LIVRE QUATRIÈME. (16iia 1643.) A
passionné pou? tout risquer en donnant cet avan*tage à l'ennemi commun.
Oéjàaussî^ et sous Tempire des mêmes passioi^, naissait sans bruit une nouvelle armée. Dans ces petits combats qui, en dépit des négociations et des lenteurs entre Ox^rd et Londres, se renou* vêlaient partout chaque jour, les parlementaires^ depuis Taffeire de Brentford , avaient essuyé do fréquents revers. I^ cavalerie rpyale surtout frappait la leur d'épouvante, et la cavjalerie était encore, comme aux temps féodaux, l'arme considérée et décisive. Hampden et Cromwell s'ent retenant un jour de cette infériorité de leur parti :<< Que voules-vous, » dit Cromwell, vos cavaliers sont pour la plupart » d'anciens domestiques hors d'âge , des garçons n de cabaret et autres de même sorte ; les lours p sont des fils de gentilshommes, des cpdets et des >) gens de qualité. Pensez-vous que des drôles de ii basse espèce comme les vôtres aient dans l'àme y> de quoi tenir tète à des gentilshommes pleins de » résolution et d'honneur? N« prenez pas mal ce » que je vous dts^ et je sais que vous ne le prenx»drez pas mal; mais il faut que vous ayes des "» hoiqmês animés d'un esprit capable de les feiro » aller aussi loin que peuvent aller des gentils- » hommes : autrement, je suis sûr que vovis serez
f4lt «ÉVOLDTJOIS D'ANGLETKRUE,
» toujours baltus. — Vous avez raison, dit Hamp- » den, mais cela ne se peut. — J'y puis Éaire ^uel- »que chose 9 reprit Gromwell, et je le ferai; je élèverai des hommes qui auront la crainte de » Dieu devant les yeux, et qui apporteront quel- »que conscience dans ce qu'ils feront; et je vous » réponds qu'ils ne seront point battus (*). » Il parcourut en effet les comtés de l'est , recrutant des jeunes gens^ia plupart déjà connus de lui et qui le connaissaient, tous francs-tenanciers ou fils de francs-tenanciers, pour qui la solde n'était pas un besoin ni la seule oisiveté un plaisir, tous fanatiques fiers et durs, engagés dans la guerre par conscience et sous les ordres de Cromwell par confiance en lui : « Je ne veux pas vous tromper, leur disait- » il, ni vous feire croire, comme le porte ma com- » mission, que vous allez combattre pour le roi et » le parlement : si le roi se trouvait en face de » moi, je lui tirerais mon coup de pistolet tout » comme à un autre ; si votre conscience ne vous » permet pas d'en foire autant , allez servir ail- >j leurs (^). » La plupart n'hésitaient point , et à
(1) Cette conversation est rapportée dans an pamphlet da temps, intitulé : Monarchyiasserted to he the best form of government, m a oottference al WhUehaU hetween Oliver and a Commitlee of ParliametU , pnfoliéà Londres en 1660, in-8, p. 38.
(2) Memoirs of Ihe prolectoral house , etc., par Mark Noble, t. I, p. 271, édition de 1787.
peine admis , toute mollesse de la vie bourgeoise et toute licence de la vie des camps leur étaient également interdites ; astreints à la discipline la plus sévère, tenus de bien panser leurs chevaux, de nettoyer avec soin leurs armes, couchant souvent en plein air, passant presque sans relâche des exigences du service aux exercices de la piété, leur chef voulait qu'ils se dévouassent à leur métier comme à leur cause, et qu*à la libre énergie du fonatisme s'unît en eux la fermeté ponctuelle du soldat (*). Quand la campagne se rouvrit, quatorze escadrons de tels volontaires , formant un corps d'environ mille hommes, marchaient sous les ordres de Cromw^ell (*).
Un mois se passa presque sans événements. La prise de Reading, si peu comptée à Londres, avait jeté le trouble dans Oxford, et le roi, loin d'agir, délibérait s'il ne fuirait point. Le parlement, embarrassé de ses dissensions, s'en occupait plus que de ses ennemis. Tantôt il essayait de donner à tous ses adhérents, tiolents et modérés , politiques et dévots , quelque satisfaction ; tantôt des résolutions décisives, emportées à grand'peine par
(1) Whitelocke, p. 68. — Uv(cwnm pragmaUcus, nninéro dd 30 mai 1648. — Bâtes, Elench^smotuum nuperorum , pari. 2, p. 220.
