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Moyle, remarquables parleur corpulence, se levèrent brusquement pour l'écouter; le plancher craqua : « La chambre saute ! » s'écrièrent plusieurs membres en s'élançant hors de la salle, qui fut aussitôt inondée de peuple ; et des scènes de même nature se renouvelèrent deux fois en huit jours (*). Au milieu de tant d'agitations, des mesures savamment combinées assuraient l'empire des communes et le succès de leurs desseins. A l'imitation du covenant écossais, un serment d'union, pour la défense de lareligion protestante etdes libertés publiques, fut adopté par les deux chambres ; les communes voulurent môme l'imposer à tous les citoyens ; et sur le refus des lords, elles déclarèrent quiconque s'y refuserait incapable de toute fonction dans l'Église et dans TÉtat (*). Enfin, pour mettre l'avenir à Fabri de tout péril , un bill fut proposé, portant que ce parlement ne pourrait être dissous sans son propre aveu (^). A peine une mesure si hardie excita-t-elle quelque surprise ; la nécessité de donner une garantie aux emprunts devenus, dit-on, plus difficiles, servit de prétexte ;
(>) Pari. Hist.y t. Il, col. 783, 788. P; /bfd., col. 778. — Neal, Hist. of the PurU,y t. II, p. 382. (3) Le 7 mai 1641. Clarendon, Hist. oftherehell., t. U, p. 161.— Whitelocke, p. 43. — Pari. Hist.^ t. U, col. 786, 787.
l'emportement universel étouffo toute objection. Les lords essayèrent d'amender le bill , mais en vain : ta chambre haute était vaincue ; les juges offrirent à sa faiblesse la sanction de leur lâcheté ; ils déclarèrent qu'aux termes des lois les crimesi de Strafford constituaient vraiment la haute trahison (*). Le bill d'attainder fut soumis à un dernier débat ; trente- quatre des lords qui avaient assisté au procès s'absentèrent de la chambre ; parmi les présents , vingt-six votèrent pour le bill, dixneuf contre (*) ; il n'y manqua plus que l'adhésion du roi.
Charles se débattait encore , se croyant incapable d'accepter un tel déshonneur. Il fit venir HoUis, beau-frère de Strafford, et qui, à ce titre, était demeuré étranger à l'accusation. « Que peuton faire pour le sauver? » lui demanda-t-il avec angoisse. Hollis fut d'avis que Strafford sollicitât du roi un sursis, et que le roi allât en personne présenter sa pétition aux chambres, en leur adressant un discours qu'il rédigea lui-même surle-champ ; en même temps , il promit de tout feire pour décider ses amis à se contenter du bannissement du comte : tout ainsi convenu, ils se sépa-
(^) Pari. Hisi., t. If, col. 737.
(2) Le 7 mai 1641. Pàrl. Hisf., t. 0, «ol. t37.
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rèrent. Déjà , dit-oD , les démarches de Hollis dans la chambre avaient obtenu quelque succès ; mais la reine, épouvantée des émeutes chaque jour plus vives, de tout temps ennemie de Strafforcl , et craignaht même , dit-on , d'après les raf)polrts de quelques affidés j qu'il ne se Mt engagé, pour sauver sa vie , à révéler tout ce qu'il savait de ses intrigues, vint assiéger son mari de ses soupçons et de ses terreurs (^) ; son effiroi était si grand, qu'elle voulait s'enfuir, s'embarquer, retourner en France , et feisait déjà ses préparatifs dé départ (*). Troublé des pleurs de sa femme , hors d'état de se résoudre seul , Charles convoqua d'abord un conseil privé, puis les évoques. Le seul évêque de Londres , Juxon , lui conseilla de suivre sa conscience ; tous les autres, l'évéque de Lincoln surtout, prélat intrigant, longtemps opposé à la cour, le pressèrent de sacrifier un individu au trône , sa conscience d'homme à sa conscience de roi (^). 11 sortait à peine de cette conférence , une lettre de Strafford lui fut remise (*) : « Sire, lui
{}) Burnet, INst. devMm tmps , 1. 1 « p. 62-64, dans ma CoUecUon,
(^ t^oyez la lettre de 1^. de Moiitreail , ministre de France, en daté éu 23 mai 1641, puMiée par M. Ifaznfe , daog son Hi9iùkr$ delarévolutUm de 1688, t. m, p. 422-428.
