‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 5)Chapitre 5 sur 113 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

(le CCS phénomènes mystérieux enfin qui ne se rattachent point aux lois connues des hommes , et éclatent subitement, conmie un coup d*État de la Providence , peut être pour détruire, peut-être pour rajeunir. Amis et ennemis , panégyristes et détracteurs, tiennent en ceci le même langage : au gré des uns , ces crises glorieuses ont mis au jour, pour la première fois, to vérUé, la liberté, la justice ; avant elles, tout était absurdité, iniquité, tyrannie; à elles seules le genre humain doit son salut : selon le^ autres , ces catastrophes déplorables ont interrompu un long âge de sagesse , de vertu, de bonheur; leurs auteurs ont proclamé des maximes, élevé des prétentions, commis des attentats jusque-l«^ sans exemple ; les peuples, dans un accès de folie , sp sont écartés de leur route accoutumée ; un abîme s'est ouvert sous leurs pas.

Ainsi, soitqu*on les célèbre ou qu'on les déplore, pour les bénir ou pour les maudire, tous s'accordent à tout oublier en présencede ces révolutions, aies isoler absolument du passé , à les rendre responsables de la «Jestinée du monde, à les charger seules dé Tariathème ou de la gloire.

Il est temps d'échapper à ces mensongères et puériles déclamations!

Loin d'avoir rompu le cours naturel des événements en Europe , ni la révolution d'Angleterre ni la nôtre n'ont rien dit , rien voulu , ïien fait qui n'eût été dit , souhailé , fait ou tenté cent fois avant leur explosion. Elles ont proclamé rillégitimité du pouvoir absolu : le libre consentement en matière de lois ou d'impôts et le droit de résistance à main armée étaient au nombre des principes conslilutifs (lu régime féodal , et l'Église a souvent répété ces

THÉrACe. V

paroles de saint Isid(»re, qu*on Ut dans les canons du quatrième coneile de Tolède : « Celui-là est roi qui régit son » peuple justement ; s*il fait autrement, il ne sera plus » roi. » EUles ont attaqué le privilège et trayailté à intro duire plus d'égalité dans Tordre social : autant en ont fait les roisdans l'Europe entière, et jusqu'à nos jours les progrès de régalité cmle se soât fondés sur les lois et mesurés par le& {Mr(^rès de la royauté. Elles ont demandé que les fonctions publiques fussent ouvertes à tous les citoyens , distribuées selon le mérite seul , et que le pouvoir se donnât au concours : c'est le principe fondamental de la constitution intérieure de l'Église, et elle Ta non seulement mis en vigueur, mais hautement professé. Soit qu'on regarde aux doctrines générales des deux révolutions ou aux applications qu'dles en ont faites , qu'il s'agisse du gouvâm^oient de l'État ou de la législation civile, des pro« priétés ou des personnes , de la liberté ou du pouvoir, on ne trouvera rien dont l'invention leur appartienne , rien qui ne se rencontre également , qui n'ait au moins pris naissance dans les temps qu'on appelle réguliers. • Ce n'est pas tout : ces principes, ces desseins, ces efforts qu'on attribue exclusivement à la révolution d'Angleterre et à la nôtre, non seulement les ont devancées de plusieurs siècles , mais ce sont les mêmes principes , les mêmes efforts auxquels la société doit en Etu'ope tous ses progrès. Est-ce par ses désordres et ses privilèges , par la brutalité de sa force et l'abaissement des hommes sous son joug , que l'aristocratie féodale a pris part au développement des nations? Non ; mais die a lutté contre la tyrannie royale ; elle a usé du droit de résistance , et maintenu les maximes

VI PKÉFACE.

