‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 5)Chapitre 14 sur 113 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

sérieux un dégoût profond , et dégradait , à la portée des insultes du peuple^ toutes les grandeurs. Ce ne fut plus le privilège des esprits fermes de les regarder en fece et de les mesurer froidement : tant d'audace devint populaire. Bien-* tât Topposition parut aussi hautaine et plus con* fiante que le pouvoir ; et ce n'était point Topposition des grands barons de la chambre des pairs^ c'était celle de la chambre des communes^ décidée à prendre dans l'État une place, sur le gouverne* ment une influence qui jamais ne lui avaient appartenu. Son indifférence aux fastueuses menaces du prince , la fierté , bien que respectueuse , de son langage laissèrent voir que tout était changé , qu'elle pensait avec hauteur et voulait agir avec empire ; et le secret sentiment de cette révolution morale était déjà si répandu qu'en 1621 , attendant un comité de la chambre qui venait lui présenter une remontrance sévère , Jacques dit avec une ironie moins douloureuse, à coup sûr, qu'elle n'eût dû l'être : « Qu'on prépare douze fauteuils : je vais recevoir douze rois (*). »

En effet, c'était presque un sénat de rois qu'un monarque absolu appelait auprès de son trône ,

(*) Hist. d'Angleterre y par Rapia Thoiras, t. V[II, p. 183, édition ia-4. La Haye, 4749 ; Kennet, CompL Hisf. of Engl., t. IIÎ, p. 743.

20 RÊVOLUriON DANGLEFEURF.

quand Charles I" convoqua le parlement. Ni k prince , ni le peuple, celui-ci surtout , n'avaient encore démêlé le principe, et mesuré la portée de leurs prétentions : ils se rapprochaient avec le* dessein et Tespoir sincère de s'unir ; mais au fond leur désunion était déjà consommée, car l'un et l'autre pensaient en souverain.

Dès que la session fut ouverte, la chambre des communes porta ses regards sur le gouvernement tout entier : affaires du dehors et du dedans, négociations, alliances, emploi des subsides passés, des subsides futurs, état de la religion, répression des papistes, rien ne lui parut étranger à ses droits. Elle se plaignit de la marine royale qui protégeait mal le commerce anglais (*), du docteur Montague , chapelain du roi , qui défendait l'Église romaine et prêchait l'obéissance passive (*). Elle attendait du roi seul le redressement de tous ses griefs , mais elle se montrait décidée à intervenir en toutes choses par ses enquêtes , ses pétitions , l'expression de son avis.

Les reproches s'adressaient peu au gouvernement de Charles : il commençait. Cependant un examen si étendu et si animé des affaires publi-

0) a août i62$,rarliai)U îlist,, t. II, col. 35. ;2) 7 jaillet 1625. rarliam. Hist., t. II, col. 6.

Page 1