‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 5)Chapitre 6 sur 113 · PRÉFACE. XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XI

provoqué les hardiesses de res|#rft humain. Partout , dans les lois, lès croyances, les moeurs, la révohitioîi trouvait SOT) (Buvre à moîtié^acoomplie ; et de ce régime qu'elle vou-^ , lait changer hii venaient en même tdmps des secours et des obstacles, d'utiles alliés et des adversaires encore puissants. Aussi <^il-eHe un bizarre mélange dés éléments en apparence \e& plus ràntrairès , à la fois arîstocratiquè et popu*laire, religieuse et philosophique ^ invoquant tour à tour des lois et des théories, proclamant tantôt un nouveau joug pour les consciences, tantôt leur pleine liberté, quelquefois étroitement retâiue dans les lieiis des faits , quelquefois livrée aux plus audacieuses tentatives , placée enfin entre Vancien et le nouvel état social plutôt comme un pont pour passer de Tun à Tautre que comme un abîme pour les séparer.

La plus terrible unité, au contraire , a régné dans la révolution française ; ^esprit nouveau y a dominé seul ; Tancîen régime, loin de prendre dans le mouvement sa place et sa part , n'a songé qu'à s'en défendre, et s'est à peine défendu un moment ; il était sans force comme sans vertu. Au jour de l'explosion, un seul fait restait réel et puissant, la civilisation générale du pays : dans ce grand, mais uni* que résultat, étaient venus se perdre les vieilles institutions, les vieilles mœurs, les croyances, les souvenirs, la vie nationale tout entière. Tant de siècles actifs iet glorieux n'avaient rien produit que la France. Dé là l'inmiensité des résultats de la révolution , et aussi de ses égarements ; elle a possédé le pou voir absolu. ,

Certes la différence est grande et mérite qu'on en tienne compte ; elle frappe surtout quand on considère les deux

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révolutions m ellefi-mômes, comme des événements isolés, en les détachant de Tbistoire générale, et pour démêler, si je puis ainsi parler, leur physionomie propre , leur caractère individuel. Hais qu'elles reprennent leur place dam le cours des siècles, qu'on examine ce qu'elles ù^t fait pour le développement de la civilisation européenne, <mi verra la ressemblance reparalke et s'élever au-dessus de toutes les diversités. Suscitées par les mêmes causes, par la déca* daice de l'aristocratie féodale, de l'Église et da la royauté, elles ont travaillé à la même œuvre, à la. domination du public dans les affaires publiques ; elles ont lutté pour la liberté contre le pouvoir absolu , pour l'égalité contre le privilège , pour les intérêts progressifs et généraux contre les intérêts stationnaires et individuels. Leurs situations ont été diverses, leurs forces inégales : ce que l'une a conçu clairement, l'autre n'a fait que l'entrevoir ; dans la carrière que l'une a parcourue, Tautrc s'est bientôt arrêtée ; sur le même champ de bataille» l'une a trouvé la victoire, l'autre des revers; l'une a péché par le cynisme, J'autre par l'hypocrisie; celle-ci a été plus sage, celle-là plus puis3ante. Mais les moyens et les succès ont varié Jeuls ; la tendance était la même comme l'origine ; les désirs , les efforts , les progrès se sont dirigés vers le même but ; ce que l'une a tenté ou accompli, l'autre l'a accompli ou tenté. Quoique coupable de persécutions religieuses, la révolution d'An* gleterre a vu s'élevar dans ses rangs Ja bannière de la li* berté de conscience ; malgré ses alliances aristocratiques, elle a fondé la prépondérance des communes ; plus occupée de Tordre civU, cHe a cependant réclamé une législation plus simple^ la réforme parlementaire, l'abolition des

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substitutions» du droit d*àf nesse ; et , bien que déçue dans des espérances prématurées , elle a fiiit faire à la société anglaise un pas immense hors de la monstrueuse inégalité du régime féoda). Telle est enfin l'analogie des deux révo*^ luttons, que la première n'eût jamais été bien comprise si la seconde n'eût éclaté.

De nos jours, en effet , l'histoire de la révolution d'Anglelerre a changé de face : Hume {*) était en possession de former sur son compte l'opinion de l'Europe ; et malgré l'appui de Mirabeau , les déclamations de mistriss M acau» lay (2) n'avaient pu ébranler son autorité. Tout à coup les esprits ont retrouvé leur indépendance ; une foule d'ouvrages ont attesté, non seulanent que cette époque redevenait l'objet d'une vive sympâthiesmaisque les récits et tes jugements de Hume avaientcessédesatisfaire l'imagination et la raison du public. Un grand orateur, M. Fox f ), desécrivams distingués, MM. Malcolm Laing (^}, Hac-Diarmid (^),

(>) Le premier volume de VHisloire des Siuart de Hume parut en Angleterre «n 1754, et lé second en 1756.

