‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 5)Chapitre 39 sur 113 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

qui devaient la détruire. Échappant ainsi par de* gré sau pouvoir temporel^ TÉglise envahissait en même temps les affaires civiles; sa juridiction s*étendait aux dépens de celle des tribunaux ordi ûaireâ> et jamais tant d'ecclésiastiques n'avaient siégé dans les conseils du prince , ou occupé les grandes fonctions de l'État. Quelquefois les jiirisconsultes, menacés dans leurs intérêts personnels^ s'élevaient contre ces empiétement s {*); mais Charles n en tenait nul compte; et telle était la confiance de Laud que, lorsqu'il eut fait donner à l'évoque Juxon la baguette de grand trésorier, il s* écria, dans le transport de sa joie : « Maintenant , que » l'Église subsiste et se soutienne par elle-même ; » tout est consommé , je ne puis rien de plus (*), » Quand les choses en furent venues à ce point, le peuple ne fut plus seul à s'en irriter. La haute noblesse, en partie du moins, prit elle-même l'alarme {% Il y avait là beaucoup plus que de la tyrannie : c'était une vraie révolution qui , non contente d'étouffer la réforme populaire, dénaturait et compromettait la première réforme , celle qu'avaient faite les rois et adoptée les grands sei^

(1) Ncal, Hia. ofthePurU,^ t. Il, p. 243. — Clarendou, lïfs«. offAé' rebell., t. Il, p. 236.

(2j Laud's Diai'y^ p. 51, 53, sous la date du 6 mars 1636. (3) Neal, Hist, ofthe Purit.^ t. II, p.'250.

gneurs. Ceux-ci avaient appris à proclamer la su* prématie et le droit divin du trône^ qui du moins les affranchissaient de tout autre empire ; maintenant il fallait qu'ils acceptassent également le droit divin des évoques, qu'ils s'humiliassent à leur tour devant cette Église dont ils avaient applaudi l'abaissement et partagé les dépouilles. On exigeait d'eux la servilité, encore plus jalouse de ses prérogatives que la liberté de ses droits ; et à d'autres, naguère leurs inférieurs , on permettait de s'arroger l'indépendance. Pour leur rang , pour leurs biens même peut-être, ils se sentaient en péril. L'orgueil du clergé leur était une offense depuis longtemps inaccoutumée; ils entendaient dire que bientôt viendrait le jour où un simple ecclésiastique vaudrait autant que le plus fier gentilhomme du royaume (*) ; ils voyaient les évéques ou leurs protégés envahir les charges publiques et les faveurs de la couronne , seul dédommagement qui restât à la noblesse en échange de son ancienne splendeur, de ses libertés , de son pouvoir. Charles, d'ailleurs, sincère dans sa dévotion au clergé, s'était promis de son élévation un ferme appui contre la mauvaise volonté du peuple; et bientôt la disposition à censurer la conduite ou à

(ï) Neal, Hisl. of the Punt.;i, II, p. 251.

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