LIVRE DEUXIÈME
ter avec biei^veillance ses représentations. De longues discussions s'élevèrent à ce sujet, mais sans violence , quoique les séances fussent suivies avec une ardente as3iduité et se prolongeassent beaucoup plus tard que de coutume (*). Quelques paroles amères y échappées à des membres peu connus j furent aussitôt réprimées y et les discours de plusieurs serviteurs de la couronne, d'ailleurs estimés^ obtinrent un favorable accueil (*). Mais la chambre se montra fermement résolue à faire passer les griefs avant les subsides. En vain on lui dit que la guerre pressait ; elle se souciait peu de la guerre , quoique sans l'avouer hautement , par ^ard pour le roi. Charles recourut à l'intervention de la chambre des pairs. Us votèrent qu'à leur avis les subsides devaient précéder les griefs, et demandèrent une conférence aux communes pour les exhorter à procéder ainsi f ) . Les communes acceptèrent la conférence, mais votèrent à leur tour, en rentrant dans leur chambre, cpie la délibération des pairs portait atteinte à leurs privilèges, car ils n'avaient nul droit de s'occuper
(1) Clarendon , ^«s«. oftherehell.yi. I, p. 227, 233.
(2) /6fd., p. 229, 234, 236.
(3) Pari. Hist., t. H, col. 560. — Clarendon, Hist.oftherebelLy t. I, p. 230 ctsiiiv.
des subside» avant qu'elles les eussent réglés {*). Les hommes de parti ^ Pyn^? Hampden^ Saint- John y s'emparèrent de cet incident pour échauffer la chambre y dont les intentions étaient plus modérées que ne le comportaient ses principes et sa situation. Elle s'agitait avec impatience^ contenant sa force , mais décidée à maintenir son droit. Le temps s'écoulait ; le roi se laissait dire que ce parlement serait aussi intraitable que ses prédécesseurs. Déjà irrité, il envoya à.la chambre un message portant que, si Ton voulait lui accorder douze subsides, payables en trois ans, il s'engagerait à ne percevoir désormais la taxe des vaisseaux que de l'aveu du parlement (®). La somme parut énorme ; c'était plus , disait-on , que tout l'argent du royaume. D'ailleurs il ne suffisait pas que le roi renonçât à la taxe des vaisseaux ; il fallait qu'en principe , pour le passé comme pour l'avenir, son illégitimité fût déclarée. Cependant la chambre ne voulait pas rompre avec le roi ; on lui démontra que la valeur de douze subsides ne s'élevait pas, à beaucoup près, aussi haut qu'on l'avait dit d'abord ;
(<) Pari. Hist., col. 563. - Clarcndon, Hist. of the reb^ll, U I, p. 231.
(2) Le 4 mai 1640. Par^ Bist.y U II, col. 570-571. — Clarendon, Hist. ofthe rebell., 1. 1, p. 232 et suiv.
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et malgré sa répugnance à suspendre l'examen des griefs ^ pour prouver sa loyauté ^ elle prit le message en considération» On ^tait sur le point de décider qu'on accorderait des subsides sans en fixer le montant, lorsque le secrétaire d'État, sir Henri Vane, se leva et dit qu'à moins d'admettre le message tout entier, ce n'était pas la peine de délibérer^ car le roi n'accepterait que ce qu'il avait demandé. Le procureur général Herbert confirma l'assertion de Yane (*)• La surprise et la colère saisirent la chambre; les plus modérés furent frappés de consternation. Il était tard; on remit le débat au lendemain. Mais ce jour-là, au moment où les communes venaient de s'assembler, le roi les fit mander à la chambre haute , et trois semaines après sa convocation , le parlement fut dissous (^).
Une heure après la dissolution, Edouard Hyde (^), depuis lord Glarendon, rencontra Saint-John, ami de Hampden et l'un des meneurs de l'exposition déjà farmée en parti. Hyde était triste; Saint-John au contraire , d'un visage naturellement sombre et qu'on ne voyait jamais sourire , avait l'air joyeux
(*) Glarendon , Hist, of the rehelL, t. I, p. 238. ♦
(^ Le 5 mai 1640.
(") Né le 16 février 1608, à Dinton dans le Wiïtshire.
m RÉVOLUTION D'ANGLETERRE.
et les yeux animés : « Qu'est-ce qui vous trouble?» dit-il à Hyde. — « Ce qui trouble , lui répondit » Hyde^ beaucoup d'honnêtes gens : la dissolution » si imprudente d'un parlement si sage et qui , » dans la confusion où nous sommes , eût pu seul » nous porter remède. — Bon ! l'eprit Saint- John, » avant que les choses aillent mieux , il £aut » qu'elles aillent encore plus mal ; ce parlement » n'eût jamais fait ce qu'il faut faire (*). »
Le même jour, dans la soirée, Charles était plein de regrets. On lui avait, dit-il, faussement représenté les dispositions de la chambre ; jamais Vane n'avait reçu de lui l'autorisation de déclarer qu'à moins de douze subsides il n'accepterait rien. Le lendemain encore il s'inquiéta, réunit quelques hommes sages , et leur demanda si la dissolution ne pourrait pas être révoquée. Cette mesure fut jugée impossible; et Charles retourna au despotisme, un peu plus troublé, mais aussi léger, aussi hautain qu'avant Tépreuve qu'il venait de tenter pour en sortir (*).
L'urgence de la situation parut un moment rendre à ses ministres quelque assurance , à ses mesures quelque succès. Strafford était revenu
(1) Glarendon, Hist. oftherehell., t. I, p. 240.
(2) Ibid., p. 241.