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avait bien étudié les charges j et ne doutait pas qu'il ne réussit à se laver du crime de haute trahison. L'accusation des Irlandais 1-avait seule étonné un moment : il ne pouvait comprendre qu un royaume^ jusque-là si soumis^ si empressé même à le flatter et le servir, eût ainsi changé tout à coup.
Dès le second jour, un incident lui fit voir qu'il avait mal jugé de sa situation, et quelles seraient les difficultés de sa défense : « J'espère, dit-il, que » je repousserai sans peine les imputations de mes » malicieux ennemis. » A ces mots Pym, qui dirigeait la poursuite , se récria avec emportement : «C'était, dit-il, aux communes que s'adressait » cette injure, et il y avait crime à les taxer ainsi » de malicieuse inimitié. » Strafford troublé tomba à genoux, s'excusa, et dès ce moment, parfaitement calme et maître de lui^méma, il ne laissa échapper aucun signe de colère ou seulement d'impatience , aucune parole qu'on pût tourner contre lui (*).
Pendaiît dix-sept jours , il discuta seul , contre treize accusateurs qui se relevaient totir à tour, les faits qui lui étaient imputés. Un grand noinbîe
(») State-Trials, t. III, col. 1420.
furent prouvés invinciblement^ pleins d'iniquité et de tyrannie. Mais d'autres ^ follement exagérés ou aveuglément accueillis par la haine y furent faciles à repousser^ et aucun ne rentrait, à vrai dire, dans la définition légale de la haute trahison. Strafford mit tous ses soins à les dépouiller de ce caractère, parlant noblement de ses imperfections^ de ses faiblesses," opposant à la violence de ses adversaires une dignité modeste , faisant ressortir, sans injure, l'illégalité passionnée de leurs procédés. D^odieuses entraves gênaient sa défense ; ses conseils , obtenus à grand* peine et malgré les communes, n'étaient point admis à parler sur les faits ni à interroger les témoins ; la permission de citer des témoins à décharge ne lui avait été accordée que trois jours avant l'ouverture des débats, et la plupart étaient en Irlande. Dans chaque occasion, il réclamait son droit, remerciait ses juges s'ils consentaient à le reconnaître, ne se plaignait point de leurs refus, et répondait simplement à ses ennemis qui se courrouçaient des lenteurs suscitées par son habile résistance : « Il m'appartient, » je crois , de défendre ma vie , aussi bien qu'à » tout autre de l'attaquer. »
Tant d'énergie embarrassait et humiliait les accusateurs. Deux fois les communes sommèrent
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les lords de mener plus vite un procès qui leur faisait perdre, disaient-elles , un temps précieux pour le pays (*). Les lords refusèrent; le succès de Taccusé leur rendait quelque énergie. Le débat des feits terminé , avant que les conseils de Strafford eussent ouvert la bouche et qu'il eût luimême résumé sa défense, le comité d'accusation se sentit vaincu, du moins quant à la preuve de la haute trahison. L'agitation des communes devint extrême ; à la faveur du texte de là loi et de son fatal génie, un grand coupable allait donc échapper, et la réforme, à peine commencée, retrouverait son plus dangereux ennemi. Un coup d'État fut résolu. Sir Arthur Haslerig, homme dur et grossièrement passionné, proposa de déclarer Strafford coupable et de le condamner par acte du parlement (^). Ce procédé , qui affranchissait les juges de toute loi, n'était pas sans exemple, quoique toujours dans des temps de tyrannie et toujours qualifié bientôt après d'iniquité. Quelques notes trouvées dans les papiers du secrétaire d'État Vane et livrées à Pym par son fils (^), furent
(») Les 25 mars et 9 avril 1641. ParL Hist.y t. U, col. 743.
(2) Le 10 avril 1641.
(3) îl s*appelait Henri Vane comme son père, et était né en 1612 ; c'est de lai qu'il sera toujours question dans la suite comme Tun des chefs du parti indépendant.
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produites comme supplémait de preuve suttsant pour démontrer la haute trahison. Elles imputaient à Strafford d'avoir donné au roi^ en plein conseîl; Tavis d'employer Tarmée d'Irlande ^ dompter l'Angleterre. Les paroles qu'elles lui attribuaient^ bien que démenties par le témoignage de plusieurs conseillers^ et susceptibles d'un sens
moins odieux ^ étaient trop conformes à sa con^ duite^ et aux maximes qu'il avait souvent profes-^ sée^ j pour ne pas produire une vive impression sur Içs esprits. Le bill obtint sur-le-champ une première lecture. Les uns crurent sacrifier la lor à la justice 9 d'autres la j ustice à la nécessité.
En môme temps le procès continuait^ cai on ne voulait perdre, contre l'accusé, aucune chance^ ni que le péril du coup d'Ëtail affranchit de celui du jugement légal. Avant que ses conseils prissent la parole pour traiter la question de droît^ Strafford résuma sa délénse (^); il parla longtemps et avec uoo merveilleuse éloquence ^ toujours appliqué à prouver que y par aucune loi ^ aucun de ses actes n-était qualifié de haute trahison. La conviction grandissait de moment en moment dans l'âme de ses juges , et il en suivait habilement les progrès,
(<) Le 13 avril*! 641.