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redouter les desseins du gouvernement devint universelle; le mécontentement monta des ateliers de la cité jusque dans les salles de Whitehall.
Il se manifestait dans les classes supérieures par un dégoût de la cour e^une liberté d'esprit jusque-^ là inconnue. Quelques grands seigneurs, et les plus estimés, allèrent vivre dans leurs terres, voulant témoigner leur désapprobation par leur éloignement. À Londres et auprès du trône, Tesprit d'indépendance e t d' examen pénétra dans des réunions naguère serviles ou frivoles. Depuis le règne d'Elisabeth, le goût des sciences et des lettres n'était plus le partage exclusif de ceux qui en faisaient leur profession; la société des hommes distingués de toute sorte, philosophes , lettrés , poètes , artistes , et les plaisirs d'une conversation spirituelle ou savante, avaient été recherchés par la cour comme un éclat nouveau, par les gens du monde comme un noble passe-temps ; mais aucun besoin d'opposition ne s'associait à de tels rapprochements ; c'était même la mode, soit qu'ils eussent lieu dans quelque taverne fameuse ou dans la maison d'un grand seigneur , d'y tourner en dérision l'humeur morose et la résistance fanatique des non-conformistes religieux déjà connus sous le nom de puritains. Les fêtes, les spectacles, les débats littéraires, un
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agréable échange de flatteries et de bien&its, telles étaient les seules pensées d'une société dont le trône était communément le centre et toujours le protecteur. Il n'en fut plus ainsi sous le règne de Charles : les réunions des^ lettrés et des gens du monde continuèrent; mais on y traita des questions plus graves, et on les traita loin des yeux du pouvoir, qui s'en serait offensé, Les affaires publiqueSy les sciences morales, les problèmes religieux y furent le texte des conversations ; elles étaient brillantes et animées, et recherchées avec ardeur par les jeunes gens qui revenaient de leurs voyages ou qui étudiaient les lois dans les écoles du Temple, par tous les hommes d'un esprit sérieux et actif à qui leur rang ou leur fortune permettait le loisir, Selden leur prodiguait les trésors de son érudition ; Chillingworth les entretenait de ses incertitudes en matière de foi ; lord Falkland, jeune lui-môme, leur ouvrait sa maison, et ses jardins étaient comparés à ceux de l'Académie (*). Là ne se formaient ni des sectes ni des partis , mais des opinions libres et vives. Dégagés de tout intérêt comme de tout dessein, attirés par le seul plaisir d'étendre en commun leurs idées et de s'élever ensemble à des ^sentiments généreux, les hommes
(1) Clarendon, Mémoires, etc., t. I, p. 43-89, dans ma Collection.
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qui se rassemblaient delà sorte discutaient sans con tndnte, et ne s'inquiétaient que de la justice et de la vérité. Les uns^ portés surtout aux méditations philosophiques , recherchaient quelles formes de gouvernement respectaient mieux la dignité humaine; les autres, jurisconsultes par état, ne laisi* saient passer inaperçu aucun acte illégal du roi et de ses conseils; d'autres, théologiens de profession ou par goût , étudiaient curieusement les premiers âges du christianisme, leurs croyances, leur culte, et les comparaient à l'Église que Laud s'efforçait de fonder. Ils n'étaient unis ni par des passions et des périls communs, ni par des principes et un but bien déterminés ; mais tous s'accordaient et
s'excitaient réciproquement à détester la tyrannie, , à mépriser la cour, à regretter le parlement , à souhaiter enfin une réforme qu'ils espéraient peu, mais dont chacun , dans la liberté de sa pensée.^ se promettait le terme de toutes ses tristesses et raeeomplissement de tous ses voeux.
Plus loin de la cour , parmi les hommes d'une condition moins élégante ou d'un esprit moins cuU tivé, les sentiments étaient plus ftpres et les idées phis étroites, mais plus arrêtées. Là les opinions se liaient aux intérêts, les passions aux opinions. Dans la mioyenne et la petite noblesse , c'était
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surtout contre la tyrannie politique que se soulevait le courroux. La décadence de la haute aristocratie et du régime féodal avait fort atténué , entre les gentilshommes y la diversité des rangs ; tous se regardaient comme les descendants des conquérants de la grande Charte, et s'indignaient de voir leurs droits, leurs personnes , leurs biens livrés au bon plaisir du roi ou de ses conseillers , tandis que leurs ancêtres , disaient-ils , avaient jadis fait à leur souverain la guerre et la loi. Aucune théorie philosophique, aucune distinction savante entre la démocratie , laristocratie et la royauté, ne les préoccupait ; mais la chambre des communes régnait seule dans leurs pensées ; elle représentait , à leurs yeux, la noblesse comme le peuple, l'ancienne coalition des barons aussi bien que la nation tout entière : elle seule avait naguère défendu les libertés publiques; elle seule était capable de les ressaisir; c'était à elle seule qu'on pensait quand on nommait le parlement : la légitimité comme la nécessité de sa toutepuissance, c'était là l'idée qui s'établissait peu à peu dans les esprits. Quanta l'Église, la plupart des gentilshommes n'avaient, sur la forme de son gouvernement, ni vues systématiques, ni desseins destructeurs ; l'épiscopat ne leur répugnait point ;