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mioistration des douanes, au profit d'intérêts particuliers; Laud accueillit les réclamations des né* gociants, employa ses loisirs à s'entretenir avec eux, s'éclaira sur les intérêts généraux du commerce, et l'affranchit de vexations sans avantage pour le trésor (*). Plus tard (^), la charge de grand trésorier fut donnée, par son conseil, à Juxon (^), évèque de Londres, homme laborieux, modéré, et qui fit cesser des désordres dont la couronne avait à souffrir comme les citoyens. Pour servir , à ce qu'il croyait, le roi et l'Église, Laud pouvait opprimer le peuple et donner les plus iniques conseils ; mais quand le roi ni l'Église n^étaient en question,
il voulait le bien, cherchait la vérité, et les sou-
te
tenait sans aucune crainte pour lui-même , sans aucun égard pour tout autre intérêt.
C'était trop peu pour le pays que ce gouvernement probe, appliqué, mais arbitraire, tyrannique au besoin, et se refusant à toute responsabilité ; c'était beaucoup trop pour la cour. Des favoris y peuvent réussir; s'ils y rencontrent des ennemis, ils s'y font aussi des partisans, et, dans ce conflit d'intérêts personnels , un intrigant adroit peut
(!) Mémoires de Clarendon, t. I, p. 28-39, dans ma Collection.
(2) En mars 1636.
(3) Ne à Chicticsler, dans le comté de Sussex, en 1582, mort archevêque de Cantorbéry, le 4 juin 1663.
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opposer avec succès ceux qu'il sert à ceu^ qu'il offense. Tel avait été Buckingham. Mais quiconque veut gouverner soit par le despotisme , soit par les lois y dans Tinlérét général du prince ou du peuple y doit s'attendre à la haine des cour* tisans. Elle s'éleva contre Strafford et Laud, aussi violente et plus tracassière que celle de la nation. Déjà^ à la première apparition de Strafford à Whitehall^ un sourire moqueur avait accueilli l'élévation subite et les manières un peu rudes d'un gentilhomme de province, connu surtout par son opposition dans le parlement (^). Les mœurs austères, la pédanterie théologique et la brusquerie inattentive de Laud n'y déplaisaient pas moins. Ces deux hommes étaient hautains, peu soigneux, peu complaisants, méprisaient les intrigues, conseillaient l'économie, parlaient d'affaires et de nécessités dont une cour ne se soucie point. La reine les prit en aversion, car ils gênaient son influence auprès du roi ; la haute aristocratie s'offensa de leur pouvoir, et bientôt la cour tout entière s'unit au peuple pour les attaquer, se récriant, comme lui, contre leur tyrannie.
Charles ne les abandonna point; il avait con-
(') HowelVs Lellers, n** 3i, cdit. de 1650; Strafford's LeUers, t. I, p. 7i). {Biographia britannica, t. VI, p. il 78, note K, art. Wentwortu.)
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liance dans leur dévouom^t et leur habileté; leurs maximes lui convenaient, et il portait à la profonde piété de Laud un respect mêlé même de quelque affection. Mais en les gardant à «on service^ malgré la'cour, Charles était hors d'état de soumettre la cour à leur gouvernement. Sérieux dans ses sentiments et sa vie extérieure , il était au fond trop léger et trop peu habile pour comprendre les difficultés du pouvoir absolu et la nécessité d'y tout sacrifier. Tels étaient, à ses yeux, les droits de la royauté, qu'il lui semblait que rien ne lui dût coûter un effort. Dans le conseil, il s'occupait régulièrement et avec attention des affaires publiques; mais, ce devoir rempli, elles n'agitaient pas fortement sa pensée, et le besoin de gouverner avait sur lui moins d'empire que le plaisir de régner. La bonne ou la mauvaise humeur de la reine , les habitudes de la cour, les prérogatives des officiers du palais lui paraissaient d'importantes considérations dont les intérêts politiques de sa couronne ne pouvaient exiger l'oubli. De là naissaient, pour ses ministres, de petits mais continuels embarras, où le roi les laissait succomber, croyant faire assez pour eux et pour lui-même en les maintenant dans leur emploi. Ils étaient chargés d'exercer le pouvoir absolu, et la force leur
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manquait, dès qu'ils réclamaient quelque sacrifice domestique, quelque mesure contraire aux formes et aux règles de Whitehall. Tant que dura son gouvernement d'Irlande, Strafford fut obligé de se consumer en explications, en apologies; tantôt il avait parlé légèrement de la reine, tantôt quelque famille accréditée se plaignait de sa hauteur ; il fallait qu'il justifiât ses paroles, ses manières, son caractère; que, de Dublin, il répondit aux propos tenus, aux bruits répandus sur son compte dans le palais ; et il n'obtenait pas toujours un as-^ sentiment qui , le rassurant contre ces obscurs périls, le mît en état de déployer sans crainte l'autorité que pourtant on lui laissait (*).
