‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 4)Chapitre 46 sur 116 · LIVRE SIXIÈME. (16A · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. (16A

rieuse affaire qu'ils conduisaient en commun (*}. A peine arrivé^ il reçut la nouvelle la plus inat« tendue : le prince Robert avait rendu Bristol (•), au premier assaut^ presque sans résistance, quand rien ne lui manquait, ni les remparts, ni les vivres, ni les soldats. Charles fut consterné; c'était sa ruine dans l'ouest et le plus amer mécompte. II écrivit au prince (^) : « Mon neveu , quoique la » perte de Bristol soit pour moi un rude coup, » cependant la manière dont vous avez rendu cette » place me fait tout oublier. Que faire lorsqu'un » homme qui me tient de si près, par le sang et » par l'amitié , se résigne à une action si lâche (je » me sers des termes les plus doux)? à une action » telle... J'en aurais tant à dire que je me tais. » Souvenez-vous que, le 12 août, vous m'avez écrit » que, s'il n'y avait point de sédition dans Bristol, » vousy tiendriezquatremois. Avez-vous tenu quatre » jours? y a-t-il eu l'ombre d'une même sédition? » Je me hâte de conclure : mon désir est que vous » alliez chercher votre subsistance quelque part , » outre mer, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de déci-

(«) Clareadon, Hisl, of iherébelUf t. VIII, p. 117, 118. — Walker, p. 136. — Bushwortb, part. 4, t» I, p. 121-123. i}) Le 11 septembre 1645. Rushworlb, part. 4, 1. 1„ 65-68. ?) De Hereford, le 14 septembre.

a3S RÉVOI-imON D'AKGt£T«RE.

» der deiocm wrt. Je v<ms envoie donc ilfi psisse^ » port. Je prie Diett qu'il voas donne le sentiment » de votre situation et les moyens de regagner ee » qoe vom avez perdu. Une victoire^ je vous jnre^ » ne me fera pas plus de plai&ir qu'âne bonne rai^ rt son de vous assuré sans rougir que je suis votre )i oncle affectionné et votre fidèle ami» CaiiRLfi», » roi (*). » •*•

Il écrivit le mèjne jour à Oîiford f ) ^ où le prince s'était retiré ^ pour ordonner aux lords du conseil de lui redemander sa commission ^ de surveiller ses démarches 7 de destituer le colonel William Legg^ gouverneur d'Oxford ^ ami particulier de Robert, enfin d'arrôter le colonel et même le prince, si quelque trouble s'élevait dans la place ; et. sa lettre finissait par ce post-scriptum : a Dites » à mon fils que j'aurais moins de chagrin à ap- » prendre qu'il a été assommé qu'à lui voir foire » une action aussi lâche que celte reddition de la » place et du fort de Bristol {% «

Une ressource restait au roi, toujours la même, quoique déjà tentée sans succès, c'était de rejoindre

(♦) Ciateném, Hist. ofthereh^L, t. Vf II, p. 120. (2) Au secrétaire d'Étôtsir ÊdoûaréNichoîa». (3> Clareodon, Hist. of the rehdl, t. Vllï, p. 121. -* E?clyii, MemoirSy t. l\^ Appendicey p. 407-109.

Mo&trose^ Il feUait d'srilkurs qn'il marchât vers le nord pour débloqfuèr Cb^ster assiégé de nrniveau y et/ depuis la perte da Bristol ^ le seal port où pussent arrlrer des secours d'Irlande , désormais mn unique pëlxsée. Après buit jours passés à Herefotd dans un morne abattement y il se mit en marche à travers les montagnes du pays de Galles , seul chemin j^r où il pût échapper à un corps parlementaire qui, sous les ordres du major général Poyntï, observait tous ses mouvements* Cinq mille hommes environ le suivaient encore, fantassins gallois et cavaliers des comtés du nord. Il était déjà en vue de Ghester quand les parlementaires , partis plus tard, mais venus par une route directe et facile, atteignirent son arrière^^garde (^). Sir Marmaduké Langdale^ qui la commandait , chargea Tennemi avec tant de vigueur qu'il le força de se replier en déscordre. Mais le colonel Jones , qui dirigeait le si^e^ en détacha un corps de troupes^ et parut inopinément sur les derrières des royalistes. Poyntz rallia ses gens. Le roi , pressé entre deu^ feux 9 vit tomber autour de lui ses meilleurs oM^ ciers, et bientât en fuite à son tour, rentra déses-^ péré dans le pays de Galles , encore une fois f e--

(1) A. Roatenhfaili^ )« 24 septembre i64 5. Rushworth^ part. 4, t. ï, p. 117. — Clarendon, HisL of the rébdl., t. VIII, p. 150-4,13.

UO RÉVOLUTION lyÂNGLETËRBE.

poussé y comme par une barrière insurmonlable ^ de ce camp de Moutrose y son dernier espoir.

Cet espoir même n'était plus qu'une erreur : depuis dix jours déjà^ comme le roi, Montrose fuyait 9 cherchant un asile et des soldats. Le 13 septembre 9 à Philip-Haugh ^ dans. la forêt d'Ëttrick; près de la frontière des deux royaumes, Lesley l'avait surpris feible, mal gardé, ne se doutant pas de son approche. Malgré tous ses efforts , les montagnards l'avaient quitté pour aller enfouir chez eux leur butin. Quelques grands iseigneurs, le comte d'Âboyne entre autres^ jaloux de sa gloire , s'étaient aussi éloignés avec leurs vas-* saux ; d'autres , se méfiant de sa fortune , les lords Traquair, Hume, Roxburgh, ne l'avaient pas rejoint malgré leurs promesses (^). Brillant et téméraire ; dans les cœurs vils il excitait l'envie , et n'inspirait aux timides nulle sécurité. Quelque fanferonnade se mêlait même à son génie , et nuisait à son influence : ses amis le servaient avec passion , ses soldats avec enthousiasme , mais il n'imposait point à ses égaux. Son pouvoir d'ailleurs n'avait de fondement que la victoire ; et les hommes prudents, chaque jour plus nombreux^

{*} Rushwerth, part. 4, t. 1, p. 23|. -*- Gathry, MemoirSj etc., p. 198 et suiv.

UVRE SIXIÈME. (16^5-1646.) , Ui

le regardaient avec surprise t comme un météore que rien n'arrête^ mais^ qui va passer. Un revers ^suffit à dissiper tous ses succès; et le lendemain de sa défaite/ le conquérant de TËcosse n'y était plus qu'un proscrit audacieux.

A ce coup /Charles regarda avec effroi autour de lui 9 ne sachant plus où attacher son espérance. Les conseillers mêmes lui manquaient. Il avait placé auprès de son fils les plus sages, lord Gapely Colepepper, Hyde. Lord Digby lui restait presque seul, toujours aventureux, confiant, toujours prêt à opposer^ les projets aux revers , et , malgré la' sincérité de son zèle, occupé surtout de conserver son crédit. L'idée vint au roi de se retirer sur la côte du pays de Galles , dans Tlle d'Angle^y, voisine de l'Irlande , facile à défendre , et de passer là l'hiver. On le détourna sans peine de sortir ainsi de son royaume où il possédait encore de bonnes places, Worcester, Hereford, Chester, Oxford, Newark. Tout le monde penchait pour Worcester, mais rien ne convenait moins à lord Digby. Ennemi déclaré du prince Robert , c'était lui qui naguère, après la perte de Bristol , avait fomenté la colère du roi, et provoqué, disait-on, ses rigueurs contre son neveu. Robert furieux voulait à tout prix voir le roi , se justifier et se venger. Or, à Worcester,

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