LIVRE PREMIER
fausses doctrines , le relâchement des mœurs ^ la mauvaise distribution des dignités et des emplois, les procédés des cours d'exception , le mépris des libertés des sujets (*).
Telle était la passion de la chambre, qu'un jour elle écouta, en grand silence et avec faveur, un homme inconnu, mal vêtu, de grossière apparence, qui, parlant pour la première fois, dénonçait, comme un furieux et en mauvais langage, l'indulgence d'un évoque pour un prédicateur obscur, plat papiste, disait-il. C'était Olivier Cromwell(*).
Charles essaya vainement d'arracher aux communes la concession des droits de douane, unique but, pour lui, de leur . nouvelle réunion. Il employa tantôt la menace, tantôt la douceur, avouant qu'il tenait ces taxes, comme tout autre, du pur don de son peuple , et qu'au parlement seul il appartenait de les établir , mais exigeant toujours quelles lui fussent accordées pour toute la durée de son règne, comme à la plupart de ses prédécesseurs (^). Les communes furent inébranlables: c'était la seule arme qui leur restât pour se défendre du pouvoir
(») Parh His^.y t. Il, col. 438, 443, 466, 473.
(2) il février 1629. FarL Hist., t. ÎI, col. 464, Mémoires de Warwick, p. 203, dans ma Collection des Mémoires relatifs à la Révolution d'Angleterre.
(») Pari. Hist.y t. Il, col. 442.
58 KÉVOI.UTlOiN D ANGLETERRE.
absolu. En s'excusant de leurs retards, elles y persistèrent et continuèrent de déployer leurs griefs , mais sans but déterminé , sans élever , comme dans la session préeédetite, des prétentions claires et précises , en proie à un trouble violetit mais vague, et agitées du sentiment d'un mal qu'elles ne savaient comment guérir. Le roi se lassait : on lui refusait sa demande sans lui en adresser aucune^ sans lui rieï! présenter qu'il pût répousser ou accueillir, avec Taîr de la pure malveillance, et comme dans l'unique dessein d'en* traver son gouvernement. On annonça qu'il avait dessein d'ajourner les chambres. Sir Johti EIHot proposa en toute hât^ une nouvelle remontrance contre la perception des droits {*). L'orateur, alléguant un otdve du prince , refusa de la mettre aut voix. On insista : il quitta son fauteuil ; MM. Hollis, Valentine et d'autres membres l'y ramenèrent avec violence, malgré les efforts des amis de la cour pour l'arracher de leurs mains. a De par Dieu, lui dit Hollis, voits siégerez jusqu'à » ce qu'il plaise à la chambre de sortir. » — « Je » ne veux pas, je iie puis pas , je n'ose pas, » s'écriait l'orateur. Mais les passions n'avaient plus de frein, on le contraignit de se rasseoir. Le roi,
(>) 2 mars 1629.
LIVRK PHKMIER. (1625-1629) 5d
informé du tumulte , fit donner à Thuissier de la chambre Tordre de se retirer avec la masse , ce qui suspendait de droit toute délibération : Fhuissier fut retenu comme Torateur ; on lui ôta les clefe de la salle : un membre, sir Miles Hobart, se chargea de les garder. Le roi envoya un second messager pour annoncer la dissolution du parlement ; il trouva les portes fermées en dedans, et ne put entrer* Charles, furieux , fit appeler le capitaine de ses gardes, el lui commanda d'aller enfoncer les portes. Mais, dans Tintervalle; les communes s'étaient retirées , après avoir adopté une protestation qui frappait d'illégalité la perception des droits de douane, et déclarait traître quiconque les lèverait ou consentirait seulement à les payer (*).
Tout rapprochement était impossible : le roi se rendit à la chambre des pairs f) : «Jamais, dit-il, » jene suis venu ici dans une occasion plus dé- » plaisante; je viens dissoudre le parlement, La » conduite séditieuse de la chambre basse en est » la seule cause ; je ne l'impute point à tous; je » sais qu'il y a dans cette chambre beaucoup » d'honnêtes et loyaux sujets ; quelques vipères les
{>) ParL tiist.y t. II, col. 487-491.
(2) 10 mars 1629.
» ont trompés ou opprimés. Que les malveillants » s'attendent à ce qui leur est dû. Pour vous y mi- » lords de la chambre haute y comptez de ma part » sur la protection et la faveur qu'un bon roi doit » à sa fidèle noblesse {^). » La dissolution fut prononcée. Peu après parut une déclaration portant : « On répand 9 dans de mauvais desseins, quun » parlement sera bientôt réuni. Sa Majesté a bien » prouvé qu'elle' n'avait pour les parlements au- » cune aversion ; mais leurs derniers excès Tout » décidée, malgré elle, à changer de conduite ; elle » tiendra désormais pour une insolence tout dis- » cours, toute démarche qui tendrait à lui pres- » crire une époque quelconque pour la convoca- » tion de parlements nouveaux (^). »
Charles tint parole, et ne s'inquiéta plus que de gouverner seul.
(») ParL Hist., t. II, col. 492.
?) Pari. HisL, t. H, col. 525.