‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 4)Chapitre 80 sur 116 · LIVRE HUrriÈME:. (16â7-ieft9.) MS · texte numérisé non relu

LIVRE HUrriÈME:. (16â7-ieft9.) MS

» nard , c'est dissoudre ^ autant qu'il est en nous y

» le parlement ; quand les rois ont refusé de re-

i> cevoir ses pétiti(ms , d'écouter ses adresses y on y> a toujours considéré de tels actes comme la plus y> flagrante violation de ses privilèges^ car c'était » le dissoudre de fait sans prononcer sa dissolu* » tion : et nous donc^ en décidant que nous ne » recevrons plus du roi aucun message , que nous » ne lui en adresserons plus aucun, qu'allons-nous » foire sinon déclarer que nous ne sommes plus » un parlement? » La discussion se prolongeait et s'échauf£ait ; les presbytériens reprenaient confiance; la chambre^ d*abord assez mal disposée pour eux, se montrait ébranlée. Cromwell se leva : « Monsieur l'orateur, dit-il, le roi est un » homme de beaucoup d'esprit, de grands talents, » mais si dissimulé, si feux, qu'il n'y a pas moyen » de s'y fier. Pendant qu'il proteste de son amour » pour la paix , il traite sous main avec les com- » missaires d'Ecosse pour plonger la nation dans » une nouvelle guerre. L'heure est venue pour le » parlement de gouverner et de sauver seul le » royaume; les hommes qui, au prix de leur sang, » vous ont défendus de tant de périls, vous dé- » fendront encore avec le même courage, la même » fidélité. N'allez pas, en négligeant de veiller à

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» votre sûreté et à celle du royaume^ qui est aussi >^ la. leur, leur donner lieu de croire qu'ils sont » Irahis et livrés à la rage de l'ennemi qu ils otit jf vaincu pour vous ; craignez que le désespoir he ^ les pousse à chercher leur salut en vous aban- » donnant , vous qui vous abandonneriez vous- » même. Combien, de leur part, une telle résolu- » tien vous serait fetale , je tremble dé le dire et » vous laisse en juger ; » et il se rassit, la main sur son épée. Nulle voix ne s'éleva plus; la motion, aussitôt adoptée (*) , fut transmise dès le lendemain (•) à la chambre haute. Un moment les lords parurent hésiter ; le débat traînait en longueur (*) i deux déclarations vinrent de l'armée (*); Tunô adressée aux communes, pleine de félicitations et de menaces contre leurs ennemis ; l'autre aux lords, douce, caressante, démentant les bruits qui couraient sur les dangers de la pairie , et promettant de la soutenir dans tous ses droits. Les lâches purent s'effrayer ou se rassurer à leur gré; la discussion cessa de languir, et, au moment du

(*) Par cent quarante et une voii cootre quitre^ringt-douze. (S) Le 4 janvier 1648.

(^ n fut remis (Tabord du 4 au 8 Janvier, puis du 8 au i%. (<) Le 1 1 janvier ; elles sont en date du 9.

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vote définitif (*), les loids Warwick et Manchester protestèrent seuls contre l'adoption (•).

Une vive et redoutable protestation éclata en revanche dans le royaume : « Les voilà donc justrw fiées, s'écrlàiettt les cavaliers ^ ces accusations, ce?; » prédictions tant de foife traitées de chiifaère ou do >i. calomnie ! ^y Et partout une foule de voil, naguère incertaines ^ maudissaient avec eux cette détestable trahison. Avant que le roi eAt pu répondre à la déclaration des chambres, plusieurs réponses parurent, fi'uitdu sèle spontané de sim]des citoyens (^)« Jamais tant de bruits de complots royklistes ) jamais tant et de si violents pamphlets n'avaient assiégé Westminster (*). Dans l'île de Wight méme^ un capitaine Burley, officier de mà^ rine retiré^ fit battre tout à coup le tambour au « milieu des rues de NeWport, et attroupant une bande d'ouvriers , d'enfants , de femmes , se mit

(«) Le 15 janvier 1648.

