‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 5)Chapitre 34 sur 113 · LIVRE DEUXIÈME. (1629-16/iO · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. (1629-16/iO

stades ; il s'inquiétait de Tavenir , et eût voulu que le roi , gouvernant ses affaires avec suite et prévoyance, s'assurât un revenu fixe, des arsenaux bien pourvus, des places fortes , une armée (*). Il n'avait pas craint, pour son compte, de convoquer le parlement d'Irlande (*); et soit par la terreur qu'il inspirait , soit par les services qu'il rendait au pays, il en avait fait le plus docile comme le plus utile instrument de son pouvoir. Mais Charles lui interdit de le convoquer de nouveau (^) ; la reine et lui-même redoutaient le nom seul de parlement, et les peurs de son maître ne permirent pas à Strafford de prêter à la tyrannie les formes et l'appui de la loi. Il insista , mais sans succès , et se soumit enfin. Énergique, il portait le joug de la* faiblesse, et sa prévoyance était au service de l'aveuglement. Quelques-uns même des conseillers qui pensaient comme lui, plus égoïstes ou mieux avertis de la vanité de leurs efforts , se reliraient dès que, pour le soutenir, il eût fallu combattre, et le laissaient, seul avec Laud , en butte aux intrigues et aux haines de la cour.

A la tyrannie ainsi frivole et malhabile il faut

{}) Strafford's Letters, t. lU p. 61-62, 66.

(2) En 1634.

(3) Strafford' s Lettersy etc., t. I, p. 365.

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chaque jour un surcroH de tyrannie. Gello de Qhartes fut , sinon la plus cruelle , du moins )a l^lus inique et la plus abusive qu'eût jamais sûu^ fî^r^e VAngleterrç. Sans pouvoir alléguer pour excuse aucune néeessité publique , sans éblouir 1^ esprits par aucun gr^nd résultat, pour suffire 9, desibesoii^s obscurs, pour accomplir des volaatéa sans but ) elle méconnut et oHensa les ane^ens droits^ comme les ^ésir^ nouveaux , ne tenant coniipte ni des lois et des opinions du pays , ni des aveux et des projfnesses du roi lui-même, essayant au hasard, et selon l'occurrence, de tous les genres d'oppression , adoplant enfin les réso» lutioiist les plus téméraires, les mesures les plus illégales, non pour assurer le triomphe dSin sysr. téme conséquent et redoutable^ mais pour soutCr; lur , par des expédients jour«ialj|ers , «n po^uv^r toiujoiurs dans l'embarras. De subtils c^nseîtlev^, fouillant sans cesse les vieux registres pour y découvrir quelque exemple de quelque iniquité ou-^ bliée^' exbuuiaient laborieusem^it le» abus du temps passé , et les érigeaient en droits du trône. Aussitôt d'autres agents, moins savants, mais plus hardis, convertissaient ces prétendus droits en vexations réelles et nouvelles ; et si quehjue réclamation s'élevait, des juges servilo& étaient là

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pour déclarer qu'en offel la couronne avail jadis posséai de telles prérogatives. Doutait-on quelquefbig de la complaisance dos. juges, ou voulait-on ménager leur influence? des tribunaux d'exception, la chaœbre étoilée, la cour du Nord (*), une foule d'autres juridictions affranchie® de la loi commune étaient chargées de les suppléer, et la complicité des magistrats illégaux venait au secours de la tyrannie, dès que la servilité des magistrats légaux n'y pouvait suffire. Ainsi furent rétablis des impôts tombés en désuétude, et inventés des impôti^ jusque-là incoïmus; ainsi reparurent ces innombrables monopoles introduits et abandonnés par Elisabeth, rappelés et abandonnés par Jacques I", constamment repousses par le parlement, uu moment abolis par Charles lui-même, et qui, livrant à des traitants ou à des courtisans privilégiés la vente exclusive de la plupart des denrées (^); faisaient souffrir le peuple, et Kirrilaient encore

(1) losUtuéepar Henri YIU^ #a i537, à Votk, à la suite deslrûiitblés qu'excita, dans les comtés du Nord, la suppression des pekit» nouastères, pour rendre la justice et maiateiiir Tordre dans ce» eomtés, indépendammeiit des cours de Westminster. La jui idiction de la cour du Nord, d'abord asaez restreinte^ deviat, sous les règnes d»lac(|iies F' et de Charles P', beaucoup plus étendue et plus arbitraire.