(le la liberté. De quoi les peuples ont-ils béni les rots ? Est-K;e de leurs prétentions au droit dirin, au pouvoir absolu y de leurs prodigalités , de leur cour? Noa, mais les rois ont attaqué le régime féodal , le privilège aristocratique ; ils ont porté Tunité dans U 4égislaUon, dans Tadmii^ nistration ; ils ont secondé les progrès de Tégalité» fit le clergé, d*oà est venu sa force? Comment a^-t-il concouru à la civilisation ? Est 6e en se séparant du peuple , en s*épou van tant de la raison humaine^ en saiictionnant fttt nom du ciel la tyrannie? Non ; mais il a réuni péle-méle dans les églises , et sous la toi de Dieu , les petits et Ids grands , les pftuvres et les riches , les faibles et les forts ; il à ho* noré et cultivé la science, Institué des école», favorisé la propagation des itimières et l'activité des esprits. Qu'on interroge l'histoiredes maîtres du monde; qu'on examine rinHuence des diverses classes qui ont décidé de son sort ; partout où quelque bien se laissera voir, dès que la lot^gue reconnaissance des hommes attestera un grand service rendu à Thumanité, c'est qu'un pas a été fait vers le but qu'ont poursuivi la révolution d'Angleterre et la nôtre ; on se sentira en présence de quelqu'un des principes qu'elles ont voulu faire prévaloir.

Qu'on cesse doric de les peindre comme des apparitions monstrueuses dans l*histoire de l'Europe ; qu'on ne nous parle plus de leurs prétentions inouïes, de leurs infernales inventions : elles ont poussé la civilisation danà la roule qu'elle suit depuis quatorze siècles; elles ont professé les maximes, avancé les travaux auxquels l'homnie a dâ , de tout temps , le développement de sa nature et l'amélioration de son sort; elles ont fait ce qui a fait tour à tour

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le mérite et la gloire dti clergé , de la noblesse et des l'ois.

Je ne pense pas qu'on s'obstine longtemps à les con* damner absolument parce qu*elles sont chargées d'erreurs, de malheurs et de erimes : il faut en ceci tout aecorder à leurs adversaires, les surpasser même en sévérité , ne regardera leurs aeousations que pour y ajouter, s'ils en oublient, et puis les somiiier detiressèr à leur tour le compte des erreur», des crimes et des maux de ceé temps et de ces pouvoirs quik coït pris sous leur garde. Je doute qu'ils accqslent le marché.

Veuton savoir pcir où les deux révoluttoBs se distinguent de toute «mtre époque, ce qui fait que , tout en continuant l'œuvre commune des siècles, elles ont mérité leur nom et changé en effet la face du inonde? Le voici.

Des puissances diverses ont successivement dominé dans la société européenne et marché tour à tour à la tète dé la civilisation. Après la chute de refupire romain et l'invasion des barbares, au, milieu de la dissolution de tous les liens, de la ruine de tous lés pouvoirs, la domination échut partout à la force brutale et hardie ; l'aristocratie conquérante prit possession de toutes choses, personnes et terres, peuple et pays. En vàiu quelques grands hommes , Charlemngne en France , AMred en Angleterre , essayèrent de soumettre ce «littOft à l'unité du régime monarchique. Toute. unité était impossible. LA hiérarchie féodale fut la seule forme que vouWt accepter là sodété. Elle envahit tout, l'Église comme l'État; les évéques, les abbés , devinrent des barons ; le roi fut le premier seigneur: Quelque gï'o^sière et chancelante que Mi cette organisation , l'Europe lui a dû

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ses premiers pas hors de la barbaiûe. C'est entre les propriétaires des ficfs, par leurs relations, leurs lois, ieure usages , leurs sentiments , leurs idées^, que la cîvtiîsatioH européenne a commencé.

Ils pesaient borriblemeni sur les peuples. Le clei^ seul essayait de réelamert en Taveur de tous, un peu déraison, de justice, d*bumanité. Quiconque ne tenait pas une place dans la hiérarchie féodale n*avaii que les églises pour usUe et les prêtres pour {H\>tecteur8. Bien însuilisanle • cette protection était immense pourtant, car elle était seule. Les prêtres d'ailleurs offraient seuls quelque alimait à la nature morale de rbomme, à ee besoin de penser, desavoir, d'espérer et de croire, besoin invincible qui sumionte. tous les obstacles et survit à tous les mallieurs. L'Église acquit bientôt dans TEurope entière un pouvoir prodigieux. I^a royauté naissante lui prêta une nouvelle force en empruntant son appui. La prépondérance passa des mains de Taristocratie conquérante aux main6 du dergé.