(^ L*oiiyrage de mi»triss Macaulay devait être une Histoire d'Anglelerre depuis l avènement de Jacques 1*' jusqu'à l'élévation de la maison de Hanovre; mais il s'arrête à la chute de Jacques II. Il a été publié en Angleterre de 1763 à 17S3. U n'a paru en France que deux Yolumea de la traduction, publiés en 1791, sous le nom de Mirabeau.

^^) Hisioire des deux derniers rois de la maison de Stuart, Londres, 1804, in-4. La traduelion française publiée à Paris, 1809, 2 vol. in-8, eu très incomplète.

{*) Hislory of Scotland fro^ the union of the crowns to the union oflhe kingdoms» 4 vol. iu-8. ÎA jiremière édition est de 1800*

(^) Ltc7eso/'0n(iaAs(a(6$meA. 2 vol. in-8, deuuènye édition. Londres , 1820. Le second volume contient les vies de Strafford et de Clarcndon.

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Bi*odi6 (<}> Liipgaid ('), GodwiB (^), etc., se fient empressés de fépondre à cette cariosiié nouvrile. Né en France « ce BQOuvement ne pouvait manquer de s*y taire sentir: Y Hi^oire de Crmovetl par M. Villemaifi, V Histoire de la révolution de 1688 par M- Maiure, prouvent évidemment que, chez nous aussi, ilume ne suffit plus à personne ; et j*ai pu mo>méine publier la volumineufie collection des Mémoires originaux de cette époque sans lasser ratientioH ni épuiser la curiosité des lecteurs (^).

Il me siérait peu d'entrer ici dans un examen détaillé de ces ouvrages ; mais je ne crains pas d'affirmer, que sans la révolution française, sans les vives lumières qu'elle a répandues sur la luUe des Stuart et du peuple anglais, ils ne posséderaient point les^ mérites nouveaux qui les distin* guent. ie n'en veux pour preuve que la différence qui se fait remarquer entre ceux que la Grande-Bretagne a produits et ceux qu'à vas naître la France. Quelque patriotique intérêt qu'inspire, aux auteurs des premiers, la révolution de 16^0, même quand ils se rangent sous la bannière de quelqu'un des partis qu eHe a enfantés , la critique histo^ rique domine dans leur travail ; ils s'appliquent surtout à rechercher exactement les faits, à comparer et débattre les témoignages; ce qu'ils racontent est pour eux une an-

(*) Hislory of the British empire from the accesskm of Charles I to the restoraHon of Charles It. 4 vol iii-8. Edimbovir^, 4822.

(2) Uistory ofEngland. Les tomes IX et X (Londres, in-S, i825) contiennent les règnes de Jacqoes I*' et de Charles f*'':

(3) History of ^ comnumweakh of England. Londres, 1. 1, 1824. Les trois autres ydlumes ont ^ru depuis.

(*) Cette collection , oomplétenient lerratnée » forme 25 voK in-^. Paris ) chez Didier.

ciMfuielûstQîmqu'ibaftfciit Ih«i> noo u» drame auquel ils aasiâteni ; un siècle fé9êé, éi}h lùiatairi , qu'ils melteui. du prîK à bieo cooiiftUre, mai» au mu duquel iU ne yi\eint point. M. Brodiê partage iÇonUe Charles I*^ et le§ cavaliers^ toutes Jm pr^eittioit$vl^«Aes les luéfiaiices « Umtm fes <ïo<- 1ères des jdusiimecspmitaiiis, ut ai^cnuedes fautes, aucun des tofU de ce$ derniers ne frappe iss regiu^ds. Il semble que tant de passion doive produire un i^écittrès anin^é» où le parti qui excite dans Tiffîe de l*^4vai^ uœt^le symrpathto sera peint avec vérité et cbjaleur. Il n'en est rien : malgré rardeur de ses préoccupations, M. Brodie étudie et ne voit point, discuUt et ne;peint pqint ; il iidmir^ le parti populaire sans le mettre en scène , et son ouvrage est une savatite et util^ dissertation , non une hial^re morale et vivania* M. Lingaini ne partage au<^une des, opinions, au^ cune defr affections de M.. Brodie; il demçure impartial entre le roi^t le parlement ; il ne plaide aucune cause, et ne s'attache point à réfuter les, erreurs de ses devanciers ; il se vante m^nie de n'avoir pas ouvert l'ouvrage de Hume depuis qu'il a eiitrepria le sien» Il a écrit y dit-il^. à l'aide des seuls monumisnts originau)^ , toujours en présence des temps qu'il voulait raconter, et jtvec une £erme résolution d'écarter toute vue systématiqiue. A la s^ite d§ cette impar* tialité la vie est^elle rentrée dans Tbistoire? Nullement *. l'impartialité de M.^ Liogard n'cast ici que de Tindiffir^nce ; prêtre catholique, peu lui insiporte que^ tes anglicans ou Ijos presbyliérien« triomphctnt. Or l'iQdifféreiy^ ne lui. a pas mieux réussi que la passion à M. Brodie pour pénétrer au delà de ia forme .^térieurcv et pour ainsi dire matérielle des événements ; et le principal mérite <le son travail e$t

