LIVRE TUOISIÈMK
» ne puis , lui répondit le roi ^ me passer ici de vos » conseils ; aussi vrai que je suis roi d'Angleterre, » vous ne courez aucun danger ; ils ne toucheront » pas un cheveu de votre tête (*). » Strafford balançait encore; mais, sur une seconde invitation , bravant Forage puisqu'il fallait le subir, il partit , résolu daccuser lui-même, devant la chambre haute ^ et sur des preuves récemment recueillies , les principaux chefe des communes , pour avoir provoqué et soutenu l'invasion des Écossais. Informés du coup qu'il leur voulait porter, Pym et ses amis frappèrent les preiniers. Le 9 novembre, Strafford arriva à Londres ; le 10, la fatigue et la lièvre le retinrent dans son lit; le 11, la chambre des communes fit fermer ses portes, et sur la mo* tion de Pym , l'accusa soudain de haute trahison. Lord Falkland seul, bien qu'ennemi de Strafford, dit qu'un délai et quelque examen lui semblaient exigés par la justice et la dignité de la chambre. « Le moindre retard peut tout perdre , répondit » Pym ; si le comte s'entretient une seule fois avec » le roi , le parlement sera dissous ; d'ailleurs la » chambre ne fait qu'accuser et ne jugera point. »
(1) Whitelocke , p. 36. On serait tenté de croire que M. Lingard {Hist. ofEngland, t.X, p. 107) n'a pas connu ce passage, car il dit que les amis seuls de Strafford lui conseillèrent de ne pas se rendre à Londres , mais que pour lui il n'hésita pas un moment*
I«6 UÉVOLUTfOU D'ANGLETERRE.
Et il sortit aussitôt, suivi d'un comité, pour aller porter Vaccusâtion à là chambre des lords (^).
Stra^rd était en ce moment chee le roi* Au premier avis, il se rend en toute hâte à la chambre haute ) où Pym l'avait devancé* Il trouve, la portd fermée, frappe rudement^ et tançant avec colère l'huissier qui hésitait à lui ouvrir, il traversait ia salle pour aller prendre sa place, lorsque plu-*sieurs voix lui crièrent de se retirer* Le comte s'arrêta ) regarda autour tle lui, et obéit, après quelques secondes d'hésitation. Rappelé une heure après, on lui enjoignit de se mettre à genoux^ à la barre; là il apprit que la chambre avait admis l'accusation des communes, et décidé, sur leur demande^ qu'il serait détenu à la Tour. Il voulut parler, mais la chambre refusa de Tentendre ^ et Tordre d'emprisonnement fut àussitèt exécuté (^).
A Taccusation de Strafltord succéda presque immédiatement celle de Laiid^ moins r^ciuté, mais encore plus odieux. Fanatique aussi sincère que dnr^ sa conscience ne lui reprochait rien^ et il s^étonna de la poursuite : « Nul meânbre des » communes ^ dit-il, ne pouvait , au fond du cœur, » le croire coupable de trahison. » Le comte
(>) Stàte-TtHas, t. m^ wl. 1383, datas ta llole. (2; Ibid.f ce4. 13S4, tAans la »o(«.
LlVag TROI8IËME. (1640*1643.) 167
dEsseï^ releva rudement ces paroles ^ comme ou* trageafttes pour les communes qui l'accusaient. Laud s'excusa avec surprise^ et demanda à être traité selon les anciens usages du parlement. Lord Say s'indigna qu'il prétendit leur prescrire eom^^ ment ils devaient procéder. L'archevêque troublé se tut y incapable de comprendre une autre passion que la sienne ^ et dé se souvenir qu'il eût jamais parlé de la sorte à ses ennemis (*).
Deux autres ministres , lord Finch y garde du sceau y et le secrétaire d'État Windebank^ n'avaient pas eu moins de part à la tyrannie; mais l'un, courtisan rusé^ avait pressenti ce qui se préparait, et depuis trois mois s'était appliqué j aux dépens de son maître , à gagner l'indulgence des chefs du parti; l'autre, homme feible et d'un esprit mé* diocre, n'inspirait ni haine ni crainte. La chambre des communes les accusa pourtant , mais sans colère, et comme pour satisfaire au cri public. Windebank prit la fuite. Lord Finch obtint la permission de paraître devant la chambre, et y débita, humblement et avec grâce, une plate apologie ('). Le parti lui en sut gré, comme du premier hommage rendu par un ministre à son pou-
(1) Le 18 décembre 1640. &aC8-J)rials, t. IV, col. 3i9.
