‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 5)Chapitre 37 sur 113 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Le peuple se pressait à leurs sermons ; la prédication leur fut interdite (*). Chassés de leurs églises, privés de leurs revenus , ils voyageaient de ville en ville, enseignant et prêchant les fidèles qui, dans une auberge , une maison particulière , un champ , se rassemblaient autour d'eux ; la persécution les suivit et les atteignit partout. Dans la noblesse de province, dans la bourgeoisie, des fa- • milles riches et dévouées à leurs croyances les prenaient pour chapelains ou pour gouverneurs de leurs enfants ; la persécution pénétra dans les familles , et en chassa les chapelains et les gouverneurs de leur choix (^). Les proscrits quittaient l'Angleterre; ils allaient en France, en Hollande, en Allemagne, fonder des Églises selon leur foi ; le despotisme passa les mers, ei somma ces Églises de se conformer au rite anglican (^), Des manufecturiers français , hollandais , allemands , avaient porté en Angleterre leur industrie^ et obtenu des chartes qui leur assuraient le libre exercice de leur culte national ; ces chartes leur furent retirées, et la plupart d'entre eux abandonnèrent leur nouvelle patrie ; le seul diocèse de Norwich perdit

(>) Ncal, Hist. ofihè Purit,, t. Il, p. 179 et suiv. (2) Ibid.

(3) im.^ p. 2on.

9A KÉVOLUTK)N D'ANGLETERRE.

trois nûUei de c^ hôtes laborieux (*). Ainsi dé-» pouîUés ()^ tout aûle comme de toute fonetioii, eaebéa ou fiigîlifs, les notm^oftfermistes éerivaiefil enoore pmt délendi^ on propagerl^nrs dootrines ; h censure iote^it les livres nouYeaQX> rechercha et supprima les livre» anciens (^). Il fut même ab* sel liment défendu de^ traiter^ soit en chaire^ soit ailleurs^ les questions dont les esprits étaient le plus vivement agités (^) ; car la querelle était générale et profonde 7 sur les degmes comme sur la discipUne, sur les mystères de la destinée humaine comme sur les convenances du culte public j et l'Église anglicane ne voulait ni tolérer la dissidence des cérémonies^ ni admettre le débât des opinions. I^e peuple se lamentait de ne plus entendre parler ni les hommes qui lui étaiest chers^ ni des choses qui préoccupaient sa pensée. Pour calmer ses alarmer y pour ne pas se séparer de leur troupeau, medérés ou timides^ des mhh* très non-conformlstefi offraient de se soumettre en partie, réclamant à leur to«r quelques conces-

(') Rushworth, part. 2, t. I, p. 272. — May, ^4s£.. dulmg-l'o,^^-^ 1. 1, p. 461, dans ma Collection. — Neal, Hhl. of the Vurit.^ t. II. P- 232. •

(2) Décret de la chambre étoilée, du 11 juillet 1637. Rushworth, part. 2, t. II. Appendice, p. 306. — Neal, Hisi. oflhePurU-, t. H, p. 165.

(3) Neal, Hist.ofthePurit., t. II, p. 163.

siens y eemme de ne pais pùtter le surplis, de ne pas domiepà la lal^le de la eommunionla forme ou la place d un ^uteK On leur répondait, tantôt que le» pratiquer exigée» étaient importante», qu'il fellait ahéir^ tantôt qu'elles étaient insignifiante», qu'il convenait de céder. Poussés i^ bout , ils résifttaieJilt àbselunient, ei ViAsuIte les attendait devant le» epur» ^ecté»iastique» , aussi bien que la eeadasanation. Un tutoiement injurieux, les noms à^fùus, d*idiots, àHmpuéents , àe^rdle», Uordre de se taire dès qu'ils ouvraient la bouehe pour se défendre ou s'excuser , tel était le traitement qu'ils recevaient des évéques.ou des juge» (*). Re- IK>Açaient-ils à prêcher, à écrire, à pavattre? b tyrannie ne renoitçait point à les poursuivre : elle avait, contre eux de» obstinations et des raffiner pie&ts qu aucune prudence n'eût su prévoir, qu'aucqne faiblesse ne pouvait détourner. M. Workman^ ministre à Glocester, avait soutenu que les ornements et les tableaux étaient, dans^ les églises, un reste d'idolâtrie : il fut jeté en prison. Peu auparavant, la ville de Glocester lui avait accordé une rente viagère de vingt livres sterling; la rente fut abolie ; le maire et les officiers municipaux furent

(1) Rusbworlh, part. 2, 1. 1, p. 233, 240. — NeaJ , Bisl. of the Pwit.y t. I, p. 256, dans la note ; p. 352.

poursuivis et condamnés à une for le amende. Sorti de prison, Workman ouvrit une petite école ; Laud la fit fermer. Pour avoir de quoi vivre , le pauvre ministre se fit médecin ; Laud lui interdit la médecine comme renseignement. Workman devint fou et mourut (*).

Cependant les pompes du culte catholique rentraient en toute hâte dans les églises privées de leurs pasteurs ; tandis que la persécution en éloignait les fidèles , la magnificence en ornait les murs. On les consacrait avec appareil ^*), et il fallait ensuite employer la contrainte pour les remplir d'auditeurs. Laud se complaisait ii régler minutieusement les détails de nouvelles cérémonies, tantôt empruntées au papisme , tantôt inventées par son imagination à la fois festueuse et rigide. De la part des non-conformistes, toute innovation, la moindre dérogation aux canons ou à la liturgie étaient punies comme un crime; et Laud innovait sans consulter personne, du seul aveu du roi, quelquefois de sa propre autorité (^). Il changeait la distribution intérieure des églises , les formes du culte, prescrivait impérieusement des pratiques

(*) N€al, Hist, ofthe Pur'U., t. II, p. 204.

(2) /6id.,p. 190.

(3) ïbid., p. 220.

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