‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 5)Chapitre 12 sur 113 · LIVRE PIŒMIKR · texte numérisé non relu

LIVRE PIŒMIKR

des ffiéioes droits ^ et ne sachant comment accorder eettei égalité nécessaire des couronnes avec les libertés de leur pays (*) .

Nourri^ dès son enfonce, dans ces prétentions et ces maximes, le prince Charles, devenu homme, fut encore eiiposé de plus près à leur contagion. L'infente d'Espagne lui était promise : le duc de Buckingham lui suggéra l'idée d'aller secrètement à Madrid rechercher lui-même son amour et sa main. Un dessein si chevaleresque sourit à Tima-* gination du jeune homme. Il fallait obtenir le consentement du roi. Jacques, refusa , s'emporta , pleura, et céda enfin à son favori plutôt qu'à son fils (*j. Charles fut reçu à Madrid avec de grands honneurs (^) ; et là il vit , dans tout son éclat , la royauté majestueuse, souveraine^ obtenant de ses serviteurs un dévouement et de ses peuples un respect presque religieux, rarement contredite, et toujours assurée de planer après tout, par sa seule volonté, au-dessus des contradictions. Le mariage de Charles avec l'infonte manqua : mais il épousa en échange Henriette-Marie, princesse de France ; car soii père était décidé à ne voir , hors de ces deux cours , aucune alliance qui convint à la di-

(*) Joumals oftfie House of Commons^ 18 avril, 12 et 21 mai 1614. (2) Clareudon, Wis(. oftherebell.^ 1. 1, p. 18-30, édit.deBâIe, 1798. (3j En mars 1623.

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gnité de son trône (^). L'influence.de celle union sur le prince anglais ne différa point de celle qu'en Espagne il avait déjà subie ; et la royauté de Paris ou de Madrid devint , à ses yeux^ l'image de la condition naturelle et légitime d'un roi.

Ainsi la monarchie anglaise, du moins dans le monarque , ses conseillers et sa cour , suivait la même pente que les monarchies du continent. La aussi tout trahissait les symptômes et les efferta de la révolution ailleurs consommée , et qui, dans ses plus modestes prétentions, ne laissait subsister les libertés des sujets que comme des droits subordonnés , des concessions de la générosité du sou* verain.

Mais tandis que, sur le continent, cette révolution trouvait les peuples encore incapables de lui résister, peut-être même disposés à l'accueillir, en Angleterre, une révolution contraire, sourdement opérée dans la société , avait déjà miné le sol sous les pas de la monarchie pure , et préparé sa ruine au milieu do ses progrès.

Lorsque , à l'avènement des Tudor , la haute aristocratie fléchit et s'abaissa devant le trône, les

(*) Le mariage, négocié en 162* , ne fut définitivement conclu qu'au mois de mai 1623 , et accompli en Angleterre qu'au mois de juin suivant.

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communes anglaises n'étaient point en état de prendre sa place dans la lutte de la liberté contre le pouvoir; elles n'auraient pas même osé prétendre à l'honneur du combat. Au xiv® siècle , au moment de leurs plus rapides progrès, leur ambi* tion s'était bornée à faire avouer leurs premiers droits, à conquérir quelques garanties incomplètes et chancelantes ; jamais, leur pensée ne s'était élevée jusqu'à croire qu'il leur appartînt de s'associer à la souveraineté, et d'intervenir, d'une façon permanente et décisive , dans le gouvernement du pays; aux barons seuls ponvait convenir un si haut dessein •

Au xv!"" siècle , désolées et ruinées, comme les barons , par les guerres civiles , les communes avaient besoin surtout d'ordre et de repos ; la royauté le leur procura , bien imparfait encore,, et pourtant plus assuré, mieux réglé qu'elles ne l'avaient jamais connu . Elles acceptèrent le bienfait aveo une avide reconnaissance. Séparées de leurs anciens chefs, presque seules en présence du trône et de ces barons jadis leurs alliés, leur langage fut bumble , leur conduite timide , et le roi put croire que désormais le peuple serait docile comme les grands, seigneurs.

