‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 5)Chapitre 92 sur 113 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

rai qui chaque jour venait l'assaillir sans qu'aucune voix s'élevât pour le repousser, Charles ne put se résoudre à voir passer devant son palais le triomphe de ses ennemis.. La reine , tour à tour furieuse et tremblante j le cojijurait de s'éloigner. Des royalistes , des messagers eiivoyés sur divers points du royaume, promettaient ailleurs force et sûreté ; les cavaliers, vaincus à Londres, vantaient leur crédit dans leurs comtés ; loin du parlement, le roi serait libre; sans le roi, que pourrait le parlement? La résolution fut adoptée ; on convint de se retirer d'abord à Hamptoncourt, ensuite plus loin, s'il le fallait; des ordres secrets furent expédiés aux gouverneurs de quelques places, dont le dévouement semblait assuré; le comte de Newcastle partit pour le nord, où dominait son influence ; et le 10 janvier, veille de la rentrée des communes, suivi seulement de sa femme, de ses enfants et de quelques serviteurs, Charles quitta Londres et ce palais de Whitehall qu'il ne devait plus traverser que pour se rendre à l'écbafaud ^*)..

Le lendemain de son départ, vers deux heures

wars in England^ etc., publiée par M. Mazères (Londres, 1815), 1. 1, p. 173.

(1) ClareadoD, Hist. of the rehell.y t. IIÏ, p. 13. — Rushworth, part. 3, 1. 1 , p. 564. — JourncUs of the house of Commons , 11 janvier 1642, et les jours suivants. — Whitelocke^ p* 52.

256 RÉVOLtlTION D'ANGLETERRE.

dé Taprès-midi, la Tamise fut couverte de bateaux armés en guerre, qui ramenaient à Westminster les cinq membres ; une foule de barques les suivaient brillamment pavoisées et remplies de citoyens; le long du rivage marchaient parallèlement les miliciens de Londres, portant au bout de leurs piques les dernières déclarations du parlement (*); un officier formé dans les camps de Gustave-Adolphe, le capitaine Skippon , avait été nommé la veille pour les commander; c'était un homme rude et sans lettres, mais simple, hardi, de mœurs austères, et très populaire dans la cité. Un peuple immense se pressait sur les pas de ce cortège ; en passant devant Whitehall désert, il s'arrêta, et ces cris se firent entendre : « Où sont maintenant » le roi et ses cavaliers? que sont-ils devenus (*)?» Arrivés à Westminster, les cinq membres s'empressèrent de célébrer le dévouement de la cité à la cause publique, et les shériffs, introduits dans la salle, reçurent les remercîments de Torâteur. Comme ils sortaient, un autre cort^e se présente: quatre mille chevaliers , gentilshommes , francs-

(1) May, Hist. du Long-Pari, t. I, p. 300, dans ma CoUeclion. — Rushirortli, part. 3, t. I, p. 484. — Glarendon, Hisl,oftherébeU., t. m, p. 15-17.

(2) Clarendon , t'biVf .

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tenanciers^ etc. , venus à cheval du comté de Buckingham^ patrie de Hampden^ voulaient remettre à la chambre une pétition contre les lords papistes^ les mauvais conseillers, et en faveur de leur digne représentant; ils avaient aussi une pétition pour la chambre haute, une troisième pour le roi, et portaient attachés à leurs chapeaux le serment de vivre et de mourir avec le parlement, quels que fussent ses ennemis (*). De toutes parts éclatait cet enthousiasme fier et joyeux qui permet et commande aux chefs du peuple les plus hardies résolutions : les communes s'y livrèrent avec un emportement habile, comme le pilote à un vent violent mais propice ; en quelques heures , elles votèrent que nul membre , sous aucun prétexte , ne pourrait être arrêté sans leur aveu ; un bill fut adopté qui donnait aux chambres le droit de s'ajourner, au besoin, en tel lieu qu'elles voudraient choisir ; on rédigea une adresse pour demander au roi qu'il lui plût de retirer à sir John Byron le gouvernement de la Tour ; et en attendant sa réponse, Skippon fut chargé de placer des gardes autour de ce fort, et d'en surveiller soigneusement les approches; des lettres expédiées à Goring, gouverneur

(•) Clarendon, Hist.oftherebelLi t. IIï, p. 16-20. — Rush worlh, part. 3, t. 1, p. 4R6-.488.

358 RÉVOLUTION DAN6LETËRRE.

de Portsmouth^ lui défendirent de recevoir dans sa viUfi quoi que ce fût, troupes ou munitions^ sans l'autorisation du parlement; sir John Hotham^ riche et influent dans le comté d'York, eut ordre de partir sur-le-champ pour aller prendre le commandement de Hull, place importante, la clef du nord de l'ÂngleterrCi et où se trouvaient de grands arsenaux. Le surlendemain enfin (*) la chambre vota que le royaume menacé serait mis sans retard en état de défense ; les lords refusèrent d'adhérer à cette déclaration ; mais peu importait, elle n'atteignit pas moins son but : le peuple fut partout averti (*).

La chambre avait raison de prévoir la guerre ; le roi ne songeait plus qu'à s'y préparer. A Londres, il vivait dans l'impuissance et l'humiliation ; à peine sorti , il ne fut plus entouré que de ses partisans, ne fit plus chaque jour, à chaque heure, répreuve de sa faiblesse, et put se livrer librement à l'espoir de vaincre , à main armée , l'ennemi qu'il venait de fuir sans combat. Les cava* liers aussi avaient retrouvé leur présomption; déjà ils semblaient croire la guerre déclarée et se

(>) Le 13 janvier 1642.

P; rarl, liisL, t. Il, col. 1028-1035. — Rushworth, part. 3, 1. 1, p. 469. — Glarendon, Hist. of the rehell.y t. III, p. 20-23.

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