LIVRE TROISIÈME
du banc des évéques, leur conseilla de ne point sortir, « car, leur dit-il, ces gens-là crient qu'ils » vous attendent , qu'ils visiteront chaque voiture » et ne vous laisseront point échapper. — Faudra-» » t-il donc, dirent les évoques, que nous passions » ici la nuit? — Cela se pourrait bien , » répondaient en souriant quelques-uns des partisans de l'exclusion. Ils sortirent pourtant , mais les uns dans la voiture de quelque lord populaire, d'autres par des passages détournés ; et même , entre leurs amis , plusieurs ccnnmençaient à penser que leur présence ne valait pas les périls qu'elle faisait courir (*). Deux fois la chambre haute réclama le concours des communes pour la répression de ces outrages (*) ; mais lés communes gardaient le silence ou répondaient en se plaignant des désordres des cavaliers. « Nous av^ns besoin de tous nos amis^ » disaient les meneurs; à Dieu ne plaise que nous » empêchions le peuple d'obtenir par là ce qu'il a >> raison de désirer (^) ! » Les lords s'adressèrent aux juges , demandant qu'on procédât contre les émeutes selon les lois; et sur un ordre revêtu du grand sceau, les juges de paix enjoignirent aux
0) Pari. Hist., t. II, col. 991.
(^ Du 20 au 30 décembre 1641.
P) Pari, Hist.,i. U, col. 986.
ûonstables de placer des gardes auprès de West* minster pour dissiper les rassemblements. Les communes mandèrent les constables , traitèrent cet ordre d'attentat à leurs privilèges, et l'un des juges de paix fut mis à la Tour (*]. En même temps la chambre vota que, le roi persistant à lui refuser sa garde , chaque membre aurait droit d'amener un de ses serviteurs et de le laisser à la porte, armé comme il luitM)nviendrait.
Ces émeutes, ces cris, ce désordre intraitable et familier pénétraient le roi de colère etde crainte ; jamais, dans ses plus sinistres appréhensions, de telles scènes ne s'étaient offertes à sa pensée; il s'étonnait et s'indignait que la majesté royale pût encourir de si grossiers affronts; et ce n'était plus pour son pouvoir seul, mais pour la sûreté, pour la dignité du moins de sa personne et de sa vie qu'il iîommençait à s'alarmer. Plus troublée encore , la reine l'assiégeait de ses terreurs ; et la fierté du monarque et la tendresse du mari ne pouvaient supporter l'idée d'un péril ou d'une insulte pour l'objet de ses affections, la compagne de son rang. Cherchant de tous côtés quelque appui contre la multitude, quelque moyen de pré-
(•j Pari. Hisl.j t. U, col. 987.
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venir ou de punir ses excès, il résolut d'éloigner le gouverneur de la Tour, sir William Balfour, dévoué aux communes, et de le remplacer par un homme sûr et hardi. Trois mille livres sterling , fruit de la vente de quelques bijoux de la reine, furent données à sir William, pour calmer son humeur. Sir Thomas Lunsford, l'un des chefs les plus audacieux des cavaliers réunis à Whitehall, lui succéda (^). En même temps le roi prit, avec le parlement, un ton plus haut, essayant de l'intimider à son tour. Hyde avait préparé à la remontrance une réponse habile et ferme ; Charles l'adopta et la fit publier en son nom (^). Le bill pour la presse des soldats était encore en débat dans les chambres; avant qu'on le lui eût présenté, et dans une séance solennelle, il annonça qu'il ne l'accepterait qu'avec une réserve contre le préambule où le droit d'ordonner la presse lui était retiré (^). Les affaires d'Irlande n'avançaient point; il somma les communes de s'en occuper, et offrit de lever 10,000 volontaires si la chambre promet-
(1) Vers le 20 décembre 1641. Clarendon, Hisi» ofihenhelLy t. lî,
(^ Mémoires 4e Clarendon , 1. 1, p. 125-129, dans ma Collection. — Pari. Hist,, t. II, col. 970-977.
(3) Le 14 décembre 1641. Pari* Hist,, t. II, col. 968.
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tait de les payer (*). De leur côté, et peulrétre avec son aveu, les évêques se réunirent pour délibérer sur leur situation ; la violence les attendait à la porte de la chambre haute ; ils résolurent de s'en absenter, et de consigner, dans une protestation, les motifs de leur retraite , déclarant nuls et invalides tous les bills qui seraient adoptés sans le concours de tous les membres légitimes et nécessaires du parlement. Brusquement rédigée et signée de douze évoques (*), la protestation fut aussitôt remise au roi, qui s'empressa de Taccueillir ; elle lui ouvrait l'espérance d'annuler un jour, sous ee prétexte , les acteâ de ce parlement fatal qu il ne pouvait dompter. Â l'instant, et sans en rien dire à ses nouveaux conseillers , dont il redoutait bien plus les avis qu'il n'estimait leur influence, il ordonna au garde du grand sceau de la porter le jour même à la chambre haute, s'applaudissant de son adresse à préparer un meilleur avenir {^).
La surprise des lords fut extrême ; ils ne pou*
(*) Le 29 décembre 1641. ParL Hist.^ t. II, col. 991.
(2) L^rehoréqne dTork et les ëvèques de Durham, Lichfleld, Saîat- Asaph, Oxford, Bath et Wells, Hereford, Ely, Glocester, Peterboroogh, Laudaff et Norwioh.
(3) Le 30 décembre 1641, ParL Hist,, t. H, col. 993. ^ Clareodon, Hist. ofthe réML^ t. II, p. 306*^320.