LIVRE TROISIÈME
que téméraire, repoussa la proposition, et résolut d'aller lui-même le lendemain dans la cité demander solennellement au conseil commun qu'on lui livrât les prévenus, se flattant que, par sa présence et de gracieuses paroles , il adoucirait ce peuple dont il n'avait pas prévu le courroux (*).
Vers dix heujes du matin, en effet (*), il sortit de Whitehall , sans gardes et témoignant une entière confiance dans Taffection de ses sujets. La foule se pressait sur son passage, mais froide et sombre, n'élevant la voix que pour le conjurer de bien vivre avec son parlement (^). En quelques lieux, des cris plus menaçants se firent entendre; les mots : Privilège ! privilège ! retentirent autour de lui , et un nommé Walker jeta dans sa voiture un pamphlet intitulé : A vos tentes, Israël! cri de révolte des dix tribus de Jérusalem, en se séparant de Roboam (*). Arrivé à Guildhall, Charles réclama les cinq membres , affable et doux dans son langage , protestant de son dévouement à la religion réformée, de sa sincérité dans ses concessions , et promettant d'agir en tout selon les lois.
(1) ClareDdon, Bist. oftherébell., t. II, p. 332. p) Le 5 janvier 1642.
P) Whitelocke, p. 51. — Clarendon , Hist, ofthe rébell., t. U , p. 334.
(<) Rushworth, part. 3, 1. 1, p. 479.
252 RÉVOLUTION D'ANGLETEUUE.
Nuls applaudissements ne lui répondirent ; comme le peuple, le conseil commun était grave et triste. Le roi s'adressa à l'un des shériffs y presbytérien ardent , disait-on , et lui dit qii'il irait dîner chez lui. Le shériff s'inclina ^ et , la séance terminée y reçut le roi dans sa maison avec pompe et respect. Mais, en retournant à Whitehall, Charles n'obtint de la foule que le même accueil , et rentra dans son palais, courroucé et abattu (^),
La chambre s'était assemblée f ) ; elle avait voté qu'après une si énorme violation de ses privilèges, tant que réparation ne lui serait pas faite, et qu'une garde sûre ne la mettrait pas à Tabri de tels périls, elle ne pouvait siéger librement, et s'était ajournée pour six jours (^). Mais, en s'ajournant, elle ne cessait point d'agir. Un comité, investi de grands pouvoirs (*), eut ordre de s'établir dans la cité , de faire une enquête sur le dernier attentat, et d'examiner T état général du royaume, surtout de l'Irlande, de concert avec les citoyens.
(1) ClarendoD, Hi$i. oflhdrébelL, t. Il, p. 333-334. — Rushwortb, part. 3, 1. 1, p. 479-480.
(*) Le 5 janvier 1642.
(3) Au H janvier 1642.
(^) Il était composé de vingt-cinq membres : deux ministres du roi, lord Falkland et sir John Colepepper en faisaient partie. — Rushwortb, part. 3, 1. 1, p. 479.
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fidèles amis du parlement. L'installation du comité eut lieu à Guildhall^ en grande pompe (*) ; une forte garde Ty attendait ; une députation du cons^eil commun vint à sa rencontre ^ et mit à sa disposition toutes les forces, tous les services des habitants (*).-Ses séances furent aussi actives que celles de la chambre ; tout membre avait droit d'y assister. La maison qui servait d'asile aux cinq accusés était voisine ; rien ne se faisait qu^à leur connaissance et d'après leurs conseils f ). Plusieurs fois même ils se rendirent en personne au comité, et le peuple les applaudissait à leur passage, fier de posséder et de garder seul ses représentants. Au milieu de sa victoire , d'habiles menées , pour échauffer encore son zèle , entretenaient son effroi. Chaque jour, la chambre et la cité contractaient une plus étroite alliance, et s'enhardissaient réciproquement (*). Enfin, de sa seule autorité, dit-on , et comme s'il eût été la chambre même, le comité publia une déclaration contenant le résultat de son enquêté (^) ; et le conseil com-
(*) Le 6 janvier.
(2) Clarendon, Hist. oftherebell, 1. 11, p. 336-337.
(3) Ibid., p. 338. — Whitelocke , p. .51. (f) Rushworth , part. 3, t. I, p. 483.
(^ Clarendon, Hist. ofthe rebell., t. III, p. 10.
26& RÉVOLUTION DrANGLETËRBE.
mun adressa an roi une pétition pour se plaindre des mauvais conseillers ^ des cavaliers^ des pa^ pistes , du nouveau gouverneur de la Tour, embrasser hautement la cause des cinq membres , et deioaander toutes les réformes que les communes avaient laissé entrevoir (^). .
Le roi était seul, enfermé dans Whitehall, désavoué de ses plus honnêtes partisans. Les cavaliers mêmes, intimidés, se dispersaient ou gardaient
le silence. Il essaya de répondre à la pétition du
conseil commun et d'ordonner de nouveau l'arrestation des prévenus (*). Mais ses réponses étaient sans crédit et ses ordres sans effet. Il apprit que, sous deux jours, la chambre reprendrait ses séances, et que les cinq membres seraient ramenés en pompe ^ Westminster par les milices , le peuple , même les mariniers de la Tamise, dont jusque-là il avait cru posséder l'affection : « Quoi donc I dit- » il avec humeur , ces rats d'eau mêmes m'aban- » donnent! » Et Ce propos, bientôt répandu parmi les mariniers, en fut reçu comme une insulte à venger {^). Délaissé, humilié, irrité de ce cri géné-
(^) Le 7 jaBTÎer 1642. Rushworlh, part. 3, 1. 1, p. 480.
(2) Le 8 janvier 1642. ma., p. 481-482.
(3) Observcttions on the Ufe and death of king Charles, par William Lilly, dans la collection intitulée : Sélect Tracts relcuing to the cwU