Avec Talliance de l'Église et par sa propre vertu , la royauté grandit et s'éleva au-dessus de ses rivaux , naais à peine le clergé l'eut secourue qu'il voohit l'asservir. Dans ce nouveau péril, la royauté appela à son aide, quelquefois les barons devenus moins redoutables, plus souvent les bourgeois, le peuple, déjà assez forts pour bien servir, pas assez pour exiger de leurs services un hai^t prix. Par eux la royauté triompha dans sa seconde lutte , et devint à sou tour le pouvoir dominant, investi de la confiance des nations.

Telle est l'histoire de l'ancienne Europe : l'aristocratie féodale, le clergé, la royauté, l'ont tour à tour possédée ,

l»RÉFA€K. IX

ont sucoe$siv^»)Si6oi présidé à sa destioée et 9 ses progrès. C'est à leur eoexistenee et à leur Itiite qu'elle a dû )ong* temps tout ce qu'elle a conquis de liberté , de prospérité , de lumières , en un mot , le déveIo{q)emeiit de sa civilU sation.

Au xvn* siède. en Angleterre, au xvm* .en France, toute lutte entre ces troiS' pouvoirs a^t cessé ; lis vivaient en* semble dans une molle paix. O41 peut même dire qu'ils avaient perdu leur caractère historique et jusqu'au souvenir des travaux qui avaient fait jadis leur forée et leur éclat. L'aristocratie ne défendait plus les libertés publiques , pas même les si^nes^ propres ; la royauté ne travaillait plus à Tabolition du privilège aristocratique ; il semblait même qu'Ole devint favorable aux possesseurs de ce privilège, en retour de leur servilité : le dergé , pouvoir spirituel , avait peur de l'esprit humain, et ne sachant plus le con** duire, le sommait avec meiiaçe de s'arrêter. Cependant la civilisation suivait son cours,, chaque jour plus générale et plus active. Abandonné de ses anciens chefs , surpris de leur apathie, de leur humeur, et ée voir qu'on faisait moins pour lui à mesure que croissaient ses forces et ses désirs, le public en vint à penser qu'il lui appnrte^iait de faire ses affaires lu^^méme, et se chargeant seul do tous les rôles dont personne ne s'acquittait fins , il réclama à la fois la liberté contre la couronne, l'égalité contre l'aristo* cratie, les droits de l'intelligenec humaine contre le clergé. Alors éelatèreat les révolutions.

Elles firent, au profit d'une puissance nouvolie, ce qu'avait déjà vu plusieurs fois l'Ëiirope ; elles donnèrent à la société les chefs qui voulaient et pouvaienl 1» diriger

dmis ses progi^. A ce titre seul, l'aristoeralie , rÉgliàe , la royauté avaient totir à tour possédé hi prépcMidérance. Le public s'en empara en vertu du même droit, par les mêmes moyens, au nom des menées nécessités.

Telle est Tœuvre véritable , le caraetère dominant de la révolution d* Angleterre comme de la n^ra. Après les avoir eonsidéréôs- comme absolumeotsembiabies, <m a prétendu que les^ apparences seules teurétaient-eommuiies. La première , a-t-on dit , a été politique plutôt qoe so* ciale ; la seconde a Voulu changer tout ensemble la société et le gouvernement. L*une a i^chemhé la liberté , Tautre l'égalité; l'une, religieuse encore plus que politique , n'a fait que substituer un dogme à un dogme, une Église à une Église ; l'autre , philosophique Surfout , a réclamé la pfeîne indépendance de ta raison. Comparaison ingénieuse et qui n'est pas sans vérité., mais presque aâssi superficielle, aussi légère que l'Opinion qti'elle prétend réformer. De mômeque, sous la ressemblance extés'iéure des deux révo^ lutions, de grandes différences se laissent entrevoir* de même , sous leurs différences se cachfe une ressemblance encore plus profonde. La révolution d^ Angleterre, il est vrai, par les mêmes causes qui la firent éclater plus d'un Siècle avant la nôtre, garda, de Tancien état social, une plus forte empreinte : là des institutions libres , nées du sein de la barbarie, avaient survécu môme au despotisme qu'elles n'avaient pu prévenir ; l'aristocratie féodale, une portion du moins, avait uni sa cause à celte du peuple; la royauté, même aux jours de sa prépondérance, n'avait jamais été pleinentent ni paisiblement abaS9lue ; l'Église nav tionale avait commencé elle-inêmo la %rorme religieuse et

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