LIVRE SIXIÈME. (1665 I
«sont donc inabordables? les avez-vous chargée? » — Deux fois , général, et sans saccès. — Eïi »bien! prenez-les en lète, je les prendrai en >) quelle, et nous nous retrouverons au milieu. »Et ib se rejoignirent en effet à travers les rangs enloncés; Fairfax tua de sa main le porte-étendard , et remit le drapeau à l'un des siens ; eelui-^i s'en vantait comme d'un exploit de son propre eourago : Doylèy s'en aperçut et se fâeba. «Laissez-le »£aire^ dit Fairfex en passant; j*ai de Tbônneur » assez; qu il prenne celui-là pour lui,» A leur tour les royalistes pliaient déjà de toutes parts , <}uand CromweH parut avec ses escadrons victorieux. A cette vue, Charles désolé se mit en tête ^u régiment des gardes, seule réserve qui lui restât , pour aller cbarger ce nouvel ennemi f déjà l'ordre était donné et la troupe en mouvemMt , quand le comte de Carnewartb, Écossais, qui galopait à côté du roi , saisit tout à coup la bride de son cheval , et s'écriant en jurant : « Vous vou- » lez donc vous foire tuer? » le détourna brusquement à droite. Les cavaliers les plus rapprochés du roi firent comme loi /sans en comprendre la raison; les autres suivirent, et en un clin d'œille régiment tout entier tourna le dos à rcnnemî. La surprise devint terreur; tous se dispei*sèrent dans
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la plaine 9 les uns pour fuir, les autres pcnir retenir les fuyards. Charles , au milieu d'un groupe d'oflîders, criait en vain : «Arrêtez! arrêtez!» La débandade ne se ralentit qu'à la vue du prince Robert ^ de retour enfin sur le champ de bataille avec ses escadrons. Un corps assez nombreux se reforma alors autour du roi, mais dé cavaliers en désordre, fetîgués, troublés, abattus. Charles, Tépée à la main, les yeux ardents, le désespoir dans tous les traits , se lança deux fois en ayant, criant de toutes ses forces : «Messieurs! encore une charge, et nous regagnons la journée ! » Nul ne le suivit; l'infanterie, partout enfoncée, était en pleine déroute ou déjà prisonnière : il fallut fuir; et le roi , avec deux mille chevaux environ , se jeta du côté de Leicester, laissant son artillerie, ses munitions, ses bagages, plus de cent drapeaux , son propre étendard, cinq mille hommes et tous les papiers de son cabinet au pouvoir du parlement {*).
La victoire dépassait les plus audacieuses espérances : Fairfax se hâta d'en informer les cham^bres, d'un ton calme et simple, sans allusion ni
(*) Rushwofth, part^4^t. I, p. 42-44. - Clarendoo » His^ of th£ rehell.y t. VIÎl, p. 54-58. — Whitelock^ p. 14.%. — May, Hist. du Img^Parl.f t. Uj p. 305-309;
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conseil politique. Cromwell écrivit aussi , imtis aux commuiies seules y comme t^iaut d'elles seules sa mission ; sa lettre finissait en ces termes : « Il n'y » a dans tout ceci que la main de Dieu ; à lui seul » appartient la gloire , et p^sonne n'a à partager » avec lui. Le général vous a servis avec honneur » et fidélité ; le plus grand éloge que je puisse lui » donner^ c'est qu^il rapporte tout à Dieu y et ai-^ » merait mieux mourir quelle rien prétendre pour » lui-même : cependant , pour la bravoure, on »peut lui accorder, dans cette circonstance , tout » ce qu'il est possible d'accorder à un homme. Les » gens de bien ( il voulait parler des indépendants » enthousiastes) vous ont fidèlement servis; ils sont » pleins de confiance : je vous conjure , au nom de » Dieu , de ne pas les décourager. Je souhaite que » cette affeire engendre , dans le cœur de tous » ceux qui y sont intéressés , l'humilité et la gra- » titude. Je souhaite que celui qui hasarde sa vie » pour le salut de son pays se puisse confier en » Dieu pour la liberté de sa conscience , en vous » pour la liberté au nom de laquelle il combat (*).» Quelques uns s'offensèrent de voir un lieutenant du général , un serviteur du parlement , di-
{}) Rushworth, part. 4, t. I, p. 4S-46.