(^ Voici une liste encore incomplète des denrées mises alors en monopole : le sel, le savon, le charbon, le fer, le vin, le cuir, Fanidon, les phimes, les cartes et les dés, le feutre, ladenteHe, le tabac, les tonneaux, la bière, les liqueurs disliltées, Le pesage du ficÛR et de la

plus par rinique et désordonnée répartition de leurs profits* L'extension des forêts royales y cet abus qui avait si souvent fait lever en armes les barons de la vieille Angleterre , devint si rapide que la seule forêt de Rôckingham fut portée de six à soixante milles de circuit; et en même temps on recherchait, on punissait par d'énormes amendes les moindres empiétements des citoyens (*). Des commissaires parcoururent les comtés , mettant en question ici les titres des possesseurs d'anciens domaines de la couronne, là le taux des émoluments attachés à certains emplois, ailleurs le droit des bourgeois à bâtir de nouvelles maisons , ou celui des agriculteurs à changer leurs terres à blé en prairies ; et ils s'appliquaient, non à réformer les abus, mais à en vendre cher la continuation f ). Les privilèges , les désordres de tout

paille dans Londres et Westminster, les harengs saurs, le beurre, la potasse, les toiles, le chiffon à papier, le houblon, les boutons, les cordes à boyau, les lunettes, les peignes, le salpêtre, la poudre à tirer, etc.

(*) Lerd Salisbury fut condamné, pour ce motif, à 20,000 liv. st. d'amende (500,000 f.)> lord Westmorelandà 19,000 liv. st. (475,000 f.) sir Christophe Hatton à 12,000 liv. st. (300,000 fr.), lord Newport à 3,000 liv. st. (75,000 fr.), sir Lewis Watson à 4,000 liv. st. (100,000 fr.), etc. [StrafJbrd'sLeUers.i. 11, p. HT. — Parl.nist., 1. 11, col. 642.)

(2) May, Hist. du Long-Pari., t. I, p. 43, dans ma Collection, — Rushworth, part. 2, t. Il, p. 915 et suiv.

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genre étaient, entre le roi et ceux qui les exploitaient , un sujet continuel de honteux marchés. On trafiquait même de la sévérité des juges ; ils infligeaient, sous le moindre prétexte, des amendes inouïes, qui frappaient de terreur ceux que pou*vaient menacer de semblables poursuites , et les décidaient à s'en racheter d'avance à prix d'argent. On eût dit que les tribunaux n'avaient plus pour mission que de fournir aux bei^oins du prince ou de ruiner les adversaires de son pouvoir (*). Le mécontentement semblait -il, dans quelque comté, trop général pour que de tels procédés y fussent aisément praticables? on en désarmait la milice ; on y envoyait des troupes que les habitants étaient tenus, non seulement de loger et de nourrir, mais encore d'équiper. Pour n'avoir pas payé ce qu'on ne devait point, on était mis en prison ; on sortait de prison en en payant partie y plus ou moins , selon la fortune , le crédit ou le savoirfaire des opprimés. Impôts, emprisonnements, jugements , rigueurs ou faveurs , tout était arbitraire; et l'arbitraire s'étendait de jour en jour, sur les riches parce qu'il y avait profit , sur les

(1) On troave, en réunissant les amendes prononcées durant cette époque, au profit du roi, dans les principales poursuites intentées au nom de la couronne, une somme de plus de six millions. (Voyez les Eclaircissements et pièces historiques, à la fin de ce volume, n* 4.)

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pauvres parce qu'il n'y avait pas danger. Enfin ^ quand les plaintes devenaient si vives que la cour en concevait quelque alarme , les magistrats qui les avaient excitées achetaient à leur tour Timpunité» Dans un accès de despotisme insensé ^ pour quelques paroles inconsidérées, Strafford avait fait condamner lord Mountnorris à mort ; et quoique l'arrêt n'eût pas reçu son exécution, le seul récit du procès avait soulevé Contre lui en Irlande , eîi Angleterre, dans le conseil même du roi , un dé* chatnement universel. Pour l'apaiser , il envoya à Londres six mille livres sterling à répartir entre, les principaux conseillers. « J'ai pris une route plus directe , » lui répondit lord Cottington, vieux et habile courtisan qu'il en avait chargé; «j'ai donné l'argent à celui qui pouvait réellement faire l'affaire , » c'est-à-dire au roi lui-môme : et Strafford obtint à ce prix , non seulement l'exemption de toute poursuite, mais la permission de partager à son gré , entre ses favoris , les dépouilles de l'homme qu'il avait fait condamner à son plaisir (*)• Tel était l'effet des besoins de Charles ; ses craintes le poussèrent bien au delà de ses besoins.

(M Strafford's Letters^ 1. 1, p. b08, 511 , 512. ~ Voyez les Éclàitûissements et Pièces historiques ajoulés aui Mémoires de Wârwick , déDB ma Collection, p. 386-392.

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