(3) Clarendon, Hist.ofiherebeU,, t. II, p. 154-156. — Ùémnres de Warwick, p. 145.
(«) Le 9 mai 1641.
300 KÉVOLLTION D'ANGLETERRE.
» écrivait le eomlc , après un long et rude combat, » j'ai pris la seule résolution qui me convienne ; » tout intérêt privé doit céder au bonheur de votre » personne sacrée et de l'État; je vous supplie » d'écarter, en acceptant ce bill, Tobstacle qui » s^oppose à un heureux accord entre vous et vos "» sujets. Mon consentement, sire, vous acquity> tera plus devant Dieu que tout ce que pour- » raient feire les hommes ; nul traitement n'est » injuste envers qui veut le subir. Mon âme, près » de s'échapper, pardonne tout et à tous avec la » douceur d'une joie infinie. Je vous demande » seulement d'accorder à mon pauvre fils et à ses » trois sœurs autant de bienveillance , ni plus ni » moins, qu'en méritera leur malheureux père , » selon qu'il paraîtra un jour coupable ou inno- K cent (*). »
Le lendemain , le secrétaire d^État Carlton vint, de la part du roi , annoncer à Strafford qu'il avait consenti au bill fetal (^). Quelque surprise parut dans les regards du comte , et pour toute réponse, il leva les mains au ciel , disant : « Noliie confr » dere principibus et filUs hominum , quia non est » salus in illis (^). rt
(«) StoUe-TrialSy t. m,col. 1516-1517.
(2} Le 10 mail6il.
(S) Whitelocke, p. 4é.
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Au lieu d'aller en personne, comme il Tâvait promis à Hollis , demander aux chambres un sursis , le roi se contenta de leur envoyer (*), par le prince de Galles , une lettre qui finissait par ce post'scriptum : « S'il doit mourir , ce serait une » charité de lui laisser jusqu'à samedi. » Les chambres la relurent deux fois , et , sans tenir compte de cette froide prière, fixèrent l'exécution au lendemain {*).
Le gouverneur de Is^ Tour , chargé d'accompagner Strafford (^), rengagea à prendre une voiture pour échapper aux violences du peuple : « Non , » monsieur, lui dit le comte; je sais regarder la »mort en face, et le peuple aussi. Que je ne » m'échappe point, cela vous suffit; quanta moi, » que je meure par la main du bourreau ou par la » furie de ces gens-là , si cela peut leur plaire , » rien ne m'est plus indifférent. » Et il sortit à pied , précédant les gardes et promenant de tous côtés ses regards , comme s'il eût marché à la tête de ses soldats. En passant devant la prison de Laud, il s'arrêta; la veille, il l'avait fait prier de se trouver à la fenêtre et de le bénir au moment
(t) Le 11 mai 1641.
(2) Pari. Hist.y t. U, col. 760.
(3) Le 12 mai 1641.
20*i RÉVOLUTION D'ANGLETERRE.
de son passage : « Milord, dit-il en élevant la , » télé , votre bénédiction et vos prières ! » L'archevêque étendit les bras ver^s lui ; mais d'un cœur
moins ferme et affisiibli par Tâge, il tomba évanoui. « Adieu , milord , dît Straftbrd eh s'éloignant ; que » Dieii protège votre innocence ! » Arrivé au pied de l'échafaud, il y monta sur-le-champ, suivi de son frère , des minisires de TÉglise et de plusieurs de ses amis , s*agenouilla un moment^ puis se relevant pour parler au peuple : « Je souhaite, dit-it, » k ce royaume toutes les prospérités de lai terre ; » vivant, je Tai toujours feit : mourant, c^est mon » seul vœu. Mais je supplie chacun de ceux qui » m'écoutent d'examiner sérieusement, et la main » sur le cœur , si le débiit de la réformation d'un » royaume doit être écrit en caractères de sang ; » pensez-y bien eii rentrant chez vous. À Dieu ne » plaise que la moindre goutte de mon sang retombe » sur aucun de vous l maïs je crains que vous ne » soyez dans une mauvaise voie. » îl s'agenouilla diB nouveau et pria un quart d'heure ; puis , se tournant vers ses amis, il prit congé de tous , serrant à chacun la main et leur donnant quelques conseils : « J'ai presque fini , dit-il ; un seul coup » va rendre ma femme veuve , mes chers enfants » orphelins , mes pauvres sefviteiits sans mattte ;