‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 4)Chapitre 68 sur 116 · LIVRE SEPTIÈME, (1646-16/|7.) Sftl · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME, (1646-16/|7.) Sftl

L'armée se mît sur-le-champ en marche vei% Londres (^); Fairfiax écrivit en son nemdes lettres menaçantes; dans les chambres , le parti indépendant, fort de cet appui, fit déclarer traître quiconque souscrirait rengagement de la cité (*). Mais, pour comprimer l'élan public, la menace arrivail trop tard : le surlendemain de cette déclaration, de très bonne heure, des groupés nombreux d'apprentis, d' officiers réformes, de mariniers, se pressaient autour de Westminster, bruyants, injurieux , venus évidemment dans quelque audacieux dessein. Eki entrant en séance (^), les communes alarmées firent fermer leurs portes, et défendirent qu'aucun membre sortît sans permrssion. Une pétition arriva de la part du conseil commun, modérée et respectueuse, demandant que la milice fût rendue aux chefis qu'on venait d'en éloigner, informant les chambres de l'impatience du peuple^ mais sans les braver. Comme on délibérait sur cette pétition, Toraléur fut averti que la multitude assemblée en avait une autre à présenter; deux membres Sortirent pour la recevoir; on la lût à l'instant : elle exprimait lès mêmes voeux que celle

(i) Le ^3 juiHei.

(2) Le 24 Juillet.

(5) Lc36 Juiircl.

M^ HÉVOLU TlOIS D'ANGLLTKBHE.

du conseil, moios rudement même quan n'eût pu le cniindre. Mais le débat, se prolongeak; U réponse se luisait attendre \ le jour commençait k tomber; la multitude^ au lieu de $ en lasser, s'irri^ tait de son ennui i elle envahit toutes les avenues 9 d^à le tumulte des pas et des tojx retentissait dans la salle. On entendit crier : « Entrons 1 » entrons 1 » et des coups violents ébranlaient la porte. Plusieurs membres mirent l'épée à la main, et repoussèrent un moment l'attaque. La chambre haute n'était pas moins menacée ; quelques apprentis avaient escaladé les fenêtres et jetaient de là des pierres, prêts à faire pis s'ils n'étaient écautés. On résistait encore : enfin la porte des communes fut forcée ; ies plus fUrieux entrèrent , au nombre de quarante à cinquante ; et le chapeau sur la tête /avec les gestes lespli^s menaçants, soutenu» par la foule entassée derrière eux : a Yote^l votes; ! v> 4:xiaieitt*ilSf Les chambres cédèrent : la déclara^ tion de l'avant-veiUe fut révoquée > la milice ren-r d(U^ du comité presbytérien. Le désordre semblait ^ son terme ; les membres se levaient pour sortir { L'prateur avait quitté ^n fauteuil; un groupe de furieux le saisit , le ramena de force : « Que vou- » lez- vous donc? demandait-il. — Le retour du » roi ; qu'on vote le retour du roi. » La proposition

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fut à l'instant mise aux voix et adoptée. Ludlow seul la repoussa par un non hautei^enl pronoacé {^^

A ces nouvdlea, une fermentation presque auast vive éclata dans ri»*mée| surtout dans les rangs inférieurs 5 parmi les agitateurs et les soldats s de toutes parts on accusait le roi de complicHé et dé perfidie. Lord Lauderdale y venu de I^ndres pour s'entretenir avec lui de la part des oommissaires écossais , excita tant de méOanee ^ qu*un matin ^ avant qu'il fût levé, des soldats entrèrent brusque^ ment dans sa chambre , et le contraignirent à par^ tir sur-le-champ, sans i^evair le roi (^). Âshburnham; arrivé depuis trois jours, redoublait par sa dédaît gueuse insolence L'humeur et les âoupçpns : il w refusait à toute relation avec les agitateurs : <x J'ai » toujours vécu en bonne compagnie , dit-41 à Berr » kley; je né puis avoir rîende commun avec ces » animaux-)à ; il faut s'assurer des offîciers; piatf t> eux nous aurons toute l'armée } »> et les générauj^ étaient presque les seuls dont il recherchât Vm-^ tretien (^). Mais parmi les officiers mêmes qui s'étaient rapprochés du roi, quelques uns comt

(«) Pari HisLy i. Ul, col. 717 etsuiv. — Rttshworth, part. 4, 1. 1, p. ^40-644. ^ Wbitelocka ,. p. 263. ^ Jiémoirts de UoU», p. 18^. — Mémoires de Ludlow, t. I , p. 232.

