LIVRE DEUXIÈME
meot qu'il ne convenait aux fantaisies d'une femme et aux prétentions d'une cour.
En abandonnant son parti pour s*attacher au roi, Strafford (*) n'avait point eu à sacrifier des principes bien déterminés y ni à trahir lâchement sa conscience. Ambitieux et passionné, il avait été patriote par haine de Buckingham, par désir de la gloire, pour déployer avec éclat son talent et sa force, plutôt que par une conviction vertueuse et profonde. Agir, s'élever, dominer, tel était son but, ou plutôt le besoin de sa nature. Entré au service de la couronne, il prit son pouvoir à cœur, comme il avait fait naguère les libertés du pays, mais serieusement, fièrement, en ministre habile et rude, non en courtisan frivole et obséquieux. D'un esprit trop étendu pour s'enfermer dans les intrigues domestiques, et d'un orgueil trop emporté pour se plier aux convenances du palais, il s'adonnait aux affaires avec passion, bravant toutes les rivalités, comme il brisait toutes les résistances, ardent à étendre et affermir l'autorité royale, devenue la sienne, mais appliqué en même temps à rétablir Tordre, à réprimer les abus, à dompter les intérêts privés qu'il jugeait illégitimes, à ser-
[^) 11 s'appelait encore à cette époque lord Wentworlh, et ne fut créé comte de Strafford que le 12 janvier 1640.
vir les intérôls généraux qu'il ne redoutait pas. Despote fougueux^ tout amour de la patrie^ de sa prospérité, de sa gloire, n'était pourtant pas éteint dans son cœur, et il comprenait à quelles condi* tîons y par quels moyens le pouvoir absolu veut être acheté. Une administration arbitraire mais forte, conséquente, laborieuse, dédaignant les droits du peuple^ mais s'occupant du bien-être public, étrangère aux abus journaliers, aux dérèglements inutiles, subordonnant à ses volontés et à ses vues les grands comme les petits , la cour comme la nation, c'était là son vœu, le caractère de sa conduite, et celui qu'il s'efforçait d'imprimer au gouvernement du roi .
Ami do Strafford , l'archevêque Laud (*), avec des passions moins mondaines et une ardeur plus désintéressée, portait dans le conseil les mêmes dispositions, les mêmes desseins. Sévère dans ses mœurs, simple dans sa vie, le pouvoir lui inspirait, soit qu'il le servît ou l'exerçât lui-même; un dévouement fanatique. Prescrire et punir, c'était a ses yeux établir l'ordre, et l'ordre lui semblait toujours la justice. Son activité était infatigable, mais étroite, violente et dure. Également incapable de ménager des intérêts et de respecter des
{^) Nommé archevêque de GantorWry en août 1633.
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droits, il poursuivait, tête baissée, les libériens et les abus, opposant aux uns une probité rigide, aux autres une aveugle animosité; brusque et colère avec les courtisans comme avec les citoyens, ne recherchant nulle amitié, ne prévoyant et ne supportant nulle résistance , persuadé en^n que le pouvoir suffit à tout en des mains pures, et constamment en proie à quelque idée fixe qui le dominait avec Temportement de la passion et Tautorilé du devoir.
De tels conseillers convenaient assez à la nouvelle situation de Charles.. Étrangers à la cour, ils s'inquiétaient moins de lui plaire que de servir leur maître, et n'avaient ni la fastueusç insolence, ni les oisives prétentions des favoris. Ils étaient persévérants, hardis, capables de travail et de dévouemeiit. A peine le gouvernement de Tlrlandc fut confié à Strafford, que ce royaume, qui jusquelà n'avait été pour la couronne qu'un embarras et une charge, lui devint une source de richesse et de forpe. Les dettes publiques y furent payées; le revenu,, naguère perçu sans règle et dilapidé sans pudeur, fut administré régulièrement et s'éleva bientôt au-dessus des dépenses; les grands seigneurs cessèrent de vexer impunément le peuple, et les factions aristocratiques ou religieuses de
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se déchirer en toute liberté. L'armée, que Strafford avait trouvée faible, sans habits , sans discipline, fut recrutée, bien disciplinée, bien payée, et cessa de piller les habitants. A la faveur de Tordre, le commerce prospéra, des manufactures s'établirent, Tagriculture fit des progrès. Enfin l'Irlande fat gouvernée arbitrairement , durement , souvent même Ju^ec une odieuse violence, mais dans Tintérêt de la civilisation commune et du pouvoir royal, au lieu d'être, comme jadis, en proie à l'avidité des employés du fisc et à la domination d'une aristocratie égoïste et ignorante (*).
Investi en Angleterre, quant aux affaires civiles, d'une autorité moins étendue et moins concentrée que celle de Strafford en Irlande , moins habile d'ailleurs que son ami , Laud ne laissa pas de tenir une conduite analogue. Commissaire de la trésorerie , non seulement il réprima les dilapidations , mais il s'appliqua à bien connaître les diverses branches du revenu public , et à rechercher quels moyens en pouvaient rendre la perception moins onéreuse aux sujets. D'odieuses gênes, de graves abus avaient été introduits dans Tad-
(') Voyez dans les Éclaircissements et Pièces historiques f n°ll\, une lettre de Strafford lui-même, où est empreint le caractère de son adminiistration,