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sâient-ils, lear distribuer de ce ton les avis et les louants ; mais leur humeur tenait peu de place au milieu de l'exaltatiofi publique; et le jour où la lettre de Cromwell parvint à Lcmdres^ les l<irds eux-mêmes votèrent que «on commandement semt de nouveau prokmgé de trois mois (^).
Ils votèrent en môme temps qu'il Mlait profiter de la victoire pour adresser au roi des propositions raisonnables (^)^etles commissaires écossaisémireot le mêmevoôu (^). Mais les vainqueurs étaient bien loin de telles {>ensées. Au lieu, die répondre^ les communes demandèrent (*) que tous les citoyens fussent convoqués à fiuildhall pour eatendre la lecture des papiers trouvés dans les bagages du roi, surtout de ses lettres a la reine^ et juger, eux^ mêmes quelle confiance on pouvait prendre désormais dans les négociations. Fairfax avait h^ité à ouvrir ces papiers; mais Cromwell et Ir^ton s étaient hâtés de combattre ses scrupules, et la chamt»re ne songea point à les partager. La lecture, se fît f ) au milieu d'un concours immensq et avec
(«) Le 16 juin 1645. Pari. Hist,^ t. lU, col. 374. («) Lé 20jnln. /Wrf., col. 575.
(3) Le 2S jatUet. Ibid.^ col. 3S9.
(*) Le 30 juin.
(5) Le 3 juillet. Pari. Hist., t. HI , col. 377. — May, Hist. du Long- Pari., t. II, p. 310-312.
un eifet prodigieux. Il était datr que le roi iv'ayait jamais Yoolu la paix ; que nulle concession, n'ét^^t à ses yeux déiinitive , nulle promesse obligatoire ;. qu'au fond il ne comptait que sur la force, et prétendait toi^ours au pouvoir absolu ; enân que^ malgré se^ protestaticms^ mille fois répétées, il s'adressait au roi dé France , ^xx duc de Lorraine ^ à tous les princes du continent,, pour introduire dan& Iç royaume des soldats étrangers. Ce n^nn même de parlement que naguère, pour obtenir Jes conférences d'Uxbridge , il avait paru donner aux chambres, n'était de sa part qu'un mensonge, car, en le donnant, il avait secrètement protesté contre sa démarche officielle, et fait inscrire sa protestation, à Oxford, sur les registres du conseil (*). Tous les citoyens furent admis à se convaincre, par leurs propres yeux, q^e. les lettres étaient vraiment de la main du roi (^); et, après l'assemblée de Guildhall, le parlement les fit^publier (^j.
(1) LeUMfi du fd à la mne^ ée& 2 el 9 janvier, i& et 19 févrinr, 5, 1^ et 30 mars 1645; à la saite é^i Èlémo^ês de LudlaW, 1. 1, p. 394, 390, 397, 396, 399, 407, 390, dans ma CoUecHon» Sir John £tw^fi'« Mémoire. Appendice, Iv 11^ p. 90. Voyex ie&.Éaaireissments et Hkes hislûrique»^ b° Vil.
(2) May, Hist. du Uma-^rL, t., Il, p. 310.