(2) Rushworlh, part. 4, t. U, p. 737.

(3) Mémoires de Berkley, p. 184.

344 UKVOhUltOiN D'ANGLKTKHKE.

niençaient à s'en éloigner : « Sire, lui dit Ireton^ » vous prétendez vous porter arbitre entre le parp lement et nous ; c'est nous qui voulons être arbiatres entre vous et le parlement (*). » Inquiets cependant de ce qui se passait à Londres, ils réso« lurent de lui présenter officiellement leurs pro* positions (*)• Âshbnrnham et Berkley assistaient à la conférence. Charles y fut sec et hautain, écou-* tant avec un sourire ironique la lecture des pro^ positions , les repoussant presque toutes en peu de mots et d'un ton amer, comme sàr de sa force, et bien aise de marquer son mécontentement. Ireton les soutint avec rudesse, disant que Tarméo ne céderait rien de plus. Charles Tinterrompit brusquement : « Vous ne pouve» vous passer de moi ; » vous êtes perdus si je ne vous soutiens. » Les officiers regardaient Ashbumham et Berkley avec surprise, comme pour leur demander raison d'un tel accueil; Berkley à son tour essayait, par des regards inquiets, d'avertir le roi de son imprudence, maïs sans succès^ S'approchant enfin de lui : a Sire, lui dit-il à l'oreille, votre Majesté » parle comme si elle avait des moyens de force et » de puissance que je ne connais pas ; puisqu'elle

(») Mémoires de Berkley, p. 170.

(2; Lcl^'août 1647.

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» me lés a cachés J'aurais désiré qu'43lle les cacbàt » également à ces gens-ci. » Charles s'aperçut qu'il en avait trop dit y et se hâta d'adoucir son langage; mais les^ officiers y la plupart du moins^ avairat déjà pris leur résolution. Rainsborougli méme^ plus opposé que tout autre à raccommodement, était sorti sans bruit pour aller répandre dans l'armée qu'il n"y avait pas moyen de se fier au roi ; et la conférence finit sèchement, languissamment, comme entre gens qui ne peuvent plus ni s'entendre ni se tromper (*).

A peine les officiers étaient de retour au quartier général, on y vit arriver (Je Londres plusieurs voitures ; et , au grand étonnement de la foule , plus de soixante membres des deux chambres en sortirent (*), ayant à leur tête les deux orateurs, lord Manchester et Lenthall, naguère échappés , dirent-ils , aux fureurs de la populace , et venant chercher auprès de l'armée sûreté et liberté. La joie fut égale à la surprise : on redoutait de rom-

(») Mémoires dtBeMey, p. 185-186.

(^ Ce nombre est fort incertain. Hollis compte |H>sitivemeat tauk lords et cioqiuiiite4iuU membres des communes (p. 190j ; Rosbworth (part. 4, t. U, p. 750) parle de quatorze lords et environ cent membres des communes ; c'est au^si le rapport de Whttefocke (p^ 265). L'appel nominal fait dans la chambre baute , le 30 Juillet , constate Tabsence de vingt lords {ParL UiU,, t. III, col. 727). Tous les fugitifs ne quittèrent pas Londres ensemble et le premier jour, .

a40 RÉVOLCIION D'A^GLIâTËRRË.

pre violemment avec le parlemeut, et maintenant c'était le parlement Itti-même , ses chefe légaux , ses membres fidèles, qu'on avait à protéger. Offîden et soldats entouraîei^t les fiigitifi ; on écou-^ tait avec indignation le récit de leurs dangers, de leurs injures; on les comblait de remercîmentâ , d'boaunàges ; on louait le Seigneur de leur patrie^ tique résolution. Pour Cromwell et ses amis seuls j 1a surprise était feinte ; depuis cinq jours , par leurs correspondances à Londres, surtout par l'entremise de Saint-Jobn, Vane, Haslerig et Lud* low> ils travaillaient à opérer àms les chambres cette scission (*). '