(2) Pari. Hist., t. UI, col. 830-837. — Clértient Walker, Historu of indepeniency, p. 69-7t (édtt« petit iti-4» de 164S). — ClaréiMkm, mst. of the rebeU.y t. IX, p. 27-33.

{\ ClarendoD, BisL ofthe rébelL, t. lî, p. 33.

{*) Rushworth, part. 4, p. 929, 974, 1002; deux pamphiets suctout, intitulés : Les dix commandemenls d^ fMrlement ( The pariia^ merU's ten commandments)^ et le Nouveau Testament de nos seigneurs et sauveurs de la chambre des communes siégeant à Westminster (the yew Testament 0 four Lords and saviours the houseof Conmions sUting ai Westminster) eiciièreni une vive rumeur.

àOft RÉVOLUTION D'i^GLfiTERItE.

en marche à leur tête pour aller tirer le roi de prison. La tentative fut à l'instant étouffée, et Burley pendu comme coupable d'avoir voulu iaire la guerreau roi en son parleinent(*). Mais les mêmes dispositions , les mêmes désirs agitaient les comtés jadis les plus contraires à la cause royale; et jusqu'aux portes de la chambre des communes ^ des soldats réformés de l'armée d'Essex se promenaient en tumulte , criant : « Vive le roi ! » et arrêtant les voitures pour contraindre les passants de boire avec eux à sa santé ('}. Les républicains s'indignaient de se voir ainsi troublés dans leur victoire : en vain ils obtenaient de quelques comtés des adresses de félicitations (^); en vain les communes proclamaient leur dessein de réformer les lois civiles, de rendre la justice moins cptiteuse; en vain même elles suspendaient leurs propres privilèges en matière de poursuite et de dettes (*)• Ces importantes améliorations n'étaient vivement souhaitées et appréciées que du parti lui-même, ou de quelques esprits supérieurs: les unes choquaient les pré-

(«) Clarendon, Hisl. of the rébélL, t. IX, p. 25. — Mémoires de Berklcy, p. 229.

(2) Pari. Hisl., l. lït , col. 804.

(3) Rushworth , part. 3, t. II, p. 973.

(*) Le 4 janvier 1648. ParU Hist., t. IH, col. 830. — Rushwojrth, part. 4, t. II, p. 98S.

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jugés du peuple ; les autres échappaient à soa ^ignorance; Tintention iutéressée qui semblait y présider eu détruisait tout reffét. Il fallut sup* pléer k la popularité par la tyraunie. On pressa les poursuites déjà commencées contre les mem* bres des deux, chambres et les magistrats de la cité présumés auteurs ou fauteurs des émeutes presbytériennes et royaUstes (*) : quiconque avait porté les armes contre le parlement reçut or^e de quitter Londres, et défense de résider à moins de vingt milles de ses murs f ) ; on prescrivit une révision générale des juges de paix du royaume, afin d'écarter ceux dont les sentiments seraient suspects (^); on décréta qu'aucun délinquant, aucun homme, ayant pris part ou accusé d'avoir pris part à quelque complot contre le parlement , ne pourrait être élu lord maire , ou alderman , ou membre du conseil commun de la cité , ni même concourir k l'élection de ces officiers (*); et la même interdiction fut bientôt appliquée aux fonc* lions de juré et à l'élection des membres des c(Hn-

{}) RushworUi, part. 4, t. II, p. 922. —Pari. Hist., t. III, col. S38-842.

(3) Le 17 décembre 1647. Rushwbrlh » pari. 4, l.U, p. 933.

(3) Rnshwortb, part. 4, t. H, p. 920.

(4) Le 17 décembre. /&td., p. 934.

