‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 4)Chapitre 5 sur 116 · LIVRE QUATRIÈME. (16/i3-i6A8.) a · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. (16/i3-i6A8.) a

que temps découragées (^) . Les lentativeB du parU royaliste n'avaient jamais d'autre résultat) mais elles se renouvelaient ^ans oesse^ elles tenaient Westminster comme la cité dans une anxiété continuelle: nul ne songeait encore à leur opposer ces derniers excès de la tyrannie qui procurent aux partis quelques jours de toute-puissance y bientôt payés de longs revers i et le parlement , appliqué à lutter contre ce mal intérieur^ ne pouvait déployer au dehors toute son énergie ^ ni la porter librement vers d'autres combats.

Dans les comtés il en était autrement : là^ rien ne gênait les partis : là^ aucune responsabilité générale et décisive ne s'attachait à leurs actes, et les besoins ou les calculs de la politique ne venaient point régler ou intimider les passions. Aussi y tandis qu'aux environs de Londres i entr^ le parlement et le roi , la guerre semblait languir^ elle éclatait ailleurs , entre les parlementaires at les royalistes , spontanée , vive , franche , poursuivie danis chaque lieu pour le compte de ses habitants, et presque sans égard à ce qui se passait entre Oxford et la cité. Quelques mois s'étaient à peine écoulés, et déjà le royaume était couvert

(1) Rufbwortb, part. 3, t. 11^ P* HO-116. Pari. His^., t. III, roi. 49-61.

5JÛ UÉVOLIJTJOK D'AJNGLETKlUUi.

de confédérations guerrières , librement formées, soit dans l'intérieur d'un comté entre les hommes de même opinion, soit entre les comtés limitrophes, pour soutenir en commun leur cause. Pour première démarche, ces confédérations deman* daient et recevaient, du parlement ou du roi, selon leur dessein, une commission pour leurs chefe, et des pouvoirs pour lever des soldats, imposer des taxes, prendre toutes les mesures qu'elles jugeraient nécessaires au succès. Elles agissaient ensuite isolément et presque à leur gré, sauf à rendre compte de temps en temps , à Oxford ou à Londres, de leur situation, de leurs actes, et à solliciter au besoin des secours ou des conseils (*). A défont de telles ligues locales, quelquefois même simultanément, un homme riche et accrédité levait un petit corps et guerroyait en partisan , tantôt aux environs de sa ville ou de sa terre, tantôt se portant plus loin, selon son au-

(<) Les dent principales de ces eonfédérations furent, dans le nord, eelle des comtés de Durham, NorthumberlaDd, Cumberland et Westmorelaod ; pour la cause royale; et dans Test, celle des comtés de Norfolk , Suffolk , Cambridge , Huntington , Bedford , Esseï , Lincoln et Hertford , pour la cause parlementaire. On en rencontre plusieurs autres , comme , dans le centre , celle des comtés de Northampton , Warwick , Leicester, Derby et Strafford , pour le parlement; au sudouest , celle des comtés de Dorset, Somerset, Devon et Cornouailles, iwur leroi, etc. — Rushworth, part. 3, t. 11, p. 66, 94-98, 119, 381.

(lace, sa force ou la nécessité (*). Que si ailleurs des dispositions plus pacifiques prévalaient un moment, elles se manifestaient avec la même indépendance : dans les comtés d'York et de Chester, les deux partis, se jugeant à peu près égaux et plus capables de se nuire que de se vaincre, conclurent officiellement un traité de neutralité (*); et presque en même temps, à l'extrémité opposée de TAngleterre, les comtés de Devon et de Cornouailles se juraient, par commissaires , de rester en paix , laissant la cause se débattre entre le roi et le parlement (^). Mais le parlement et le roi blâmèrent rudement de telles conventions (*), et les hommes mêmes qui les avaient conclues avaient trop présumé de leur patience mutuelle. On se battit bientôt là comme ailleurs. Dans les comtés de l'est , du centre et du sud-est, les plus peuplés et les plus riches, les parlementaires dominaient; dans ceux du nord, de l'ouest et du sud-ouest , la prépondérance appartenait au roi; car la propriété territoriale y était moins divisée , l' industrie moins active , la

(1) Voir les Mémoires de mistriss Hutchiusoo et ceux de Ludiow.

