LIVRE DEUXIÈME
per. Attaquée à la fois par les catholiques et par les non-conformisteSy encore chancelante dans ses possessions comme dans ses doctrines, elle se voua sans réserve au service du pouvoir temporel, professant sa propre dépendance , et acceptant la sur prématie absolue du trône , qui pouvait seul alors la sauver de ses ennemis.
Vers la fin du règne d'Elisabeth, quelques symptômes faibles et isolés annoncèrent, de la part du clergé anglican, des prétentions un peu plus fières. Le docteur Bancroft , chapelain de l'archevêque de Cantorbéry , soutint que Tépiscopat n était point d'institution humaine, que tel avait été> depuis les apôtres, le gouvernement de l'Église, et que les évêques tenaient leurs droits , non du souverain temporel, mais de Dieu seul (*). Ce clergé nouveau commençait à se croire plus affermi , et tentait un premier pas vers son affranchissement ; mais la tentative , hasardée avec crainte , fut repoussée avec hauteur : Elisabeth revendiqua la plénitude de sa suprématie spirituelle , répétant aux évêques qu'ils n'étaient rien que par sa vo • lonlé ; et l'archevêque de Cantorbéry lui-même se
(I) Dans un sermon prêché le 12 janvier 1588. Neal, Hist, of Che PwrU,, 1. 1, p. 395.
M RÉVOLUTION DANGLETEIIRE.
contenta de dite qu'il souhaitait qu^ le docteur eût raiàon^ mais n'osait s'en flatter {% Le peuple se prononça vivement pour là bBine \ il ne songeai! qu'à pousser plus loin la réforme^ et n'ignorait pas que y si les éYéques aspiraient à rindépendanoë^ ce n'était point pour affranchir la ibi de l'autorité temporelle , mais pour l'opprimer étt leur propre nom.
Rien ne se décida soUi Jaéques I*""" ; égoiste et rusé^ peu lui importait d'aggraver le mal^ pourvu qu'il éludât le périL il maintint sa suprématie^ mais en accordant aux évéques tant de faveur, efi prenant tant de soin pour afitermir leur empire^ en traitant si rudement leurs ennemis y que leur confiance et leur force s'accrurent de jour en jour. Ardents à proclamer ]e droit divin du trône^ bientôt ils parlèrent souvent du leur ; ce que Ban^ croft avait timidement insinué devint une opiniod professée par tout le haut clergé^ {Soutenue dans de nombreux écrits y prèchée au sein des églises» Bftticroft lui-même fat nommé archevêque de Gan^ torbéry (^). Chaque fois que le roi faisait parade de sa prérogative y le clergé s'inclinait avec f^s-> pecl; mais après ces actes d'humilité momentanée,
(») Néal, Hist. ofthe Purit.^ p. ÔÔ7.
(2) En décembre 1604.
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il reprenait ses préteDlions^ «'en armant surtout contre le peuple pour ^'en feire excuser atiprès du roi, se dévouant de plus en plus à la cause de la royauté absolue^ et attendant le jour où il lui se* rait si nécessaire qu'elle se verrait contrainte de reconnaître son indépendance pour s'assurer «on appui.
Quand Charleè, brouillé aveo le parlement^ fut seul au milieu de son royaume, cherchant de tous côtés dès moyens de gouVernet , le clergé anglican jugea que ce jour était venu. 11 avait recouvré d'immenses i*ichesses et les possédait sans débat. Les papistes ne lui inspiraient plus d'alarmes* Le primat de l'Église , Laud . avait toute la confiance du roi, et dirigeait seul les affaires ecclésiastiques» Parmi les ministres , aucun ne faisait profession, comme lord Burleigh sous Elisabeth, de teddutdr et de combattre les empiétements du clergé. La cour était indifférente ou papiste en secret. Des hommes savants illustraient l'Église- Les univef^ sitéâ , surtout celle d'Oxford , étaient dévouées à ses maximes. Un seul adversaire restait, le peuple, chaque jour plus mécontent d'une réforme incomplète, et plus ardent à la consommer. Mais cet adversaire de FÉglise était aussi celui du trône; il réclamait en même temps, et pour garantir l'une par
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l'autre^ lafoiévangélique et la liber lé. Un même péril menaçait la souveraineté de la couronne et celle de Tépiscopat. Le roi, sincèrement pieux , se montrait disposé à croire qu'il n'élait pas seul à tenir de Dieu son pouvoir, et que celui des évéques n'était ni de moins haute origine , ni d'un caractè^re moins sacré. Jamais tant de circonstances favorables n'avaient paru se réunir pour mettre le clergé en état de conquérir sur la couronne son indépendance, sur le peuple la domination. Laud se mit à l'œuvre avec sa violence accoutumée. Il fallait d'abord feire cesser , au sein de l'Ëglise, toute dissidence, et donner à sa doctrine, à sa discipline, à son culte^ la force de la plus stricte uniformité. Rien ne lui coûta pour ce dessein. Le pouvoir fut exclusivement concentré aux mains des évéques. La cour de haute commission , où ils connaissaient et décidaient de tout en matières religieuses y devint chaque jour plus arbitraire et plus dure dans sa compétence , ses formes , les peines qu'elle infligeait. La complète adoption des ca-. nous anglicans et l'observation minutieuse de la liturgie ou des rites en vigueur dans les cathédrales furent rigoureusement exigées de tous les ecclésiastiques. Les non- conformistes occupaient de nombreuses cures ; on les leur retira.