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» convertisse les assistants (*) ! » Un jeune homme pâlit en le regardant : « Mon fils ^ lui dit Burton^ » pourquoi es-tu pâle? mon cœur n'est point faible^ » et si j'avais besoin déplus de force ^ Dieu ne » m'en laisserait pas manquer (^). » De moment en moment^ la foule se serrait de plus près autour des condamnés. Quelqu'un donna à Bastwick un bouquet, une abeille vint s'y poser: « Voyez, dit-il, cette pauvre abeille; sur le pilori même elle vient sucer le miel des fleurs ; et moi donc, pourquoi n'y pourrais-je pas goûter le miel de Jésus- Christ (^)? » — « Chrétiens, dit Prynne, si nous avions fait cas de notre propre liberté , nous ne serions pas ici ; c'est pour votre liberté à tous que nous avons compromis la nôtre : gardez-la bien , je vous en conjure. Tenez ferme , soyez fidèles à la cause de Dieu et du pays ; autrement vous tomberez , vous et vos enfants , dans une éternelle servitude (*). » Et la place retentit de solennelles acclamations.
Quelques mois après (^), les mêmes scènes se renouvelèrent autour de l'échafaud où, pour la
(*) State-TrialSy t. TII, col. 753.
(2) Jbid., col. 752.
(3) Ibid,, co\. 751.
[*) Jbid., col. 748.
(«) Le 18 avril 1638.
118 RÉVOLUTION D'ANGLËTERiiE.
même tsause » Lilburne subit un traitement aussi cruel. L'exaltation du condamné et du peuple parut même plus ardente. Lié derrière une charrette et fouetté par le bourreau à travers les rues de Westminster y Lilburne ne cessa d'exhorter la multitude qui se précipitait sur ses pas. Attaché au pilori, il continua de parler ; on lui enjoi^it de se taire 9 mais en vain: on le bâillonna. Tirant alors des pamphlets de ses poches, il en jeta au peuple, qui s'en saisit avidement ; on lui garrotta les mains. Immobile et silencieux, la foule qui l'avait écouté demeura pour le regarder. Quelques uns de ses juges étaient à une fenêtre , comme curieux de voir jusqu'où irait sa persévérance: elle lassa leur curiosité (^).
Ce n'étaient encore là que des martyrs populaires : aucun d'eux n'était distingué par son nom, ses talents , sa fortune ; plusieurs étaient , avant leur procès, assez peu considérés dans leur profession ; et les opinions qu'ils avaient soutenues n'étaient, à beaucoup d'égards , que celles de sectes fanatiques accréditées surtout dans la multitude. Fière de leur courage, elle accusa bientôt les classes su-
0) State-TricUs , t. 111, col. 1315 et suiv. -- Êcléitcisiemefas et Pièces historiques ajoutés aui Mémoires de Hollis'; p. 279-263 , dans
ma Collection,
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périeures de faiblesse et d'apathie : « Maintenant» » disait-on» l'honneur» qui d'ordinaire réiide dans » la tête y est » eomme la goutte , d^cendu aux ^ pieds ('). » il n'en était rieii : la iiôblessé de campagne et la haute bourgeoisie n'étaient pas moins irritées que le peuple ; mais plus olair** voyantes et moins passionnées » elles attendaient quelque grande occasion et aussi quelque espoir fondé de succès. Ace cri public» elles s'émurent et reprirent confiance. Le moment était venu en effet où ia nation » tout entière ébranlée » ne de^* mandait {dus que des chefs connus » graves , in ^ fluents» qui résistassent» non en aventuriers ou en sectaires , mais au nom des droits et des intérêts de tout le pays.
Un gentilhomme du comté de Buckingham» John Mampden {*) , donna le signal de cette résistance nationale. Avant lui» plusieurs l'avaient tenté sans succès. Ils s'étaient refusés à payer l'impôt connu sous le nom de taxe des vaisseaux » demandant que la question fût portée au banc du roi » et qu'on les admit à soutenir » dans un procès solennel» l'illégalité de la taxe et la légitimité de leur refus ;
(') Propos rapporté dans une lettre de lord Haughtou à sir Thomas Wcntworth, cti date du 19 mai 1627. [Strafford's Letters, 1. 1, p. 3S.) (2; Né à Londres en 1594.
mais la cour avait toujours réussi à éluder ce débat (*): Hampden sut T obtenir. Quoique en 1626 et 1628 il eût siégé au parlement dans les rangs de l'opposition , il n'avait point attiré sur lui la méfiance particulière de la cour. Depuis la dernière dissolution, il avait vécu paisiblement, tantôt dans son comté , tantôt voyageant en Angleterre et en Ecosse; partout attentif à observer Tétat des esprits, à contracter de nombreuses relations, mais n'exhalant point son opinion en murmures. Possesseur d'une grande fortune, il en jouissait honorablement, bien que sans éclat; de mœurs graves et simples, mais sans étalage d'austérité, remarquable* même par son affabilité et la sérénité de son humeur, il était considéré de tous ses voisins , quel que fût leur parti , et passait pour un homme sage, contraire au système qui prévalait, mais point fanatique ni factieux. Aussi les magistrats du comté le ménageaient sans en avoir peur. En 1636 , ils l'imposèrent , dans la répartition de la taxe , à la faible somme de vingt schellings, voulant sans doute le bien traiter , et aussi dans l'espoir que la modicité du tribut détournerait un homme prudent de toute réclamation. Hampden refusa de payer, mais sans colère,
(«) Rushworth, p. 2, t. I, p. 323, 414 et suiv.
