‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 5)Chapitre 78 sur 113 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Tout à coup le bruit se répandit dans la ville (*) que les deux grands seigneurs les plus accrédités dans le parlement , Hamilton et Argyle^ en étaient sortis suivis de leurs amis , et s'étaient retirés au château de Kinneil , résidence du comte de Lanerk, frère de Hamilton^ pour se soustraire au danger d'une arrestation^ et même d'un assassinat. La surprise fut extrême : ott se demandait , sans que personne sût répondre, quels motifs avaient porté les fugitife à de telles craintes , ou le roi à de tels desseins. Des conjectures étranges se propagèrent; Charles s'en plaignît avec hauteur, comme d'un outrage, et réclama du parlement F exclusion de Hamilton, jusqu'à ce que son hoiineur fût vengé. Le parlement, ferme et circonspect, se refusa à toute brusque décision, et ordonna une enquête. De nombreux témoins entendus , le comité fit son rapport : on déclara , sans détails , qu'il n'y avait lieu, pour le roi à aucune réparation, pour les fugitifs à aucune crainte. Ils rentrèrent dans le parlement, gardèrent le silence, comme Charles, sur ce qui s'était passé, et le public n'apprît rien de plus.

Ni l'un ni l'autre parti ne voulait l'instruire;

(*) Au commencement d'octobre 16il.

21t] RÉVOLUTION DANGLËTERRE.

mais tout était éclairci pour jeux. Au moment même où le roi, pour gagner l'Ecosse contre TAngleterre, se décidait à tant de concessions, il avait médité, dans les deux royaumes, la ruine de ses ennemis. Persuadé que les juges ne pourraient se défendre de condamner, comme trahison, cette correspondance des mécontents anglais avec les covenantaires d'Ecosse , qui avait précédé et déterminé peut-être la dernière invasion, il était venu en chercher lui-même les preuves , se promettant d'intenter, à son retour , contre les chefe des communes, Taccusation que Strafford, prévenu par eux, n avait pu mêmç annoncer. Un jeune et hardi gentilhomme , dévoué d'abord au co venant, mais rentré depuis dans la feveur du roi, le comte de Montrose (*), s'était engagé à lui procurer ces documents tant désirés. Sur sa parole, Charles était parti; mais, avant son arrivée, une lettre en chiffres, interceptée par Argyle , excita les soupçons des Écossais, et le roi .trouva Montrose en prison. Animé par le péril, et brûlant de se venger, le comte lui fit dire que, s'il pouvait le voir, il lui ferait connaître ses vrais ennemis et leurs trames passées. Par l'entremise de quelques affi-

(1) Jacques Grahain , comte de Montrose (Mountross) , né à Edimbourg en 1612.

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dés, Monlrose sortît secrètement de sa prison, se rendit de nuit dans la chambre du roi, Tinforma de tout ce qu'il savait, accusa Hamilton d'avoir concouru, aussi bien qu'Argyle, aux menées des mécontents, assura le roi que leurs papiers en fourniraient les preuves, l'engagea enfin à s'assurer brusquement de ces deux chefe, à s'en défeire même s'ils résistaient. Prompt à accueillir les résolutions téméraires, et sans songer à l'effet qu'un acte si violent ne pouvait manquer de produire sur l'esprit du peuple qu'il s'efforçait de gagner, Charles consentit à tout; le complot s'ourdît à l'ombre des concessions , et tout était prêt pour l'exécution lorsque les deux lords , avertis à temps, firent tout échouer en quittant la ville avec éclat (*).

SageJoaent conseillé , le parlement d'Ecosse étouffa l'affaire ; il ne craignait plus le péril, et ne voulut pas compromettre, en poussant jusqu'au bout la lutte, les biens qu'il venait d'acquérir. Le roi lui-même , pour cacher ses desseins et leur

(*) HardwicWs State-Papers , t. Il , p. 299. — Clarendon, Bist. of the rebell.y t. 11, p. 224 et suiv. — Burnet, h/emoirs of the Hamiltom, p. 148-171. — BaUlie's Letters, t. I, p. 320, 327, 330-332. — Malcolm Laing, Hist. ofScoiland, t. III, p. 228 et suiv., et note 8, p. 547-555. — Brodie, Hist. of the Brilish empire, etc., t. IIl, p. 142-

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mauvais succès, éleva Hamilton au titre de duc, Argyle à celui de marquis; Lesley fut nommé comte de Leven : mais Hampden et le comité anglais, bien instruits de tout, se hâtèrent de tout mander à Londres, où Tajournement des chambre^ était près d'expirer. L'effroi fut grand dans le parti (*) ; malgré ses méftances, il n'avait psis encore prévu de tels dangers, et les chefs croyaient leurs anciennes relations avec les insurgés d'Ecosse pleinement amnistiées, comme la rébellion même, par le dernier traité de paix. A ce symptôme des intentions obstinément vindicatives du roi, des hommes d'ailleurs modérés se jugèrent compromis sans retour. M. Hyde, rencontrant les lords Ëssex et Holland qui, d'un air soucieux, s'entretenaient de la nouvelle, se moqua de leurs craintes et leur rappela ce qu'ils pensaient euxmêmes d' Argyle et de Hamilton , un an auparar vant : « Tout est bien changé depuis lors, lui di- »rent-ils, la cour et le pays (*). »Le jQipr même de sa réunion (^), la chambre des communes fit demander au comte d'Essex une garde, devenue indispensable, dit-on, pour la sûreté du parlement.

(*) Evelyn's Memoirs, t. II, Appendice , p. 40, 46. — Pari. Hist.j t. II, coi. 914-915.

(2) Clarendon, Bist, oftherebelL, l, II, p. 226.

(3) Le 20 octobre 1641.

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