Aussi, malgré l'énergie et le zèle de ses principaux conseillers, malgré le calme du pays, malgré la dignité des mœurs du roi et la fierté de son langage, le gouvernement était sans force et sans considération. Assailli de dissensions intérieures, dominé tour à tour par des influences contraires, tantôt secouant avec arrogance le joug des lois , tantôt cédant aux plus frivoles entraves, aucun plan ne présidait à sa conduite ; il oubliait à chaque instant ses propres desseins. Il avait aban-
(*) Strafford's Letters and DispatcheSy 1. 1, p. 128, 138, 142, i44; t. Il, p. 42, 105, 126, etc.
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donnée en Europe^ la cause du protestantisme, et défendu même à lord Scudamore , son ambassadeur à Paris , d'assister au service divin dans la chapelle des réformés , le trouvant trop peu conforme aux rites de TËglise anglicane (*). Cependant il permettait au marquis de Hamilton de lever en Ecosse un corps de six mille hommes, et d'aller combattre à leur tête (^) sous les bannières de Gustave- Adolphe, ne prévoyant pas qu'ils prendraient là les sentiments et le« croyances de ces puritains que TÉglise anglicane proscrivait. La foi de Charles dans la religion réformée, telle que l'avaient faite Henri VIII et Elisabeth, était sincère ; et pourtant, soit tendresse pour sa femme, soit esprit de modération et de justice, soit instinct des convenances du pouvoir absolu , il accordait souvent aux catholiques, non-seulement une liberté alors illégale , mais une faveur presque avouée f). L'archevêque Laud, aussi sincère que son maître, écrivait contre la cour de Rome, prêchait même vivement contre le culte pratiqué dans la chapelle de la rgine ; et en même temps il se montrait si favorable au système de TÉglise ro-
(^) Neal, History of the Puritms, t. II, p. 234, édit. in-8, Londres,
P) En 1631.
(3) ClarendoD, HisL ofiherebelL^ t. I, p. 254.
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maine, que le pape se crut en mesure de lui feii^ offrir le chapeau de cardinal (^). Dans la conduite des affaires civiles ré{][naient la même incertitude^ la même inconséquence. Aucun ferme dessein ne s'y laissait reconnaître^ aucune main puissante ne s'y faisait sentir. Le despotisme était étalé avec faste ^ et dans roccasion exercé avec rigueur ; mais pour le fonder j il eût fallu trop d'efforts et de persévérance ; on n'y songeait métne pas, de sorte que ses prétentions surpassaient de plus en plus ses moyens. Le trésor était administré avec ordre et probité , le roi n'était point prodigue ; mais les embarras d'argent étaient les mêmes qu'eussent pu amener la prodigalité du prince et la dilapidation du trésor : ainsi que Charles avait refusé avec hauteur de céder au parlement pour en obtenir des revenus qui pussent suffire à ses dépenses, de même il eut cru s'abaisser en réduisant ses dépenses au niveau de ses revenus (^). La
(') En août 1633. Laud's Diary, p. 49; Whitelocke, p. 17.