(^) Sous ce titre : « Le pertefeutlte da roi ouvert, ou certaio» » paquets de Jettres et papier» seeretg, écrits de la main du roi , et pna » daus son portefeuille sur le champ de bataille de Naseby,. le 14 juta » 1645, par le victorieux sir Thomas Fairfax, où sont dévoilés beau-
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La colère fut partout la même : les amis tie la pak étaienrt réduits au silence. Quelques uns tentèrent en vain de s'élever contre cette publication^ Violation brutale, disaient-ils, des secrets domestiques. Ils demandaient si Ion pouvait croire à sa parfeite authenticité, s'il n'était pas probable que plusieurs lettres avaient été mutilées, d'antres omises (*) ; ils insinuaient que, dans les chambres aussi , certains hommes avaient négocié sans plus de franchise, et ne voulaient pas non plus de la paix; mais nulle explication, nulle excuse n'est accueillie du peuple dès qu'il sait qu'on a voulu le tromper. D'ailleurs, tout cela fût-il vrai, la mauvaise foi du roi demeurait évidente ; et , pour faire la paix , c'était à lui qu'il fallait se fier. On ne parla plus que de la guerre; on pressa les le^ vées d'hommes, la rentrée des impôts, la vente dés biens des délinquants ; tous les corps de troupes
» coup de mystères d*ÉUit qui justifient pleiu^meot la cause pour » laquelle «r Thomas Fairfai a livré baUille dans ne jour mémorable ; » avec quelques notes. »
{}) Le roi ne contesta jamais Tauthentidtë de ces lettres ; il en convient même formellement dans une lettre écrite à sir Edward Nicbolas, le 4 août 1645, c'est-à-dire peu de isemaines après la publication {sir JohnEvelpn's Memoirs, Appendîee, t. II, p. 101); et le texte publié par le parlement , en 164§, est exactement conforme à celui des lettres inséras dans les OEuwe^de. Charles P' , publiées à Londres, rhez Royston, en 1660.
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reçurent leur solde ^ toutes les places importantes des munitions (*). Les Écossais consentirent enin à s'avancer dans l'intérieur du ropume (*} ; et Fair&Xy ne voyant plus même de fuyards à pour* suivre^ se mît en mouvement (^) pour aller reprendre dans les comtés de l'ouest l'expédition que le siège d'Oxford lui avait feit abandonner.
Tout était chan^ dans ces comtés, jusque-là le boulevard de la cause royale; non que T opinion du peuple y fût devenue plus favorable auparle^ ment, mais elle s'était aliénée du roi. Il y possédait encore plusieurs corps do troupes ef presque toutes les places; mais la guerre n'y était plus conduite, comme k l'origine, par des hommes graves, considérés, populaires, le marquis de Hertford, sir Bevil Greenville, lord H(^ton, Trevannion , Slanning, amis désintéressés de la couronne : les uns étaient morts , les autres s'étaient dégoûtés, ou avaient été éloignés par des menées de cour, et sacrifiés par la feiblesse du roi. Â leur place deux intrigants, lord Goring et sir Richard Greenville, y commandaient, l'un le plus débauché, l'autre le plus avide des cavaliers; aucun
(0 Pari, Hist,, t. HI, col. a?!*
P) Le 2 juiHet 4645. OH Pari. BisL, t. XIV, p, 6.
(5) Le 20 jtUn 4645.
<)96 RÊVOIXTION DTAIIGLETeRnE.
prhieipe y auesiio aiféclion ne les attachait à la caose royale; ils troutaiefit^ à guerroyer p(Hirelte^ Tavantage d'assouvir lears passions ^ d'oppritfier lears ennemis^ de se venger^ de se divertir, de s'enrichir. Goriag^ était brave , aimé des «eus j et né mocpiait point, sur le champ de bataille, d'habileté ni d'énergie; iftais rien n'égalait mu incarie et l'insidente intempérance de sa conduite 0a dé ses propos : sa loyauté même n'était pas sûre ; il avait déjà trahi le roi (') , puis le parlement i^)y et semblait toujours sûr lé point d'une nouvelle trahison (^. %r Richard Oreenvilte, moins déréglé et plus influent sur la nd^lesse du pays^ était dur^ insatiable, et d'un courage sinon douteux, au mmns peu empressé. Il passait son temps à lever des contributions pour des troupei? qu'il ne rassemblait point, ou pour des entreprises qu'il ne prenait pas même la peine de commencer. L'armée avait changé comme ses chéfe : ce n'était plus un parti soulevé poui^ ses affections et ses intérêts, frivole biais sincère , licencieux mais dévoué ; c'était un ramàs de mauvais sujets, indifférents même à leur
(1) En 1641, lors de la première conspiratiou de Tarmëe contre le parlement. Voyez cet ouvrage , t. 1, p. 184.
(2) En août 1642, au début de U guerre eiTilé, en livrant au roi Portsmouih , dont le parlement Favail nommé gouverneur.
(*) Glarcndon, IHst. oftherehelL, t. VIIÎ, p. 129-f JU.