(2) May, Hist. du Img-PiJ^l*^ U II, Pr 199, dans ma Colledion,
Û8 RÉVOLUTION D'ArfQLKTERBB.
un parti, demeuraient sans el^et et comme aban^ données d'un commun accord. Les presbytériens réclamaient dépuis longtemps^ et on leur avait promis une assemblée de théologiens pour réformer enfin l'Église : elle fut convoquée (^) ; mais le parlement en nomma lui-même les cent vingt et un membres s trente laïques , dix lords et vingt membres des communes^ leUr furent adjoints avet^ les honneurs de la préséance; des ecclésiastiquêB d'opinions fort diverse^ y furent appelés i el^ dépourvue d'autorité comme d'indépendance ^ ressemblée n'eut pour mission que de donner son avis sur les questions que les chambra ^ du Tune d'elles, jugeraient à propos de lui soumettre (*). Une accusation de haute trahison fut intentée contre la reine ^ et personne n'éleva la voix pour s'y oppose!*; mais après ^ue Pyui l'eut portée à la chambre haute (^) , on n'en entendit plus parler. L'absence du grand sceau entravait chaijue jour radministration de la justice et beaucoup d'af- MteB publiques et privéest PQur faite, cesser çe^ inconvénients, surtout pour s'approprier les attri-
(1) Par une ordonnance du parlement du 12 juin 1643, et elle ouvrit «es iéâtttfé» le 1^'jtdll^ ^ttitftftt;
(2) Neal, mu, ôfihe PnHta^, U III^ p. 4^ et «dit 4
(>} Le 23 mai 1648« Rush^ortb, part. 3, t. H, p. 321.
UVAfi QUAiniÈME* ((6aM6a8.) M
buts légaux de la souveraineté , les Communes ordonnèrent qu'un nouveau grand sceau serait préparé (^); mais les lords s'y refusèrent ^ plus effî*ayés d'usurper les marques du pouvoir souvé^ rain que de l'exercer sans cette sanction i et lei communes jtigèrent prudent d'ajourner leurs instances f)* Quelquefois les partis, votant en** semble avec des intentions diverses ^ i^e réunissaient dans une fiausse et stérile uninimité ; plus souvent « de force à peu près égale ^ ils se réduis* saient réciproquement à l'impuissance ^ et sem'* blaient attendre qu'un événement extérieur vînt les contraindre à se i approcher ou les séparer sans retour.
Le 31 mai, jour de jeûne ^ dans l'église de Sainte- Marguerite de Westminster ) les deux chambrée assistaient au sermon i un billet fût apporté à M« Pymi qui se lôVa aussitôt; à roreille et à voix: basse , une conversation fort animée s'engagea autour de lui , et sans attendre la fin du service ^ il sortit précipitamment avec les principaux de sefc collègues I laissant les assistants dans Un trouble égal à leur ignorance et à leur curiosité (^}i
i}) Vers le milieu de mai 1643.
(2) PaH. Hist., t. m, col. 115, 117. — May, Hia. du Long-Pari, t. II, p. 146 et suiy.
(^) Clarendon, Eist, of the rédell., t. VI, p. 66.
âS RÉVOLUTION D*AKGLETERRIi.
Après le sermon, les chambres se réunirent, et le public apprit qu'un grand complot venait d'être découvert : plusieurs lords, disait -on, plusieurs membres des communes et beaucoup de bourgeois de la cité y avaient pris part; ils se proposaient d'armer les royalistes , de se saisir de la Tour, des magasins, des principaux postes, d^arréter les chefs des deux chambres, et d'introduire enfin dans Londres les troupes du roi. Ce même jour, âl mai , avait été désigné pour Texécution. Du reste , tout serait bientôt éclairci , car un comité d'enquête était nommé, et déjà on parlait de plusieurs personnes arrêtées sur son commandement (*).
Dans la nuit, en effet, et le l^idemain, Edmond Waller (*) , membre des communes et poète déjà célèbre; M. Tompkins, son beau-frère, naguère attaché à la maison de la reine ; M. Challoner, riche bourgeois, et plusieurs autres furent arrêtés et interrogés. Tous avouèrent, avec plus ou moins de détails, un complot très réel, quoiqu'il n'eût pas, pour tous les conjurés, la même étendue et le même dessein. Les uns n'avaient songé qu'à se
(1) Clarendon, Hist. of the re6eiî., t. VI, p. 66. — State-Trials, t. rV, col. 637.
(S) Né le 3 mai 1605, àColeshill, dans le comlé de Hertford, mort le 21 octobre 1687.
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refuser au paiement des taxes pour contraindre le parlement à la paix ; les autres voulaient présenter aux chambrés > en grand nombre et de concert y des pétitions pacifiques ; d'autres avaient simplement assisté à quelques réunions^ ou concouru à la rédaction de certaines listes sur lesquelles on inscrivait les noms de tous les citoyens connus ^ en les distribuant en trois classes ^ les bien pensants^ les modérés et \e^ ennemis. Mais à travers tant d'actes d'inégale importance et de motii^ différents, le complot, depuis longtemps formé» s était aggravé chaque* jour. On se souvint alors que, plus de trois mois auparavant, dans une de ces négociations si souvent reprises et rompues , Waller avait été au nombre des commissaires envoyés à Oxford, et que le jour de leur présenta* lion, comme il se trouvait le dernier en rang, le roi l'avait accueilli avec une grâce particulière , lui disant : « Monsieur Waller, quoique le dernier, vous » n'êtes pas le pire ni le moindre dans ma fa- » veur (*). » Depuis cette époque, une correspondance assidue avait eu lieu avec Oxford; des négociants royalistes (^), qui avaient fui Londres pour échapper aux poursuites des chambres , en étaient
(«) Whitelocke, p. 66.
(2) Sir Nicolas Crisp, sir George Benyon, etc.