(2) Le 21 décembre 1640.
168 nÉVOLUTION D'AKCLETERRli.
voir. On lui laissa le temps de passer la mer. Plusieurs membres s'étonnèrent d'une justice si inégale; mais Pym et Hampden, meneurs habiles^ ne voulaient pas décourager la bassesse (*). Quelques accusations contre deux évoques y des théologiens et six jugesy furent encore intentées. Celle de Strafford seul fut poursuivie avec ardeur. Un comité secret ^ investi de pouvoirs immenses y eut mission de scruter toute sa vie, et de rechercher dans ses paroles comme dans ses actes, môme dans les avis qu'il avait pu donner , que le roi les eût ou non adq)tés, les preuves de la haute tra« hisoii (^). Un comité semblable, formé en Irlande, servit d'auxiliaire à celui des communes. Les Écossais s'y joignirent par une déclaration virulente , laissant entrevoir que leur armée ne sortirait pas du royaume tant que justice ne serait pas faite de leur plus cruel ennemi. Au gré de la haine et des terreurs populaires, ce n'était pas trop de trois peuples ligués de la sorte contre un homme en prison f).
0) Pari. Ilist., t. II, col. 686. — Clarendon, Hist. oftherehell , t. n, p. 15, 17. —May, Hist. du Long-Pari,, 1. 1, p. 167-172, dans nia CoUection. — Whitelocke , p. 38.
(2) Clarendon, Hist. oftherehell., t. II, p. 42.
(3) Ihid.t p. 80. Le procès de Strafford forme le 8* volume de la Çollectbn de Rushworth ; j'y renvoie une fols pour toutes.
LIVBE TROISIÈME. (1640-16Zi2.) 169
Ainsi délivrée de ses adversaires, et préparant, contre le seul qu'elle redoutât, une éclatante vengeance, la chambre prit possession du gouvernement. Elle vota des subsides, mais faibles, et seulement pour fournir aux nécessités de chaque jour(^). Des commissaires pris dans son sein, et nommés par le bill même, en eurent seuls l'admi* nistration et l'emploi. Les droits de douane ne furent également votés que pour deux mois; on les renouvelait successivement (*). Il Mlait, pour suffire aux dépenses , des revenus plus considérables et plus prompts. La chambre emprunta, mais en son nom , à ses partisans dans la cité, même à ses membres , et sur la seule foi de ses promesses : ainsi naquit le crédit public (^). Le roi pressait le licenciement des deux armées, surtout des Écossais , se prévalant avec avantage du fardeau que leur séjour imposait aux comtés du nord ; mais la chambre avait besoin d'eux (*), et se sentait en état de faire accepter cette charge au peuple : « Les Philistins , dit M. Strode , sont » encore trop forts pour nous; nous ne pouvons
(1) PaH, Hist.yl. U, col. 701.
p) Clarendon, Hist. of the rébelLy t. H, p. 69.
(3) /Wd., p. 66.
(4) Baillie, tetters, 1. 1, p. 240.
i70 RËVOLUTIOIS D'AISGLG'rERRB.
» nous passer de nos alliés. » On éluda les instances du roi ; on témoigna môme y dans la répartition des fonds alloués pour la solde ^ plus de feveur aux Écossais qu'aux troupes anglaises , dont les officiers n'inspiraient pas tous au parlement la même confiance (^). Quelques uns en prirent de l'humeur; la chambre ne s'en in* quiéta point. Elle fit plus; elle décréta que les Écossais avaient prêté' aux An^is une assistance fraternelle y que désormais on leur donne^ rait le nom de frères^ et vota en leur £aveUr> à titre d'indemnité et de récompense , une somme de 300^000 livres sterling. Les négocia^ tions pour la paix définitive avec l'Ecosse étaient conduites par un comité du parlement bien plus que par le conseil dû roi. Les mefieurs des deux chambres , surtout des communes y dînaient tous les jours ensemble ^ et à frais communs ^ chêE M. Pym ; là venaient se réunir à eux les commissaires écossais y les auteurs des principales pétitions, les hommes importants de la cité; là se traitaient toutes les affaires des chambres et de FÉtat (*). Telle était vers le parlement l'affluence de tous les pouvoirs que les conseillers de la cou-
{^) Whitelocke, p. 44.
(2) Clarendon, Mémoires, etc., 1. 1, p. 119, ^êm» ma CoUeclwn,