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sans bruit, uniquement occupé de parvenir à faire juger solennellement, dans sa personne, les droits de son pays. En prison, sa conduite fut également calme et réservée ; il ne demandait que d'être traduit en justice, et représentait que le roi n'était pas moins intéressé à résoudre par les lois une telle question. Le roi, fier d'avoir récemment obtenu des juges (*) la déclaration qu'en cas d'urgente nécessité pour la sûreté du royaume, la taxe des vaisseaux pouvait être légale , se laissa enfin persuader et accorda à Hampden Thonneur du combat. Les avocats de Hampden le soutinrent avec autant de prudence qu'il en avait montré luimême, parlant du roi et de sa prérogative avec un profond respect , écartant toute déclamation, tout principe hasardeux, se prévalant seulement des lois et de l'histoire du pays. L'un d'eux, M. Holborne, s'arrêta même à plusieurs reprises, priant la cour de lui pardonner l'énergie de son argumentation , et de l'avertir s'il dépassait les bornes que lui prescrivaient la décence et la loi. Les avocats de la couronne louèrent eux-mêmes M. Hampden de sa modestie (^). Pendant treize jours enfin que dura le procès , et au milieu de Tirritation
(<) Le 14 février 1637. Rushworlh, part. 2, t. I, p. 352-355. — State-Triàls, t. III, coî. S25 et suiv.
(2) Clarendon, Hist. ofthe rehell., t. 1, p. 229.
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publique 9 les lois fondamentales du pays furent débattues , sans qu'aucun reproche de passion, aucun soupçon de desseins séditieux se pût adresser aux défenseurs de ses libertés (*).
Hampden fut condamné (*) ; quatre juges seule • ment votèrent en sa faveur f ). Le roi se félicita de ce jugement comme d^un triomphe décisif qui sanctionnait le pouvoir arbitraire. Le peuple en conçut la même idée, et n'espéra plus rien des magistrats ni des lois •> mais Charles avait tort de se réjouir, car le peuple, en perdant l'espoir, avait recouvré le courage» Le mécontentement, jusque-là incohérent et divers, devint unanime : gentilshommes, bourgeois, fermiers, marchands, presbytériens, se6taires, toute la nation se sentit frappée par cet arrêt (^)* Le nom de Hampden était dans toutes les
(0 State-TrialSy t. UI, col. 846-1254.
(») Le 12 juin 1637.
(3) Sir Humphrey Davenport, sir John Denham, sir Richard Hutton et sir George Crooke. Contre l'assertion générale, M. Lingard dit que cinq juges se prononcèrent eq faveur de Hampden (Hist. of EngUmdf t. X, p. 33, édit. in-8. Londres , 1825 ). Son erreur provient éfidemment de ce qu'il a compté pour deux voix les deux opinions émises en faveur de Hampden par le juge Crooke , et qui sont insérées toutes deux dans le procès {State-Trials , t. m , col. 1127-1181). En 1645 , le fils du juge Hutton se fit tuer à Sherborne pour la cause royale (Clarendon, Hist. of therébell., t. Vm, p. 160).
{*) Clarendon, Hisl. oftherebelL, t. I, p. 117-120. — May, Hist. du Long-Pari., t. 1, p. 44 , dans ma ColkcUon. — Hacket, Life of bishop WilUa^ns , part. 2, p. 127.
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bouches ; partout on lo prononçait avec tendresse et fierté y car sa destinée était F image et sa conduite la gloire du pays. Les amis et les serviteurs de la cour osaient à peine soutenir la légitimité de sa victoire. Les juges s'en excusaient ^ avouant presque leur lâcheté pour se la faire pardonner. Les citoyens paisibles^se taisaient tristement; les esprits hardiis s'indignaient tout haut avec, une joie secrète. Bientôt, soit à Londres , soit dans les comtés , les mécontents eurent des chefs qui se rapprochèrent et s'entretinrent de l'avenir. Partout on prit des mesures pour se concerter et se soutenir au besoin. Un parti enfin se forma , soigneux de se cacher, mais publiquement avoué diô la nation. Le roi et son conseil s'applaudissaient encore de leur dernier triomphe , que déjà leurs adversaires avaient trouvé l'occasion et les moyens d'agir.
Un mois environ après la condamnation de Hampden(*), une violente sédition éclata à Edimbourg. Elle y fut excitée par l'introduction arbitraire et subite d'une nouvelle liturgie. Depuis son avènement, et à l'exemple de son père, Charles n'avait cessé de s'appliquer à détruire la consti-
(1) Le 23 juillet 1637.
iU RÉVOLUTION D'ANGLETERRE.
tution républicaine que TËglise d'Ecosse avait empruntée du calvinisme , et à rétablir l'épiscopat écossais ^ dont quelque ombre subsistait encore , dans la plénitude de son autorité et de sa spleadeur. Fraudes, rigueurs, menaces, corruption, tout avait été employé pour réussir dans ce dessein. Le despotisme s'était même montré souple et patient ; il s'était adressé tantôt à l'ambition des ecclésiastiques, tantôt à l'intérêt des petits propriétaires , offrant à ceux-ci un rachat facile de la dîme , à ceux-là les hautes dignités de l'Église et les grandes charges de TÉtat , marchant toujours à son but, mais se contentant de progrès lents et tortueux. De temps en temps les alarmes du peuple devenaient plus vives , le clergé national résistait; on suspendait ses assemblées, on bannissait ses plus hardis prédicateurs. Le parlement, souvent servile, hésitait quelquefois; on entravait les élections, on étouffait les débats, on falsifiait même les votes (^). L'Église d'Ecosse , à travers des combats où l'avantage demeurait toujours à la couronne , passait ainsi par degrés sous le joug d'une hiérarchie et d'une discipline à peu près conformes à celles de l'Église anglicane, et qui consacraient
(') Burnet, Histoire démon temps, t. I, p. 36-38, dans ma Collection. — Malcolm Laing, flist, of Scotland, etc., t. III, p. iiO-112,