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encore d'â¥oir âoigneusement eiaminé , assez eoippléte^ ment recueilli et btoi disposé les faits. H* MâlccamLaihg a démêlé avec plus de sagacité le caractèi^ politique de la rérolutîon ; il montre fort bien que , sans se rendre nettement compte de son bot, eiie a^Hmhi , dès fwigine , déplacer le pouvoir, le faire descendre dans ta diambre des communes, substituer ainsi le gouvernement parlementaire an gouvernement royal, et qu'elle n'a pu se réposer que dans ce résultat. Mais le cûlé m(n*aLde l'époque, l'enthousiasme i^igieux, les passions populaires,, les intrigues de parti , les rivalités personnelles, toutes ces scènes où se déploie la nature humaine ^dRranchtc des haUtudeset des lois, ne se retrouvent point dans son livre: c'est le rapport dHm jtt^ clairvoyant, mais qui ne connaît que rinstruêtion écrite, et n'a fait compârattre en personne devant lui ni les acteurs ni les témoins. Je pourrais passer en revue tous les ouvrages dont TAngieterre s'est récemment enrichie à ce sujet. lis m'offriraient tous le itoéme caractère , un retour marqué d'intérêt pour cette grande crise de la vie nationale, une étude plus attmitive des faits qui s'y rapportent, un sentiment plus Vif de ses mérites , une plu^ juste appréciation de ses causes, de ses conséquences ; mais ce n'est encore que de la méditation et de la science , un travail d'érudit ou de philosophe : j'y chercherais en vain cette sympathie naturelle de récrî vain pour son sujet, qui porte dans rhistoire la lumière et la vie ; et si Hampden ou Ciarendon venaient à renattre, j'ai peine à croire qu'ils y recoimussent leur temps.

J'ouvre V Histoire de CromweU par M. Villemain , et je me sens en présence d-un autre q^acle. Elle est moins

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oomplète , niain$ aftvunte , moins exacte qtie pitisicavs de celles 4^ii je viens de parler ; mais patloul se i^èie une projQpte el vive intelltgenea dès opinions > des pussions , des vicissitudes révolutionnaires , des dis|)08itlons pubtiques, des caractères individuels, de la uatufe indomptable et des^fonnes si (Jugeantes ;des partis. La raison de Fliistoi*îe» sait comprendre toutes les situations , toutes les idées ; son imagination s*émept de toute» les inipresrîons réelles et sincères ; son impartialité, un peu trop sceptique pout-çtre, est cependant' plus animée que iia Ta été souvent la passipn méine de^ avocats exclustts d*uue cause ; et quoique la révolution n'apparaisse dans son livre que resserrée dans le catke trop étroit d'une biographie , elle y est plus claire» plus, vivante que ptu'tout ailleurs.

C'est que» sans parler des avantages du talent, M. Villemain a eu ceux de la situation : il a regardé et jugé. la révolution d^Ân^lefeerrc du sein de la révolution française; il a trouvé, .dans les éyénemâiits et les hommes qui se sont déptoyés sous ses yeux ^ la dejt de ceux qu'il a^ait à pein^ dre ; il a puisé la via dans» son propre temps , et }'a*portée dans le temj)3 qu'il voulait ressusciter.

Je n'ai garde de pousser plus ioin^ ces observations ; je ne les «li hasardée que pourr^ù'e mieux^ sentir combien est profonde l'ansyogie des deux ^ioques< et aussi pour expliquereomment un Frsmç&is peut croire que l'hisloire de la révolution anglaise n'a pas été écrite d'une façon pleine* meiàt satisfaisante,, et qu'il lui est permis delà tenter. J'ai étudié avec soin presque tous les ouv4'ages anciens et modernes dont elle a été l'obj^; je n'ai point redouté que cette lectui'e altérât Ui sincérité de mes impressions eu

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