‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 4)Chapitre 98 sur 116 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

» me^ yeux et par la main du bourreau ; iU m'ont » imposé deux amèodes y chacune de 5^000 livres ^ sterling ; ils m'ont retenu huit ans en prison » saas plumes^ sans^ncre, sans papier^ sans livres^ » sauf k Bible y sans amis> me donnant à peine les 1» aliments nécessaires pour me soutenir. . . Si quel- » que membre de cette chambre m'envie ces mar* » ques de la faveur royale^ je consens à croire » qu'il ne: me traitera pas sans raison d'apostat ou » de fevori. » Il parla ensuite plu sieurs heures, discutant minutieu^ment toutes les propositions du roi 9 toutes les prétentions de l'armée, considérant tour à tour sous ses^liverses faces l'état du parlement et du pays 9 grave sans pédanterie, pathétique sans colère, évidemment élevé , par T énergie et le désintéressement de sa conscience, au-dessus des passions de sa secte j des défauts de 3on propre caractère et de la portée commune de son talent : « Monsieur l'orateui:, dit-il avant de finir, on pré- » tend que, si nous niécontentons l'armée, nous » sommes perdus ; un de ses chefs vient de nous » déclarer qu'elle mettrait bas les armes et ne » noua servirait pas plus longtemps: et alors, dit- » on, qu'arrivera-t-il de nous et de nos fidèles » amis? S'il en devait être ainsi, je ferais peu de » cas, je l'avoue, de la protection de serviteurs à

A7A RÉVOLUTfOSI D'ABGLETBRRfi.

» ce point inciuisUnls et mutins ; je ne doote » pas que si Farmée nous abandonnait, Dtèu pt le » royaume n^ fussent avec nous ; et si , le roi et » nous , nous parvenus à nous entendre pour ce » traité, nous n'aurons pas grand besoin J ^espère, » des futurs services de l'année. Quoi qu'il en » soit, fiât justUia^ mat eœlum; feisons no^'e » devoir et laissons à Dieu l^événement »La ekapibre avait écouté ce discours avec Tattention et rémotion la plus profonde ; il était neuf heures du matin ; la séance durait depuis vingt-quatre heures ; deux cent quarante-quatre mensd)res siégeaient encore; on alla enfin aux voix, él il fut décidé par cent quarante suffrages contre cent quatre , que les réponses du roi étaient propres à servir de fondement à la paix {^).

Tout empire échappait aux indépendants; ils avaient épuisé mémo la peur ; tous les membres qu'elle pouvait atteindre s'étaient rendus ou éloignés. En vain Ludlow, Hutchînson et quelques autres , pour jeter dans la chambre quelque embarras , demandèrent à protester contre sa décision; on repoussa leur vœu comme contraire aux

(«) Pari. Hist., t. III, col. H51-Î240. — Walker, Bist.oflndependency^ l^t. 2, p. 15.

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usages A% la chambre, et sans s'inquiéter de l'éclat qu'ils voulaient lui donner (*). En sortant de la séance , les meneurs du parti se réuntPMA; un grand nombre d'officiers^ venus le matin du quar* tier général , se joignirent à eux : le péril était imminent : maîtres de l'armée , ils avaient en maiD de quoi le repousser ; fenatiques sincères ou liber lins ambitieux, aucune institution, aucune loi , aucune^ coutume ne leur imposait plus : pour les uns, c'étart un devoir de sauver la bonne causé; pour les autres^ il y avait nécessité. On convint que le jour était venu, «et six des assis^ tants , trois membres de la chambre et trois ofifteiers, furent chargés de préparer le succès. Us passèrent ensemble plusieurs heures , la liste des communes sur la table, examinant un à un la conduite et les sentiments de chaque membre , recueillant des rapports , envoyant des ordres à leurs affidés. Le lendemain 6 décembre , à sept heures du matin, par les soins d'Ireton, et avant que Fairfax fût informé de rien, des troupes étaient en mouvement. De l'aveu de i^ippon, les postes de milice , chargée de la garde des cham* bres; avaient été retires; deux régiments, ceux

(}) Méviioires de Ludlow, t. I, p. 327; de mistrisâ Hutchinson, t. U, p. 185.

un RÉVOLUTION D ANGLETERRE.