, BerUey seMta d'en porter au roi la trlate nou* velle, le conjurant d'adresser sur-le-cbamp aux cbefe de rjarmée une lettre qui fit espérer à leurs propositions un Qieilleur accueil ^ qui repoussât du moins les méfiances, et atténuât le fôcbeux effet diA dernier entretien. C'était* dit-iK l'avis de Cromwell et dlreton qui , à ce prix , répondaient encore des dispositions de l'armée. Mais Charles aussi avait des nouvelles de Londres : l'émeute n'avait éclaté que de son aveu ; on lui mandait que , le jour môme du départ des membres fugî-

(<) Pari Htst., t. m, coî. 723-731 . — Rashworth , part. 4, t. I, p. 646 et suîv. — Mémoires de Hollls, p. 190 et suiv. — Mémoires ée Ludlow, t. I, p. 234 et suÎT.

lifg^ les membre» restante , bien plus nombreux y avaient élu deux aouveaiix orateurs, l^ commuiuBS M. Pelham, les pairs lord Willougbby de Parbam; que les onze membres proscrits étaient vepu$ re^ prendre leurs sièges; que les eh^mbres ainsi reconstituées avaient à Tinstaut ordonné h l'armée de a arrêter:^ k h cité de préparer tous sep moy^| dd défense , à Massey, Brown , Waller et Poyntî de former en bâte des régiments. L^ardeurj'dity on> était extrême: à une séance du conseil coqi* mup , des milliers dappreotis s'étaient présentés, jurant de tout faire pour sa cause ^ quel que fût le péril et rennemi. Les seuls babitants du ^u* bourg de Sou tbwark avaient manifesté des sentie ments contraires; mais au moment oix ils apporr taient à Guildball leur pétition « Poyntz i suivi de quelques officiers ^ les avait cbassés si rudepient qu'à coup ^ûr ils ne se basarderaient pas a recommencer. Oa levait de l'argent ; on plaçait des car nons sur le rempart. Enfin , le roi était formelle-^ ment invité à revenir à Londres ; et ce vote , proclamé à son de trompe d«ins toutes 1^ rues , devait. lui arriver ^us peu d'heures , au plus tard le lendemain (*)•

(«) Bnsliwortii, {tari. 4, 1. I, p. ^2-^56. ^ Patrl. iftef.» t./UI, col. 728. — Mémoirei de Uellit, p 197-804. ^ Whiletooke» p. W.

348 RÉVOLUTfO» D'AI^GLriERRK.

i< J'attendrai) dit le roi à Berkiey ; il sera ton- » jours temps d'écrire cette lettre. » Cependant an messager arriva du quartier général ; de nouveaux fugitifs de Westminster étaient venus rejoindre leurs collègues; d'autres avaient écrit qu'ils se retiraient dans leurs comtés et désavouaient un prétendu parlement. A Londres même le parti indépendant, peu nombreux mais opiniâtre, ne perdait ni le temps ni le courage ; il entravait , ralentissait, énervait toutes les mesures qu'il n'avait pu prévenir : Targent perçu n'était em* ployé qu'avec lenteur; les armes manquaient aux recrues de Massey ; quelques prédicateurs presbytériens, M. Marshall entre autres, gagnés par Tàrmée , portaient de tous c6tés des paroles de crainte et de transaction; d'honnêtes membres, soit des chambres , soit du conseil commun , 1^ accueillaient déjà , flattés de l'honneur de rétablir la paix. Gromwell enfin fit dire à Ashburnham que sous deux jours la cité serait en leur pou* votr(*).

Charles hésitait encore : il réunit ses serviteurs les plus aftWés ; la lettre fut rédigée , débattue ,

- de Ludlowi t. r, f . 335. — Whildocl.c, p. 26>*

Beràley, p. 188;

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