‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 5)Chapitre 89 sur 113 · LIVRE TROISIÈME. (1640-16/j · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. (1640-16/j

témérité présomptueuse, la voyait fréquemment, et chaque jour avec plus d'intimité, ainsi que le roi. L'affluence des cavaliers à Whitehall redoublait. Sans expliquer leurs craintes, les communes, paï umnessage, rédemandèrent de nouveau leur garde (*). Le roi ne répondit point, disant qu'il voulait avoir leur pétition par écrit. Sur ce délai, les communes firent apporter des armes dans leur salle, comme assurées d'un prochain danger. Trois jours après arriva la réponse. C'était un refus terminé par ces paroles : « Je m'engage solennelle- » ment sur Thonneur d'un roi, à vous préserver, » tous et chacun de vous , de toute violence , avec » autant de soin que j'en pourrais prendre pour ma » propre sûreté et celle de mes enfants, » Mais la chambre, toujours plus alarmée^ enjoignit au lord maire, aux shériffs et au conseil commun, de tenir sûr pied les milices de Londres, et de placer de fortes gardes sur divers points de la cité (^).

Ge jour même, en effet (*), sir Edouard Herbert, procureur général de la couronne , se rendit à la chambre haute, et au nom du roi, accusa de haute

(1) Le 31 décembre 1641.

(2) Pari. Hist.y t. II, col. 1002, 1004. — Rushworth , part. 3, 1. 1, p. 471. — Journals of the house of Commons, 3 jaavier 1642.

Le 3 janvier 1642.

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trahison lord Kimbolton el MM. Haoïpden, Pyin» Hollis^ Strode et Haslerig^ les cinq derniers membres des communes , pour avoir tenté : 1^ De détruire les lois fondamentales du royaume et de ravir au roi son pouvoir légal ; 2^ d'aliéner le peuple du roi par d'odieuses calomnies ; 3^ de soulever l'armée contre le roi; 4® d'engager une puissance étrangère, l'Ecosse ^ à envahir le royaume ; 5^ d'anéantir les droits et Texlstence même des parlemanls ; 6^ d'exciter, contre le roi et le parlement, des réunions séditieuses^ afin de réussir, par la violence, dans leurs criminels desseins; 7^ enfin, de provoquer la guerre contre le roi. Sir Edouard requit en même temps la formation d'un comité pour examiner l'accusation, et quil plût à la chambre de s'assurer de la personne des accusés (*).

Les lords demeuraient immobiles ; nul n'avait prévu un tel acte, et n'osait parler le premier. Lord Kimbolton se leva : « Je suis prêt, dit-il, à » obéir à tous les ordres de la chambre ; mais puis- » que mon accusation est publique, je demande que » ma justification le soit également. », Et il se rassit au milieu du même silence. Lord Digby siégeait

(«) Rushworth , part. 3, 1. 1, p. 473-474.

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à ses côtés : « Que le roi ^ lui dit-il à Toreille ^ est » dépIoral)lement conseillé ! ou j'aurai bien du » malheur y ou je saurai de qui vient tout ceci. » Et il sortit aussitôt y comme pour s'en informer. C'était lui-même et lui seul ^ assure- t-on, qui avait poussé le roi dans cette entreprise, s'engageant de plus à demander l'arrestation imitiédiate de lord Kimbollon ^ dès que le procureur général l'aurait accusé (*).

A l'instant un message des lords informa de tout les communes ; elles venaient d'apprendre que des gens du roi s'étaient rendus chez les cinq membres et y apposaient partout les scellés. Elles votèrent sur-le-champ qu'un tel acte violait tous leurs privilèges , que les prévenus étaient en droit et tout constable en devoir de s'y opposer, que les gens du roi seraient arrêtés et traduits à la barre comme délinquants. Sir John Hotham fut envoyé aux lords pour leur demander sur l'heure même une conférence , avec ordre de déclarer que, si la chambre haute refusait encore de s'unir aux communes pour obtenir du roi une garde , elles se retireraient en un lieuf plus sûr. On attendait la réponse des lords ; un héraut d'armes se présente :

{}) Rushworth, part. 3, t. I, p. 474. — Ciàrendon, Hist, of the rebell., t. II, p. 331.

