UVRE PREMIER
tance, d'abord à la tyrannie hautaine de Henri VIU, ensuite à l'habile gouvernement d'Elisabeth. Devenu le chef de l'Ëglise et possesseur de biens im* menses, Henri , les distribuant à pleines mains à des familles dont il fondait la grandeur nouvelle ou relevait la grandeur délabrée y commença la métamorphose des barons en courtisans. Sous Elisabeth , cette métamorphose fut consommée. Femme et roi, une cour brillante plaisait à ses goàts et servait son autorité ; la noblesse s*y pré* cipita avec enivrement et sans trop exciter le mécontentement public : rare séduction que de pouvoir se dévouer à un souverain populaire , et rechercher, par les intrigues et au milieu des fêtes, la faveur d'une reine qui avait celle du pays. Les maximes , les formes, le langage, souvent même les pratiques de la monarchie pure étaient pardonnées à un gouvernement utile et glorieux pour la nation ; l'affection du peuple couvrait la servilité des courtisans ; et auprès d'une femme dont tous les périls étaient des périls publics, un dévouement illimité semblait une loi pour le' gentilhomme , un devoir pour le protestant et le citoven.
Les Stuart ne pouvaient manquer de marcher plus avant dans les voies où , depuis le règne des
6 RÉVOLUTIOIN D'ANGLETERRE.
Tddor, la royauté anglaise était engagée. Écossais et issu du sang des Guise, Jacques !•% par les souvenirs de sa femille et les habitudes de son pays, était attaché à la France et accoutumé à chercher ses alliés et ses modèles sur ce continent où d'ordinaire un prince anglais ne voyait que des ennemis : aussi se montra-t-il bientôt plus profondément imbu qu'Elisabeth et Henri VIII lui-même des maximes qui fondaient alors en Europe la monarchie pure ; il les professait avec Forguèil d'un théologien et h complaisance d'un roi, protestant à tout propos , par le foste de ses déclarations , contre la timidité de ses actes et les limite^ de son pouvoir. Obligé quelquefois de détendre, par des arguments plus directs et plus simples, les mesures de son gouvernement , les emprisonnements arbitraires ou les taxes illégales , Jacques alléguait aloi^s l'exemple du roi de France ou d'Espagne : « Le roi d'Angleterre, disaient ses minis* » très à la chambre des communes, ne pehit être » de pire condition que ses égaux. » Et telle était, même en Angleterre, l'influence de la révolution naguère accomplie dans la royauté du continent, que les adversaires de la cour étaient embarrassés de ce langage, presque convaincus eux-mêmes que la dignité des princes voulait qu'ils jouissent tous