(2) Clarendon, Hist. of the reMl,, t. V, p. 23a.

(3) En février 1643, ibid.y t. V, p. 235. {*) Jbid.y p. 240.

3» RÉVOLUTION rrANGLKTERRE.

haute noblesse plus influente ^ et la religion catholique y conservait plus de sectateurs. Mais dans Tune et l'autre de ces deux portions du royaume^ surtout dans celle où prévalait le roi, le parti le plus faible était cependant assez fort pour tenir en échec ses ennemis; et le parlement uvait cet avantage que les comtés dévoués à sa cause » presque tous contigua et compactes, formaient autour de Londres comme une redoutable cein» ture; tandis que les comtés royalistes, s'étendant du sud-ouest au nord-est, de la pointe de Gofnouailles à celle de Durham , sur une ligne étroite et longue, brisée en plusieurs points par des districts de sentiments contraires, étaient beaucoup moins liés entre eux, correspondaient difficilement, pouvaient rarement agir de concert, et ne protégeaient que sur ses derrières le quartier général de Charles à Oxford, place toute royaliste, mais trop avancée et presque isolée au milieu d'un territoire ennemi.

Une guerre de ce genre , au cœur de l'hiver , et les deux armées principales demeurant à peu près inactives, ne pouvait amener des résultats prompts ni décisifs. C'était partout et chaque jour de brusques et courtes expéditions, de petites places tour à tour occupées et perdues, des surprises,

des rencontres où les saccès et les revers se com« pensaient alternativement pour les deax partis {*). Les citoyens s'aguerrissaient^ mais sans devenir encore des soldats. Quelques chefs commençaient à se distinguer par leur courage , leur habileté ou leur fortune ; mais aucun n'était connu encore du peuple entier,, et iQur influence était locale comme leurs exploits. D'ailleurs, malgré l'ardeur des passions , les mœurs étaient généreuses et douces : quoique la haute aristocratie fût en grand déclin^ et que le pouvoir nouveau des oommunes fût la vraie cause du mouvement national, c'était contre le prince et sa tyrannie que se soulevait le pays ; les diverses classes de la société n'étaient point aux prises ni tourmentées du besoin de s'opprimer l'une l'autre pour se défendre ou s'affranchir. Des deux parts et presque en tous lieux, le corn* mandement était aux mains d'hommes de condition à peu près égale, formés dans les mêmes habitudes, capables de se comprendre et de se respecter en se combattant. Licencieux, légers et pillards, les cavaliers n'étaient point foroces; et le peuple presbytérien conservait, au milieu de son âpre fenatisme, un respect des lois et de l'hu-

(1; Voir les Mémoires de mislriss HuldiiDion ci ceqi de Ludlow. — May, Hist. du Long-Pari., i U, p. 180-212.

2» KîiVOLl l'iOX U AMiLETKlUllî:.

luauité dont les discordes civiles eut rareoient offert l'exemple. Les parents , les voisins, les amis, engagés sous des drapeaux contraires , ne rompaient pas toute relation et se prêtaient assistance au besoin; en se rencontrant les armes en main, ils se traitaient avec courtoisie , comme gens naguère en paix ,. et qui ne sont point séparés sans retour (*). Les prisonniers étaient renvojés d'ordinaire sous la simple obligation de ne plus servir : s'il arrivait qu'on les eût laissés dans un grand dénûment , si seulement le roi les avait vus défiler devant lui avec un air de froide indifférence , on s'en indignait comme d'un tort grave (*); et la brutalité, souvent cruelle, du prince Robert causait tant de surprise et de scandale que la multitude même parlait de lui avec aversion et dégoût, comme d'un grossier étranger. Ainsi la guerre , partout présente et très animée , demeurait pourtant exempte de ces fureurs qui la poussent violemment à son terme; le&deux partis, en. s'y livrant avec franchise , semblaient craindre de s'y porter de trop rudes coups ; et l'on se battait tous les jours

(1) Mémoires de mistriss HutchiDSon, t. I, p. 239-242, 327-331. — Mémoires de Ludfow*, t. I, p. 109-126, dans ma Collection.

(2) William Lilly, OhservcUions on the life and deathofking Charles, dans les Select Tracts deM.Mazeres, t. F, p. 144-1 45. —Whitelocke, p. 64.

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