LIVRE PREMIEK
» à VOUS en sera la faute ; rien désormais ne peut » m'étre imputé (*). »
Mais un vieux mal ne se guérit pas si vite, et l'ambition d'un peuple irrité ne s'apaise point au premier succès. Évidemment la sanction du bill des droits ne pouvait suffire : la réforme des principes était seule consommée ; ce n'était rien sans la réforme des pratiques ; et pour assurer celle-ci, il fallait celle des conseillers. Or Buckîngbam de* meurait debout, et le roi continuait de percevoir les droits de douane sans Faveu du parlement. Éclairées par l'expérience sur les périls de la lenteur, aveuglées par là passion sur ceux d'une exigence trop brusque et trop dure, l'orgueil et la haine se mêlant à l'inslinct de la nécessité , les communes résolurent de porter sans délai les derniers coups. En une semaine , deux nouvelles remontrances furent rédigées, l'une contre le duc , l'autre pour établir que les droits de douane, comme tout impôt , ne devaient être perçus qu'en vertu de la loi f ).
Le roi perdit patience , et , décidé à se donner au moins quelque relâche, il se rendit à la cham-
(«) Paru Hist., t. II, col. 409.
?) 13 et 21 juin 1628. Pari. Bist.^ t. II, col. 420-431.
bre des pairs , fit appeler les communes, et pro^ rogea le parlement (*).
. Deux mois après , le duc de Buckingham élait mort assassiné (^). On trouva cousu dans lechapeau de Felton, son assassin , un écrit qui rappelait la dernière remontrance de la chambre (^). Felton ne s'enfuit point, ne se défendit point, dit simplement qu il regardait leduc comme Vennemi du royaume, secoua la tête quand on lui parla de complices^ et mourut avec calme, confessant pourtant qu'il avait eu tort (*) .
Charles fut troublé d'un si grand meurtre, et indigné de la joie que la multitude en témoignait. Après la clôture de la session, il avait essayé de complaire au vœu public en réprimant les prédi* cateurs de l'obéissance passive, surtout par quel* ques sévérités contre les papistes , victimes dé-vouées aux raccommodements du prince et du pays* L'assassinat de Buckingham , où le peuple voyait sa délivrance , rejeta le roi dans la tyrannie. Il rendit sa faveur aux adversaires du parle-
(1) 26 juin 1628.
(2) 23 août 1628.
(3) Voir les Éclaircissements et pièces historiques placés à la fin de ce volume, n** 2.
(♦) ClareudoQ, Hist. oftherebell,, t. I, p. 45. Staie-Triais, t. III, col. 367.
IJVUE PUEMIEU. (1625-1629.) 55
ment s le docteur Montague, qu^avait poursuivi la chambre des communes, Fat promu à l'évéché de Ghichester ; le docteur Mahwaring, qu'avait condamné la chambre des pairs, reçut un riche bénéfice; l'évêque Laùd (*), déjà fameux par son dévouement passionné au pouvoir du roi et de rËglise, passa au siège de Londres. Les actes publics répondaient aux feveurs de cour î les droits de doiiâhè étaient perçus avec rigueur ; les tribunaux d'exception continuaient de suspendre le cours des lois. Rentré sans bruit dans la carrière du despotisme, Charles pouvait même s'y promettre de plus heureux succès : il avait détaché du parti populaire le plus brillant de ses chefs, le plus éloquent de i^es orateurs : sir Thomas Wentworth, créé baron, était entré au conseil malgré les reproches , les menaces mêmes de ses anciens amis : a le vous donne rendez^vOus dans la salle de A Westminster^ <> lui dit M. Pym à leur dernier adieu. Mais Wentworth , ambitieux et hautain, se précipita avec passion vers la grandeur, bien éloigné de prévoir à quel point il serait un jour fatal et odieux à la liberté. D'autres défections suivirent
(>j Né le 7 octobre 1573, àReading; il avait alors cinquante-quatre aDs, et était évèque de Bathet Wells.
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la sienne (*) ; et Charles , entouré de oonseitlers nouveaux, plus sérieux , plus habiles , moins décriés que Buckingham, vit approcher sans crainte la seconde session du parlement (^).
A peine en séance, la chambre des communes voulut savoir quelle exécution avait reçue le bill des droits f ) . Elle apprit qu'au lieu de la seconde réponse du roi, c'était la première, la réponse évasive et rejetée, qui y avait été jointe. L'imprimeur du roi, Norton, avoua que, le lendemain même de la prorogation , il avait reçu l'ordre de changer ainsi le texte légal, et de supprimer tous les exemplaires qui portaient la vraie réponse , celle dont Charles s'était vanté en disant : « J'ai fait tout ce » qui me regarde ; rien désormais ne peut m'être » imputé. »
Les communes firent apporter les papiers , vé-
rifièrent Faltération, et n^en parlèrent plus, comme rougissant de trop dévoiler un tel manque de foi : mais leur silence ne promettait point l'oubli (*).
Toutes les attaques recommencèrent contre la tolérance des papistes , la faveur accordée aux
(1) Sir Dudley Diggs, sir Edouard Littletoo, Noy, Wandesford, etc.
(2) 20 janvier! 629.
(3) 2J janvier 1629.
(•') Pari. Hist.j t. II, col. 435,