‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 5)Chapitre 41 sur 113 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

mais les évêques leur étaient odieux, surtout comme fauteurs et appuis de la tyrannie. La réforme avait proclamé l'affranchissement de la société civile et aboli les usurpations du pouvoir spirituel en matière temporelle ; le clergé anglican voulait reprendre ce que Rome avait perdu : que cette ambition fût réprimée , que le pape n'eût point d'héritiers , que les évêques , étrangers au gouvernement de l'État , se bornassent à administrer, selon les lois du pays, les affaires de la religion dans leurs diocèses, tel était le vœu général de la noblesse de province, assez disposée à approuver la constitution épiscopale pourvu que TÉglise ne prétendît ni au pouvoir politique ni^au droit divin.

Dans les villes la haute bourgeoisie , dans les campagnes un assez grand nombre de gentilshommes et presque tous les petits propriétaires francs-tenanciers portaient plus loin , en matière religieuse surtout , leur colère et leurs pensées. Là dominaient un attachement passionné à la réforme, un besoin ardent d'adopter les conséquences de ses principes , une haine profonde de tout ce qui conservait quelque ressemblance avec le papisme et en rappelait le souvenir. C'était sous les usurpations de Isj hiérarchie rQra?iine qu'avaient

succombé y disait-on y la primitive Église , la sim« plicité de son culte, la pureté de sa foi. Aussi les maîtres de la réforme , les nouvènux apôtres, Zwingle, €alvin, Knox, s'étaient-*ils h&tés d'abolir cette constitution tyraniûque et ses pompes idch lâtres. L'Évangile avait été leur règle, la primitive Église leur modèle. L'Angleterre seule persistait à marcher dans les voies du papisme ; le joug des évoques était-il moins dur, leur conduite plus évan^ gélique, leur orgueil moins arrogant? Ainsi que Rome, ils ne s'inquiétaient que de dominer et de s'enrichir ; comme elle, ils redoutaient la fréquence de la prédication, l'austérité des mœurs, la liberté de la pri^ ; comme elle , ils prétendaient assu-*jettir à d'immuables et minutieuses formes les élans des âmes chrétiennes ; comme elle , ils substituaient à la parole vivifiante du Seigneur l'édat mondain de leurs cérémonies. Au jour sacré du dimanche, les vrais chrétiens voulaient^ls se livrer, dans la retraite, à de pieux exercices? sur les places, dans les rues, le bruit des jeux, des danses, les désordres de l'ivresse insultaient à leur recueillement. Et les évoques ne se contentaient pas de permettre au peuple ces passe-temps profanes ; ils les conseillaient, les commandaient presr que, de peur que le peuple ne prit goût à de plus

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saints plaisirs (*). Y avait-il, dans leur troupeau, un homme dont la conscience timorée s'offensât de quelque pratiques de l'Église? ils lui enjoignaient impérieusement l'observance des moindres lois ; un autre ètait-il attaché aux lois ? ils le tourmentaient de leurs innovations : les humbles , ils les écrasaient; les âmes fières, ils les irritaient jusqu'à la révolte. C'étaient partout les maximes , les pratiques , les prétentions des ennemis de la vraie foi. Et pourquoi cet abandon de l'Ëvangile, cette oppression des plus zélés fidèles ? Pour maini^ tenir un pouvoir que TËvangile ne conférait à personne, que les premiers fidèles n'avaient point connu, Que Tépiscopat fut aboli; que l'Église, ren» trant en possession d'elle-même , fût désormais gouvernée par des ministres égaux entre eux, sim» pies prédicateurs de la doctrine évangélique , et réglant de concert, par une délibération commune, la disciplina du peuple chrétien , alors ce serait vraiment l'Église du Christ; alors il n'y aurait plus d'idolâtrie , plus de tyrannie ; et la réforme enfin consommée n'aurait plus à redouter le papisme qui maintenant était k la porte, prêt à envahir la

(*) Neal, Hist, ofthePurii.t t. U, p. 212. — RushworWi, part. 2, U I, p. 191-196.

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maison de Dieu, qu'on semblait apprêter pour l'y recevoir (*).

Quand le peuple, au sein duquel, depuis rorigine de la réforme, fermentaient obscurément ces idées, les vit adoptées par une foule d'hommes riches , considérés, influents, ses patrons directs et naturels, il prit en eux et en lui-même une confiance qui, sans éclater en sédition, changea bientôt l'état et l'aspect du pays. Dès 1582 et 1616 quelques non-conformistes , se séparant officiellement de l'Église anglicane, avaient formée sous les noms de Brownistes et d' Indépendants , plus tard si célèbres , de petites sectes dissidentes qui reniaient tout gouvernement général de TÉglise, et proclamaient le droit de chaque congrégation de fidèles à régler elle-même son culte, d'après des principes purement républicains (^). Depuis cette époque, plusieurs congrégations particulières ayaient été instituées sur ce modèle; mais elles étaient peu nombreuses , peu riches , et presque aussi étrangères à la nation qu'à l'Église. Exposés sans défense à la persécution, quand elle les avait découverts, les sectaires fuyaient et se retiraient

(») Rushworth, part. 3, t. ï, p. 172-188.

(2) Neal, Hist, ofthe Purit,y t. I, p. 301 et suiv.; t. H, p. 43, 92,

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