LIVRE CINQUIÈME. (i6â3-i6&ô
Yéritables mteïitions du roi Tout en cédant^ dîaaitùù, aux vœux -de sou conseil ^ il ne voulait point de la paix , promettait toujours à la reine de ne rien conclure sans son aveu^ et s'appliquait bien plus à fomenter les dissensions intérieures des chambres qu'à s'entendre vraiment avec elles. On le soupçonnait même de traiter sous main avec les papistes d'Irlande pour s'en feire une armée; et les plus solennelles protestations de ses commissaires ne parvenaient pas à dissiper sur «e point les méfiances de la cité.
Cependant le terme fixé aux négociations approchait : le parlement se montrait peu enclin à les prolonger. Désolés de se voir si près de se séparer sans résultat, les amis de la paix concertèrent un dernier effort (*). 11 leur sembla que quelque con^ cession du roi au sujet de la milice, par exemple l'offre d'en rmnettre pour quelques années le commandement à des chefs dont les diambres nommeraient la moitié , ne serait pas sans efficacité. Lord Southampton se rendit en toute hâte à Oxford pour l'obtenir du roi. Charles refusa d'abord; le comte insista; d'autres se joignirent à lui,
part. 3, l. n, p, S4S-926. — Whilelockc, Memorials^ etc., p. 123 et suiv. *
(1) Vers le milieu de fêvHer 1645.
fW RtiVOLUTlOH lyAMGLETBHUE.
suppliant à genoux lé roi ^ an nom de sa couronne et de son peuple ^ de ne pas repousser ce moyen de négocier encore. Charles céda enfin; et le désir de la paix était si vif parmi ses conseillers- que ^ dans leur joie ^ toutes les difficultés leur parurent aplanies. Fairfex et Gromwell étaient au nombfe des commissaires à qui le roi devait proposer lui-^ tnème que le commandement de la milice fût remis. Le soir y au souper , la gaieté régnait à la table royale : le roi se plaignit que son vin n'était pas bon : « J'espère, dit en riant un des convives^, que » dans peu de jours votre Majesté en boira de meil- » leur à Guildball avec le lord maire. » Le lendemain matin, lord Southampton, repartant pour Uxbridge , se présenta chez le roi pour recevoir par écrit les instructions convenues; mais, à son extrême surprise, Charles retira sa promesse, et se refusa définitivement à la concession (^).
Une lettre de Montrose , arrivée dans la nuit du fond de l'Ecosse , avec une rapidité prévue sans exemple, avait décidé ce brusque changements Quinze jours auparavant (^), à Inyeriocby^ dans le
(ï) Clarendon, Hist, of the rebell., t. VII , p. 316-319. — Wclirood, Memoirs, p. 62, 63, édil. de 1718. — Baoks , A criticdU ftoview of the life of Oliver Cromwe^l. (Londres, 1769, p. 108-112.)
(2) Le 2 février 1645. La lettre est du 8 Wvrfer.
UVRE QNQUIÈMft. (16^1645.} 195
oom^ié d'Ârgyie, Montrose avait remperté sur les troapes écossaises, commandées par Argyle kiimôme, mob éclatante victoire. Après en avoir ren^a eompte au roi: «^re, ajoulaitril, que votre Ma- )>jesté sacrée me peraiette maintenant de lui n exprimer mon hirmblc opinion sur ce que me I» mandent mes amis du midi , savoir que votre ^ Majesté est en négociation avec son rebelle par- » lement. Autant le succès de vos armes en Ecosse » m'avait réjoui le cœur> autant cette nouvelle » d'Angleterre est venue le briser. I^ dernière &is » que j'eus l'honneur de voir votre Majesté^ je lui » exposai tout au long ce que je sais si l^en des n desseins de ses rebelles sujets dans les deux » royaumes; et votre Majesté peut se souvenir » combien elle était alors convaincue que j'avais j> raison. Je suis sûr que depuis lors il n'est rien » arrivé qui ait pu faire changer à ce sujet le jugo- » ment de votre Majesté; Plus elle accordera, plus » on lui demandera ; et je n'ai que trop de motifs » de tenir pour certain qu'ils ne se contenteront » pas à moins que de faire de votre Majesté un roi » de paille. Pardonnez-moi, mon auguste et sacré » souverain, si j'ose dire à votre Majesté que, dans » mon humble opinion , il est indigne d'un roi de «traiter avec des sujets rebelles tant qu'ils ont
i96 RÉVOLUTION D'ANGLETERRE.
» Tépée à la main. A Dieu ne plaise que- je veuille » retenir les miséricordes de votre Majesté ; mais » je frémis d'horreur quand je pense qu'il s'agit »d'un traité pendant que votre Majesté et ces D gens-là sout en campagne avec deux armées. » Permettez-moi d'assurer en toute humilité votre » Majesté qu'avec les bénédictions de Dieu je suis » en bon chemin pour £aire rentrer ce royaume » sous son pouvoir; et si les mesures que j'ai con- » certées avec vos autres loyaux sujets ne many> quent pas, ce qui n'est guère à supposer, avant » la fin de cet été je serai en état d'aller au secours » de votre Majesté avec une brave armée ; et, sou- » tenue par la justice de votre cause, elle fera » tomber sur ces rebelles , en Angleterre comme » en Ecosse , le juste châtiment de leur rébellion. «Souffrez seulement^ sire, qu'après avoir réduit » ce pays sous votre obéissance, et conquis de Dan » à Beersebah , je dise à votre Majesté , comme le » lieutenant du roi David disait à son maître : — » Viens toi-même, de peur que ce pays ne soit » appelé par, mon nom ; — car dans toutes mes » actions, je n'ai rien à cœur que la gloire et l'in- » térêt de votre Majesté (*). »
Cette lettre avait rendu au roi ses plus hautes
(1) W<îlwood , Memoirs, €tc., Appendice, p. 302-308.