AiO RÉVOLUTION D'A^GLETERHË.

inune8(*). Le comité chargé de réprimer la licence de la presse eut ordre de siéger tous les jours, et une somme fût mise à sa disposition pour récom^ penser quiconque découvrirait et ferait saisir les presseàdes malveillants (•). Enfin Tannée traversa Londres encore une fois en grand appareil de guerre , et trois mille hommes en furent détachés, qui prirent leurs quartiers dans Tintérieur de la ville, auprès de Whitehall et de la Tour (•).

Les fanatiques, les esprits étroits et durs, le peuple du parti s'applaudissaient de ces mesures, preuve éclatante de leur force et qui redoublait leur ardeur. Cromwell seul s'en inquiétait en y concourant , non par aucun scrupule , ni qu*il hésitât à tout foire pour réussir ; mais en dépit de ses résolutions contre le roi, les espérances comme les prétentions des républicains et des enthousiastes lui semblaient insensées : il voyait partout dans les comtés les principaux francs-tenanciers, les riches bourgeois , presque tous les hommes notables se retirer des affaires publiques , abandonner les comités administratifs, les magistra-

le) Rushworth, part. 4, l. II, p. 1252.

(2) Le 6 janrier 1«48. Rushworth, part. 4, t. Il, p. 957.

(3) Joumalsofthehouse ofCommonSy 27 janvier 1648. — Clément Walker, Hist. of wdependmcyy p. 79.

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tures locales^ et le pouvoir passant aux mains de gens d'une condition inférieuTe, ardents à s'eii saisir^ capables de l'exercer avec vigueur^ mais peu propres à le garder (^). Il ne pouvait croire que l'Angleterre consentit longtemps à être ainsi gouvernée 9 ni que rien de durable se pût fonder sut* l'oppression légale de tant et de si considérableti citoyens 9 ni que la discorde et l'attarchie^ de plus en plus croissantes dans le parlement et sous soti emiMre) ne devinssent pas fatales^ même aux vain-^ queurs. Son infatigable imagination se travaillait à chercher quelque moyen d'y mettre un terme, k démêler du moins , dans ce chaos obscur^ la roUté la plus prompte el la plus sûre vers la grandeur. Il réunit un jour à dîner les principaux indépendants et presbytériens y tant ecclésiastiques que laïques 9 et les entretint avec passion de la néces-^ site de se concilier, d'ajourner au moins leurs que^ relies , pour faire face ensemble aux périls nou^ veaux qu'il était aisé de prévoir. Mais l'humeur des presbytériens élail trop hautaine, et leurs prétentions théologiques trop exclusives pour se prêter à de telles combinaisons. La confé^

(•) ClarenduD, Hist. of the rebett., t. IX, p. 33. — Hémoires de H«»llis« p. 5. '-^ Mémoires de miftUws Uutcliiiiwit, t. Il, plusitn.

rence fut sans résultat. Cromwell en provoqua une autre entre quelques meneurs politiques, la plupart officiers généraux comme lui, et les républicains. Il feUait bien, dit4I, qu'ils cherchassent de concert quel gouvernement convenait le mieux à l'Angleterre , puisque maintenant c'était à eux de le régler; mais au ftmd il voulait surtout savoir lesquels, parmi eux , seraient intraitables , et ce qu'il en devait attendre ou redouter. Ludlow, Yane, Uutchinson, Sidney, Haslerig, se déclaré* rent hautement , repoussant toute idée de monarchie comme condamnée par la Bible , la raison et l'expérience. Les généraux furent plus réservés : à leur avis , la république était désirable, mais d'un succès douteux ; il valait mieux ne se point engager , consulter l'état des affaires , le besoin des temps, obéir chaque jour aux directions de la Providence. Les républicains insistèrent pour qu'on s'expliquât sans détour. La discussion s'échauffait. Ludlow, entre autres, pressait vivement Cromwell de se prononcer, car ils voulaient, dit-il, connaître leurs amis. Cromwell éludait, ricanait; et poussé de plus en plus, se tirant enfin d'embarras par une bouffonnerie, il gagna la porte de la chambre, et sortit brusquement en jetant à la tète de Ludlow un coussin que celui-ci lui

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