Mais le peuple n'était pas en Angleterre, comme

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sur le continent , une coalition mal unie de bourgeois et de paysans lentement affranchis et courbés encore sous le poids de leur ancienne servitude : dans les communes anglaises ayaient pris place ^ dès le xiY^ siècle, La portion la plus nombreuse de Taristoeratie féodale, tous ces possesseurs de petits fiefe trop peu influents et trop peu riches pour partager avec les barons le pouvoir souverain, mais Mers de la même origine et longtemps en possession des mêmes droits. Devenus les chefs de la nation , ils lui avaient prêté plus d'une fois des forces et surtout une hardiesse dont la bourgeoisie seule eût été incapable. Affaiblis et abattus comme elle par les longues souffrances des discordes civiles, ils tardèrent peu à reprendre, au sein de la paix , leur itnportance et leur fierté. Pendant que la haute noblesse , affluant vers la cour pour réparer ses pertes, en recevait des grandeurs em-^ pruntées, aussi corruptrices que précaires, et qui, sans lui rendre sa fortune passée, la séparaient de plus eïi plus du pays, les simples gentilshommes, les francs-tenanciers , les bourgeois , uniquement occupés de faire valoir leurs terres ou leurs capi* taux , croissaient en richesse , en crédit , s'unissaient chaque jour plus étroitement, attiraient le peuple entier sous leur influence , et sans éclat,

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sd&s dessein polHiqoe, presque à letir propre iiisu^ s'^oapâràîent en commun de tontes les forces sociales^ vraies sources du pouvoir.

Dans les villes, le commerce et l'inânstrie se développaient rapidement : la cité de Londres acquit d'immense richesses ; le roi, la cour, presque tous les grands seignetirs du royaume d^ vinrent ses débiteurs, toujours insolents, mais toujours nécessiteux. La tnarine marchande, pépinière de la marine royale , fut nombreuse et partout active I les matelots partagèrent les intérêts et les dispositions des négociants.

Dans les campagnes , les choses suivaîetit le même cours. Les propriétés se divisèrent. Les lois féodales opposaient des entraves à la vente et à hi subdivision des fiefe ; Ufi statut de Henri Vil les abolit indirectement, en partie du moins ; la haute noblesse le reçut comme un bienfait , et se h&ta d en profiter. Elle aliéna également la plupart des vastes domaines que lui distribua Heliri YUL Le roi favorisait ces ventes pour accroître le nombre des possesseurs de biens ecclésiastiques ^ et les courtisans étaient contraints d'y recourir, car nuls abus ne pouvaient suffire à leurs nécessités. Enfin Elisabeth , pour se dispenser de demander des subsides, toujours onéreux même au pouvoir qui

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les obtient, vendit aussi beaucoup de domaines de la couronne. Presque tous ces biens étaient achetés par les gentilshommes qui vivaient dans leurs terres, les francs-tenanciers qui cultivaient les leurs, les bourgeois qui se retiraient du négoce; eux seuls acquéraient, par le travail ou Téconomie, de quoi payer ce que ne pouvaient garder le prince et les gens de cour (*). L'agriculture prospérait; les comtés et les villes se remplissaient d'une population riche, active , indépend nte ; et le mouvement qui faisant passer dans ses mains une grande part de la fortune publique fut si rapide, qu'en 1628, à l'ouverture du parlement , la chambre des communes se trouva trois fois plus riche que la cham* bre des pairs (^).

A mesure que s'accomplissait cette révolution, les communes recommençaient à s'inquiéter de la tyrannie. Âû milieu de plus de biens , plus^ de se-* curité devenait un besoin. Des droits exercés par le prince, longtemps sans réclamation et encore

(*) CiarendoD, Ilist, oftherebelL, t. V, p. 6.

(2) Hume {Ui$L ofEngL, t. VIII, p. 3H5, édit. de Bàle, 1789) cite à Tappui de cette assertion Sanderson et Watker, bistoricns de peu d'autorité; je n'ai pu découvrir, dans les écrivains contemporains dont le témoignage mérite plus de conûance , une évaUiation aussi précise delà richesse comparative des deux chambres ; mais toutatteste que la chambre des communes était beaucoup plus riche que la chambre des pairs.

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