du colonel Pride , iafanlerie y et du colonel Rich, cavalerie , occupaient la cour^ la grande salle de Westminster, Tescalier, 1^ vestibule, toutes les avenues de la chambre : à la porte mémo des communes, se tenait Pride, la liste des membres proscrits à la main, et auprès de lui lord Groy de Grooby et un huissier qui prenaient soin de les lui indiquer à mesure qu'ils arrivaient : c< Vous » n'entrerez pa&, » disait Pride à chacun d'eux , et il faisait même arrêter et emmener les plus suspects. Un violent tumulte s'éleva bientôt tout autour de la chambre ; les membres exclus ten* talent toutes les avenues, invoquaient leur droit, interpellaient les soldats ; les soldats riaient ot se moquaient. Quelques uns, Prynne entre autres, résistèrent obstinément : «Je ne ferai, dit-il, pas » un seul pas de mon gré ; » et quelques officiers le poussèrent avec insulte jusqu'au bas de roscalier, charmés de joindre au triomphe de la force le plaisir de .la brutalité. Quarante et un membres furent arrêtés de la sorte et momentanément enfermés dans deux pièces voisines; beaucoup d'autres exclus sans qu'on les arrêtât. Deux seulement de ceux que comprenait la liste de Pride, Stcphens et le colonel Birch, avaient réussi à entrer dans la chambre; on les attira à la porte

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SOUS de feux pr étoxles , et des soldats se saisirent d'eux à l'instant : « Monsieur l'orateur, s'écria ^> Btrcb , en essayant de se rejeter dans la salie, là » dmmbre souffrira-t-elle que ses membres soient » ainsi chassés sous ses yeux, et continuerez-vous » de siéger immobiles? » La chambre envoya son sergent d*armes porter aux membres qui se trouvaient dehors l'ordre de se rendre à leur poste; Pride les retint : renvoyé une seconde fois, le sergent ne put parvenir jusqu'à eux. La chambre décida qu'elle ne s'occuperait de rien tant qu'ils ne lui seraient pas relidus, et chargea un comité d'aller sur-le-champ les redemander au général. Le comité à peine sorti, un message vint de l'armée, présenté par le lieutenant-colonel Axtell et quelques officiers ; ils réclamaient l'exclusion officielle des membres arrêtés et de tous ceux qui avaient voté naguère en faveur de la paix. La chambre ne répondit point, attendant le résultat des démarches de son comité. Le comité rapporta que le général à son tour refusait de répondre jusqu'à ce que la chambre eût pris, sur le message de l'armée, quelque résolution. Cependant les membres exclus étaient enlevés de Westminster, et promenés dans Londres de quartier en quartier, de taverne en taverne, tantôt entasséis dans quel-

m RÉVOUJTION D'ANGLKTERnE.

que5) voitures, tantôt à pied, dans la boue ^ entou^ rés de soldats qui leur demandaient compte de leurs arrérages. Le prédicateur Hugh P#ters^ ciiapelain de Fairfex, vint solenndlemeni, «l l'épée au côté, prendre leurs noms de la part du général ; somaoé par plusieurs d'entre eux de dire de quel droit on les arrêtait ; « Du droit de Tépée , » ré^ pondit-il. Ils firent prier le colonel Pride de fes entendre : « Je n'ai pas le temps, dit Pride, |'âi » autre chose à feire. » Fairfax et son conseil, en séance à Whitehall, leur promirent enfin audience : ils s'y rendirent ; mais après {rfusieurs heures d*at^ tente , trois officiers vinrent leur annoncer que le général, trop pressé, né pouvait les recevoir. Quelque embarras se cachait sous tant de mépris; oft évitait leur rencontre ; on craignait que leur tn-^ vincible entêtement ne provoquât trop de rigueurs. Malgré Taudace de leurs desseins et de leurs actes, les vainqueurs mêmes portaient au fond de rame, et sans s'en douter, ua secret respect à Tordre ancien et légal ; en dressant leur liste de proscription ^ ils s^étatent contenus danâ les limites d'une rigoureuse nécessité y espérant qu'une seule épu« ration suffirait à assurer leur triomphe. Ils voyaient avec trouble la chambre obstinée à réclamer ses membres, et leurs adversaires conservant un parti

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