‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 5)Chapitre 17 sur 113 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

salisfaclion au peuple, le clergé eut ordre de procéder contre les papistes ; on leur défendit de s'éloigner de plus de cinq milles de leur demeure, sans en avoir reçu la permission ; on leur prescrivit de rappeler du continent leurs enfants qu'ils y faisaient élever ; on les désarma. Les communes* avaient réclamé leurs libertés ; on leur accorda un peu de tyrannie contre leurs ennemis.

Ce méprisable expédient ne les contenta point: d'ailleurs, la persécution même des papistes était équivoque et suspecte ; le roi leur vendait des dispenses ou leur donnait sous main des pardons. L'emprunt valut peu d'argent au trésor ; l'expédition contre Cadix échoua ; le public imputa ce revers à l'inhabileté de l'amiral et à l'ivrognerie des troupes ; le gouvernement fut accusé de ne savoir ni choisir ses chefs , ni veiller aux mœurs de ses soldats. Â peine six mois s'étaient écoulés qu'un second parlement fut jugé nécessaire (*). La rancune n'était pas encore entrée bien avant dans l'âme du jeune roi , et son despotisme était à la fois confiant et timide. Il croyait que les communes seraient charmées de revenir sitôt; peut-être môme espérait-il que la fermeté qu'il

(>) 6 février 1626.

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leur avait montrée lui vaudrait, de leur part, plus de complaisance. Enfin, il avait pris des mesures pour écarter du parlement les orateurs les plus populaires. Le comte de Bristol, ennemi person-* nel du duc de Buckingham , ne reçut point de lettres de convocation. Sir Edouard Coke, sir Robert Philips, sir Thomas Wéntworth, sir Francis Seymour, etc. (^), nommés shérifEs de leurs comtés, no pouvaient y être élus. On ne doutait pas qu'en lûur absence la chambre des communes ne fût docile, car le peuple aimait le roi , disait-on ; quelques factieux l'égaraient seuls.

Mais les communes pensaient aussi qu'on égarait le roi , et que, pour le rendre à son peuple, il suffirait de l'enlever à un favori. Le premier parlement s'était borné à exiger du trône, par le retard des subsides , le redressement des griefs publics ; celui-ci résolut de frapper, près du trône, l'auteur de tous les griefs. Le duc de Buckingham fut accusé (*).

C'était un de ces hommes qui semblent nés pour briller dans les cours et déplaire aux nations. Beau, présomptueux, magnifique, léger avec har-

(1) Sept en tout : les trois autres , moins célèbres, étaient sir Grey Palmer, sir William Fleetwood et M. Edouard Alford. (2; 2i février 1626.

UVHE PUEMIEH. (1625-1629.) 27

diosse^ sincère et chaud dans ses altachemcnts, franc et hautain dans ses inimitiés^ également incapable de vertu et d'hypocrisie , il gouvernait sans dessein politique^ ne smquiétant ni des intérêts du pays, ni même de ceux du pouvoir^ uniquement occupé de sa propre grandeur, et, dans sa grandeur, du plaisir de dominer avec éclat auprès du roi. Un moment il avait essayé de se rendre populaire et y était parvenu ; la rupture du Qiariage de Charles avec l'infente avait été son ouvrage. Mais la faveur publique n'était pour lui qu'un moyen d'user à son gré de la faveur rople ; il la perdit, et s'en aperçut à peine, fier d'avoir conservé sur Charles i'asc^idant qu'il exerçait insolemment sur Jacques I". Aucun talent ne soutenait son ambition; des passions frivoles étaient le seul but de ses in* trigues ; pour séduire une femme, pour perdre un rival, il compromettait, avec une arrivante imprévoyance, tantôt le roi, tantôt le pays. L'empire d'un tel homme semblait , à un peuple de jour en jour plus sérieux, une insulte aussi bien qu'une calamité ; et le duc continuait d'envahir les plus hautes fonctions de l'État (*), sans paraître, aux

(1) Il était dac, marquis et comte de Backingham , comte de Coventry, vicomte Villiers , baron de Whaddoo , grand aminl d'Angleterre et d'Irlande , gouverneur général des mers et vaisseaux , lieutenant

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yeux de la multitude elle-même , rien de plus qu'un parvenu sans gloire, un téméraire et inbabile fevori.

L'attaque des communes fut vidente : il était difficile de prouver contre Buckingham des crimes légaux ; la chambre vota que le simple brait public était un motif suffisant d'entamer les poursuites (*) , et elle accueillit tous les chefs d'accusation qu'indiqus^t le bruit public. Le duc les repoussa, la plupart du moins, avec avantage, mais sans fruit. C'était le mauvais gouvernement que voulait réformer la chambre : innocent de vol, d'assassinat ou de trahison, Buckingham n'était pas moins pernicieux. La hardiesse des communes rendit courage aux haines de cour. Le comte de Bristol se plaignit de n'avoir pas été convoqué au parlement (^j. Buckingham, qui le craignait, voulait le tenir éloigné. La chambre des pairs re-

géaëral amiral , capitaine gémirai et gouverneur des flottes et armées de S. M., grand maître des écuries, lord garde, chancelier et amiral des cinq ports, constable du château de Douvres , juge des Torêts et chasses royales au midi de la Trent, constat)le du château de Windsor, gentilhomme de la chambre , chevalier de la Jarretière , conseiller privé, etc. On évaluait à 284,395 liv. sterl. (environ 7,109,875 fr.) la valeur des domaines de la couronne qu'il s'était fait donner, etc. Brodie, flist. of the British empire^ etc., t. H, |^ 122.

(>) 22 avril 1626. ParUam. Ilist., t. U,col. 52.

(2) En mars 1626. ParUam. ïHst.y t. U, col. 72etsuiv.

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