4, l. r, p. 5. — Lingard, Hist. of Engî^nd, t. X,p. 282. — Whitdockc, p. 114.

(2) Pour le 18 décembre.

(3) aarendon, Hist. ofthe rébelî.y t. VII, p. 258 et suiv. — Whitelocke, p. 114.

{*) Le 13 janvier 1615. Pari. Hist. y t. III, col. 333-337. — Rushworth , part. 4, t. I, p. 7. — WhHelocke, p.. 118.

et le jour même de cette éclatante démarche^ Fordannance fat rejetée.

La victoire semblait grande et Je moment pro^ pice pour en profiter. Les négociations d'Uxbridge approchaient. Sur les instances des membres réfugiés qui Tenatent d'ouvrir obscurément à Ox« ford leur seconde session, Charles avait enftneon** senti (*) à donner aux chambres de Westminster le nom de parlement, c^ Si j'avais eu dans mon » conseil, écrivait^il à la reine. Seulement deux » personnes de mon avis , je n'aurais jamais » cédQ (^). » 11 avait, en même temps désigné ^e^ commissaires ('^) : presque, tous souhaitaient la paix. Parmi ceux du parlement (*), Vane, Saint-

(>) Vers la fin de décembre 1644.

(2) Lettre du roi à la reine» du 2 janyier 1645. Dans les .Éclatrcts-^ smnents et Pièces historiques joints aux Mémoires de Ludlow, t. I , p. 394, dans ma Collection,

(3) Le duc de Richmond , le marquis de Hertford , les coHites dte Southampton , de Kingston et de Chichester ; les lords Capel , Seyraour, Hatton etCoIepepper; le secrétaire d'État Nicholas, sir Edouard Hyde, sir Edouard Lane » sir Orlando Bridgeman , sir Thomas Gardî^ ner, M. John Ashburnham , M Geoffroi Palmer, le D. Stewart, et leur suite; en tout cent huit personnes.

(^) Les cooptes de Northumberland , de Pembroke , de Salisbury et de Deobigh » lord Wenman, MM. Denzil HoUis , William Pierpoint , OKvier Saint-4ohn, Whitelocke, John Crew, Edmond Prideaux, et sir Henri Vane , pour le parlement d'Angleterre ; le comte de Lowdeo, le marquis d'Argyle , les lords Maitland et Balmerino , sir Archibald Jobnston, sir Charles Erskine, sir John Smith , MM. George Dundas, Hugh Kennedy, Robert Berkley et Alexandre Hcnderson pour le parlement d'Ecosse, avec leur suite ; en tout cent huit personnes.

John et Prideaux fcmùaicnt seuls d'autres des^ seins. Le 29 janvier ^ les négociateurs arrW^^rat à Uxl»ridge, plein» de bonne volonté et d'espérance.

Ils s'accueillirent des deui parts avec empres*^ sèment et courtoisie. Tous^ se connaissaient depuis longtemps ; plusieurs ^ avant ces funestes dissèn-^ sions, étaient liés d'amitié. Le soir même de leur arrivée, Hyde^ Gdepepper, Palmer, Whitelocke, HoUis, Pterpoint, se visitèrent librement, se félicitant de travailler ensemble à la paix de leur pays. Qn remarquait pourtant, danà les commissaires de Westminster, plus d'embarras et de réserve, car ils portaient le joug d'un mattre plus rude et plus méfiant. Les fiégociations devaient durer vingt jours , et avoir surtout pour objet la religion , la milice et l'Irlande. Il fut convenu que chacune de ces question^ serait débattue pendant trois jours, sauf à les reprendre alternativement^ Tant qu'il ne s'agit que de ces arrangements préliminaires, tout fut facile; la confiance était en^ tîère et la politesse recherchée. Mais quand la discussion officielle commença çnfin (^) autour de la table carrée où s^asseyaient les négociateurs,

(ï) 1^30 janvier 1645.

toutes tes diffîetiltés repararent. Chacune de$ Mettons parlementaires avait son intérêt fondamen^ tal dont elle ne voulait rien céder y les presbytériens rétablissement privilégié de leur Église , le6 politiques le commandement de la milice, les indépendants la liberté de conscience; et le roî, obligé de céder à tontes y n'obtenait de chacune d'elle» que des sacrifices auxquels les autres se refusaient absolument. L'un et l'autre parti d'ail** «leurs se demandait toujours si^ la paix feite^ le pouvoir serait dans ses mains y car ni l'un ni l'autre ne voulait traiter qu'à ce prix. Ouvert d'abord sur raffairede la religion, le débat prit bientôt le caractère d'une controverse théologique ; en argu* monta au lieu de n^cier; on ^ut plus à cœur d'avoir raison que de foire la paix. Peu à peu l'ai^ greur s^' établit dans ces relations naguère si bten^ veillantes ; elle se glissa même dans ces eonversatic^s femilière^s où quelques uns û(ss négociateurs essayaient quetquefcâs de lever les obstacles qui les avaient arrêtes. Parmi les commissaires â'(k* ford, Hyde surtout était recherché par cent de Westminster qui I0 savaient homme sage et en crédit auprès du roi. Lord Lowden, chancelier d'Ecosse, ^t les comtes de I%nbroke et de Denb^fa s'entretinrent longuement avec lui ,. et à çmàv ou-

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vert; des dangers de l'avenir, des sinistres des^ seins qui fermentaient dans le parlement, de la nécessité que le roi cédât beaucoup pour tout sauver. Hyde se prétait volontiers k ces commu* nications ; mais la susceptibilité de son amour^ propre, la roideur hautaine de sa rai&on^son ton sec «t moqueur, sa dédaigneuse prolnté^ offea--' saient ^t rebutaient presque toujours ceux qui avaient voulu se rapprocher de lui. Le moindre incident faisait éclater tous ces embarras de la* situation et Fimpuissance des désirs paciiques des négociateurs. Un jour de marché, dans l'église d'Uxbridge , ea présence d'un peuple nombreux , un nommé Love , prédicateur fenatique f na^ère arrivé de Londres , prêcha contre les royalistes et le traité avec la plus injurieuse violence t «11 n'en »faut, dit-il^ rien attendre de bon; ce^ gens-là » sont venus d'Oxford le cœur plein de sang ; ils ne » veulent qu'amuser le peuple , en attendant qu'Us » puissent lui faire quelque grand mal ; il y a aussi » loin entre ce traité et la paix qu'entre la ciel et » l'enfer, i» Les: commissaires du roi de^nandèrent le. châtiment de cet homme, mais ceux de Westminster n'osèrent rien de plus que le renvoyer d'Uxbridge (*). De mauvais bruits couraient sur 1^

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