« Au nom du roi mon maitre^ je viens, dit-il , re- » quérir M. Totateur de remettre en mes mains >i cinq gentilshommes membres de cette chambre, » que sa Majesté m'a commandé d'arrêter pour » haute trahison. » Et il les nomma. Les accusés étaient là, nul ne quittait sa place; l'orateur enjoignit au héraut de se retirer. Sans tumulte, sans opposition , la chambre chargea un comité d'aller, séance tenante, dire au roi qu'à un message si grave elle ne pouvait répondre qu'après un mûr examen. Deux ministres, lord Falkland et sir John Colepepper , en firent partie ; ils avaient tout ignoré. La conférence s'ouvrit avec les lords ; en moins d'une heure elle eut pour résultat l'ordre de lever. les scellés, et la demande d'une garde, portée au roi , au nom des deux chambres, par le duc de Richmond , son plus honnête fevori. « Je » répondrai demain, »dit à son tour le roi. Et les communes s'ajournèrent au lendemain à une heure, ordonnant aux accusés de se trouver à Westminster, comme leurs collègues (*).

Le lendemain f ) , à l'oiiverture de la séance , l'inquiétude et la colère' avaient redoublé; le

(«) Rushworth, part. 3, t. I, p. 474-i76. Pari. -Hist., t. H, c6\. ^ 007-4 008.

(2) Le 4 janvier 1642.

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pressentiment de quelque nouveau péril, inconnu, mais certain, agitait tous les esprits. Les royalistes siégeaient sur leurs bancs , tristes et silencieux; parmi leurs adversaires circulaient mille bruits recueillis la veille, durant la nuit, le matin même : les cavaliers s'étaient réunis , le roi leur avait fait dire de se tenir prêts ; deux barils de poudre et des armes avaien-t été apportés de la Tour à Whitehall (*); on se pressait autour des cinq membres; de tous côtés leur arrivaient des conjectures, des renseignements, des conseils. Ils en savaient davantage : le ministre de France, depuis longtemps en relation secrète avec eux , et la comtesse deCarlisle, maîtresse, dit-on, de M, Pym, les avait instruits du coup d'État qui se préparait (*) ; mais ils n'en parlaient point. Tout à coup arrive le capitaine Langrish , revenu naguère du service de France, et que ses liaisons avec quelques officiers réformés mettaient en mesure de tout voir. Il annonce que le roi s'approche, qu'il Ta vu partir de Whitehall^ escorté de trois ou

(>) Hushworth, part. 3, 1. 1, p. 476, 480.

(2) Rushworlh , ihid., p. 477. — Whilelocke, p. 51. — Mémoires de Warwick , p. 170, dans ma Collection. — Histoire de la révolution de 1688, par M. Maxure , t. III, p. 429, note 4, dans les extraits de la correspondance du ministre de France à Londres. — Mémoires de madame de Motteville, t. I, p. 266 (édit. in-12, de 1750).

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quatre cents hommes^ gardes^ cavaliers^ étudiants , tous armés; qu'il vient en personne arrêter les accusés. Un grand désordre s'élève ; la nécessité d'une prompte résolution l'apaise soudain. La chambre engage les cinq membres à se retirer, car plusieurs s'étaient déjà saisis de leurs armes , et se préparaient à résister. Pym, Hampden, Hollis et Haslerig sortent aussitôt. M. Strode s'y refuse; on le prie, on le presse; déjà le roi est entré dans la cour ; enfin sir Walter Ëarl, son ami, ' le pousse brusquemont dehors. La chambre entière prend place sur ses bancs. Le roi avait traversé, au milieu d'une double haie de ses serviteurs, la grande salle de Westminster ; sa garde seule montait avec lui l'escalier de la chambre, ir arrive, défend auK siens, sous peine de mort, de le suivre plus loin , et entre le chapeau à la main , avec le seul comte Palatin son neveu. Tous les membres se découvrent et se lèvent. Le roi jette en passant un coup d'œil sur la place où Pym avait coutume de 6'asseoir, et ne l'y voyant pas , il s'avance vers l'orateur : « Avec votre permission. Monsieur l'orateur, » je vous emprunterai un moulent votre fauteuil. » Il y monte, et promenant ses regards sur la chambre : « Messieurs, dit-il, je suis fâché de l'occasion «■qui m'amène ici ; je vous ai envoyé hier un hé-

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