LIVRE DEUXIÈME. (1629-16/iO
nuait d'espérer et de craindre, comme au milieu du combat.
Mais ces grands procès finirent. Effrayés ou séduits, quelques uns des accusés payèrent leur amende , et condamnés à vivre à dix milles au moins de la résidence royale, allèrent cacher leur faiblesse dans leurs comtés. La noble persévérance des autres fut enfouie au fond des cachots. Le peuple, qui ne voyait et n'entendait plus rien,
se tut et disparut à §^on tour. Le pouvoir, qui ne rencontrait plus d'adversaires , se crut maîlre du pays dont il venait de se séparer. Charles se hâta de faire la paix avec la France (^) et l'Espagne (^), et se vit enfin au dedans sans rivaux, au dehors sans ennemis.
Quelque temps le gouvernement fut facile. Les citoyens ne s'occupaient plus que de leurs intérêts privés; aucun grand débat, aucune vive émotion n'agitait les gentilshommes dans les réunions de comtés, les bourgeois dans les assemblées municipales, les matelots sur les ports, les apprentis dans les ateliers. Ce n'est pas que la nation languît dans Tapathie; son activité avait pris un autre cours; on eût dit qu'elle oubliait, dans le travail, les re-
(*) 14 avril 1629.
(2) 5 novembre 1630.
60 UÉVOLUTION D'ANGLEIERRE.
vers de la liberté. Plus hautain qu'ardent, le despotisme de Charles la troublait peu dans ce nouvel état; ce prince ne méditait point de vastes desseins j n'avait nul besoin d'une gloire forte et ha-^ sardeuse; il lui suffisait de jouii*, avec majesté, de son pouvoir et de son rang. La paix le dispensait d'exiger du peuple de pesants sacrifices; ût le peuple se livrait à Tagriculture , au commerce, à Tétude, sans qu'une tyrannie ambitieuse et agitée vint cliaque jour gêner ses efforts et compromettre ses intérêts* Aussi la prospérité publique se développait rapidement; Tordre régnait entre les citoyens , et cet état florissant et régulier donnait au pouvoir l'apparence de la sagesse , au pays celle de la résignation (*).
Ce fut près du trône et parmi ses serviteurs que recommencèrent les embarras du gouvernement. Dès que la lutte du roi et du peuple parut calmée, deux partis se disputèrent le despotisme naissant, la reine et les ministres, la cour et le conseil.
A peine arrivée en Angleterre , la reine n'avait poitït caché l'ennui que lui inspirait sa nouvelle patrie. Religion, institutions, coutumes, langage, lôutlui en déplaisait ; elle avait môme, peu après leur union, traité son mari avec une puérile in-
(<) CIcirendon, llist. of the rehell., i. I, p. 12^» etsuiv.