LIVRE TROISIÈME
»raul d'armes, chargé d'arrêter quelques perw sonnes accusées , par mon ordre , de haute » trahison. J'attendais de vous Tobéissance et non » un message. Nul roi d'Angleterre n'a été plus soi- » gneux que je ne veux l'être de maintenir vos » privilèges ; mais vous devez savoir qu'il n'y a de » privilège pour personne dans les cas de haute » trahison. Je viens voir si quelques uns des accu- » ses sont ici ; tant qu'ils siégeront dans cette » chambre, je ne puis espérer qu'elle rentre dans » le droit chemin où je la désire sincèrement. Je » viens vous dire que je veux les avoir, quelque part «qu'ils se trouvent. Monsieur l'orateur, où sont-r » ils ? » L'orateur tombant à genoux : « Avec le bon » plaisir de votre Majesté , je n'ai ici point d'yeux »pour voir, ni de langue pour parler, qu'autant »que la chambre, dont je suis le serviteur, veut pixbien me le prescrire; je supplie humblement » votre Majesté de me pardonner si ye ne puis foire » d'autre réponse à ce qu'il lui plaît de me de- » mander. — A la bonne heure ; je vois bien que » les oiseaux se sont envolés. J'attends de vous que » vous me les enverrez dès qu'ils reviendront. Je » vous certifie, sur ma parole de roi, que je n'eus >^ jamais le dessein d'employer la force , et que je » procéderai contre eux par les. voies légales. Main-
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» tenant^ puisque je ne puis faire ce qui m'a amenée » je no vous dérangerai pas davantage ; mais , je » vous le répète^ je compte qu'aussitôt qu'ils ren- » treront dans la salle, vous me les enverrez ; sinon » je prendrai des moyens pour les trouver. » Et il quitta le fauteuil , toujours le chapeau à la main. La chambre demeurait encore immobile ; mais de plusieurs coins de la salle s'éleva le cri : Privi-lége! privilège! au moment de son départ (*).
Dès qu'il se fut éloigné, la chambre , sans rien faire ni même rien annoncer, s'ajourna au lendemain ; tous les membres sortirent , pressés d'apprendre jusqu'où s'étaient portés les desseins du roi et quel sentiment en avait pris le public. Ils trouvèrent au dehors, sur l'escalier, dans la grande salle, aux portes de Westminster, parmi leurs serviteurs qui les attendaient et dans le peuple attroupé, une émotion non moins vive que la leur. Il n'était bruit que des insultes et des menaces des cavaliers : « Qu'on me montre le but, avait dit l'un, » le pistolet à la main , je ne le manquerai pas. — » Au diable la chambre des communes ! s'écriaient » les autres. Qu'avons-nous à faire de ces gens-là?
(^) Rushworth, part. 3, t. I,p. 477. — Pari Hist.^ t. ll,col. i009- 1012. — Journals of the house of Commons, t. II , p. 366 etsuiv.; 4 janvier 1 642. — Whitelock^, p. 50,
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« Qu'on les amène et qu'ils soient pendus. » Quelques uns même avaient demandé : « Quand viendra «donc Tordre? » comme s'attendant à quelque sanglant éclat; et ces propos, rapidement propagéSy répandaient partout la même indignation {*). Les cinq membres s'étaient retirés dans la cité; les citoyens prirent soudain les armes ; le lord maire tenta yaiuement de les calmer; de fortes patrouilles se formaient spontanément pour la sûreté commune ; et pendant toute la soirée, des bandes d'apprentis errèrent dans les rues, criant de porte en porte que les cavaliers allaient venir mettre le feu à la cité ; quelques uns même ajoutaient que le roi devait les commander (^).
L agitation n'était pas moindre dans Whitehall : le roi et la reine avaient fondé sur ce coup d'État les plus hautes espérances ; c'était depuis quelque temps , dans le secret des conférences domestiques avec leurs plus intimes affidés , l'occupation de toutes leurs pensées, le sujet de tous leurs entretiens^. Le matin même, au moment de son départ, Charles, en embrassant safemme, lui avait promis que, dans une heure, il reviendrait maître
(') Rushworth, part 3, 1. 1, p. 184-486. — Mémoires de Ludiow, t. I, p. 30-32, dans ma Collectian.
(2) Clarendon , Hist, oftherebelL, t. Il, p. 332,
enfin de son royaume, et la reine, sa mon ire à la main y avait compté les minutes en attendant son retour .{*). Tout avait échoué, et quoique lé roi persistât encore dans son dessein , c'était sans en rien espérer, sans savoir même comment l'accomplir. Offensés et désolés, ses plus sages amis , Falkland , Hyde , Colepepper, se tenaient à l'écart et ne conseillaient rien. Une proclamation fiit publiée : elle ordonnait qu'on fermât les portes , et défendait à tout citoyen de prêter asile aux accuses (^) ; mais personne, même à la cour, ne s'abusait sur le pouvoir de tels ordres ; on n'ignorait pas où étaient les cinq membres; la maison même qu'ils occupaient était connue f ) ; nul ne pensait qu'on y pût pénétrer. Lord Digby seul voulut expier, par son audace, l'imprudence de ses avis et sa feiblesse dans la chambre haute au moment de l'accusation. Il offrit au roi d'aller en personne, avec Lunsford et quelques cavaliers , enlever les accusés de leur retraite, et de les lui amener, morts ou vivants. Mais Charles, soit par un reste de respect des lois , soit d'un esprit timide autant
(<) Mémoires de madame de Motteville, t. I, p. 265. (3} ClarendoD, Hist. oftbe rOM,, t. II , p. 332. (3) Dans Coleman-Street. — ClarendoB, Hist. of the rebéU,^ t. II , p. 338.