(^) Les pensions qui, sous le règne d'Elisabeth , étaient de 18,000 liv. st. (environ 450,000 fr.), s'élevèrent sous Jacques l*% k S0,0001iv. st. (environ 2,000,000 fr.), et en 1626, un peu plus d'un an après Tavénement de Charles l*% elles montaient déjà à 120,000 liv. st. (enviroil 3,000,000). La dépense de la maison du roi s'était accrae dans le même intervalle de 4îi,000 liv. st. (environ 1,125,000 ft*.) à 80,000 liv. st. (2,000,000) ; celle de la garde-robe avait «ioublé; celle do la cassette {privy pnrse) triplé, eic. (Rush^ortli, t. ïj p. 207.)
splendeur du trône, les fôtes de la cour, les an* ciennes habitudes de la couronne étaient , à ses yeux , des conditions, des droits, presque des devoirs do la royauté \ et tantôt il ignorait quels abus étaient chargés d'y pourvoir, tantôt, le sachant, il n'avait pas le courage de les réformer. Aussi, bien qu'affranchi par la paix de toute charge extraordinaire, se voyait-il hors d'état de suffire aux besoins de son gouvernement* Le commerce de l'An gleterre prospérait ; la marine marchande, chaque jour plus nombreuse et plus active, sollicitait la protection de la marine royale ; Charles la promettait avec confiance, faisait même de temps en temps un effort solennel pour tenir sa parole (*); mais communément les flottes manquaient aux convois du commerce^ les agrès aux vaisseaux, la solde aux matelots. Les pirates barbaresques venaient dans la Manche, et jusque dans le canal de Saint - George , infester les côtes de la Grande- Bretagne ; ils descendaient à terre , pillaient les villages , emmenaient des milliers de captifs. Le capitaine Rainsborough, chargé d'aller enfin , sur la côte de Maroc, détruire un de leurs repaires, y trouva trois cent soixante-dix esclaves. Anglais ou
(*) Mémoires de Wanvick, p. 103, dans ma CoUeciion. Rash>n?ortfi, part. ^, t. ï, p. 2r,7, 322, etc.
Irlandais ; et telle était l'impuissance ou l'imprévoyance de l'administration ^ que Strafford fut obligé d'armer, à ses frais, un bâtiment pour préserver de ces ravages le port même de Dublin (*).
Tant d'inhabileté et ses périls n'échappaient point aux regards des hommes exercés. Les ministres étrangers qui résidaient à Londres en rendaient compte à leurs maîtres ; et bientôt, malgré la prospérité connue de l'Angleterre, se répandit en Europe l'opinion que le gouvernement de Charles était faible, imprudent, mal assuré. A Paris , à Madrid, à La Haye, ses ambassadeurs furent plus d'une fois traités légèrement et avec dédain (^). Strafford , Laud et quelques autres conseillers n'ignoraient point le mal et y cherchaient quelque remède. Strafford surtout, le plus hardi comme le plus habile , luttait avec passion contre les ob-
(>) Straffbrd's Letters and Dispatches, t. l, p. 68, 87, 90 ; t. II, p. 86, 115, 118, etc.— TFaiter's|>oems(in-8, Londres, i730), p. 271. L'expédition du capitaine Rainsborough eut lieu en 1637.
(2) Les écrits du temps^ entre autres les lettres recueillies par Howell, en fournissent mille exemples; je n'en citerai qu'un. Lorsque sir Thomas Edmonds se rendit en France, en 1629, pour conclure le traité de paix, le gentilhomme envoyé à sa rencontre,, à Saint-Denis, pour présider à son entrée dans Paris, lui dit d'un ton moqueur : « Votre » Excellence ne s'étonnera pas que j'aie si peu de gentilshommes avec M moi pour lui faire honneur et l'accompagner à la cour; il y en a eu » tant de tués dans l'Ile de Ré ! m {Howell's Letters, p. 210; édit. in-8, Londres, 1705). Amère ironie qui faisait allusion à la sanglante défaite des Anglais dans cette tle, sous les ordres du duc de Buckingham.