‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 5)Chapitre 98 sur 113 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

» votre cœur, el demandez-vous si, moi aussi, je » ne puis pas avoir des méfiances et des craintes. » J'ai bien pensé à cette affeire de la milice ; ma » réponse est juste : je n'y changerai rien. Quant » à ma résidence auprès de vous , je voudrais » qu'elle pût être sûre et honorable, et n'avoir » point de raison de quitter Whitehall : qu'en » pensçz-vous? Sur mon honneur, je ne veux que » paix et justice pour mon peuple; je saurai les » maintenir ; je compte sur la bonté de Dieu pour » me défendre, moi et mes droits (*). »Et il continua sa route. Huit jours après (^) , à Ne^^market, de nouveaux commissaires se présentent ; ils apportaient une déclaration où le parlement, rappelant tous ses griefs, toutes ses craintes, justifiait sa conduite et conjurait encore le roi de revenir à Londres, de s'entendre avec son peuple, de dissiper ainsi les funestes pressentiments qui agitaient tous les cœurs. Une vive émotion perçait à travers la fermeté du langage ; elle parut également dans l'entrevue des commissaires et du roi ; la conversation fut longue , pressante , fomilière , comme entre gens profondément troublés de leur

(*) Rushworth, part. 3, t. I, p. 523-524. — Mémoires de Clarendon, 1. 1, p. 164.

(2) Le 9 mars 1642.

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rupture immineiite et qui essayaient encore de se persuader ; il était clair que ^ sans hésitation^ sans moyens de rapprochement, jti^ànt la lutte iné-^ vitable, et bien résolus de la soutenir, les deut partis ne s'y engageaient pourtant qu'avec angoisse, et tentaient, pour l'écarter, un dernier effort, avec abandon bien que sans espoir. « Que voulezn vous donc? dit le roi; ai-je violé vos lois? ai-je n refusé aucun bill pour la lïûreté de mes sujete? n Je ne vous demanderai pas ce que vous avess A fait pour moi : est-il quelqu^un qui craigncî » encore? j'offre un pardon aussi général, aussi w complet que vous-mêmes pourrez l'inventer. -n Mais la milice. Sire, dit lord HoUand. -^ La » milice? Je n'ai pas refusé* — Que votre Majesté « revienne du moins auprès du parlement. — Vous » ne feiles rien qui m'y porte \ Croyez-vous votre » déclaration propre à me décider? à coup sûr ce » n'est pas dans la rhétorique d'Aristote que vous » avez trouvé de tels moyens de persuasion. — » Le parlement, dit lord Pembroke^ en a déjà » humblement supplié votre Majesté* — Votre » déclaration me prouve que les paroles ne signi- » fient rien. — Que votre Majesté daigne donc nous » dire clairement ce qu'elle voudrait pour s'y ré- » soudre. — Je ferais fouetter un enfant de l'école

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» de Westminster qui ^ dans ma réponse^ ne sau- » rait pas voir ce que je veux; vous vous trompez » si vous y ti*ouvez un refus de retourner auprès » du parlement. — Ne serait-il pas possible d'a(> » corder au parlement la milice, au moins pour un n temps limité?-- Non y de par Dieu, pas pour Une n heure ; vous m'avez demandé là ce qu'on n'a ja^ >> mais demandé à un rôi, ce que je ne confierais pas » à ma femme et à mes ënfents. »Puis se tournant vers les commissaires des communes : « Les » affaires d'Irlande ne se feront jamais avec les » moyens que vous avez pris : une assemblée de » quatre cents personnes n'en viendra jamais à » bout 2 il faut que cela soit remis aux soins d'un » seul homme: si Ton m'en chargeait , j'y engage*' » rais ma tête; je ne suis aujourd'hui qu'un men^ » diant, et pourtant je trouverais de l'argent pour »y réussir (*)• » Ces derniers mots réveillèrent toutes les méfiances ; on y vit l'aveu de ressources inconnues , le dessein de décrier le parlement, en

(>} Cette conversation est tirée d'un pamphlet publié à Londres aussitôt après le retour des commissaires (chez W. Gay, 1642), et qui contenait le récit de tout ce qui 8*était passé entre eui et le roi. i/iiu-^ primeur de ce pamphlet fut mandé et interrogé par la chambre haute; mais il répondit qu'il tenait ce manuscrit du secrétaire du chancelier, et la chambre le renvoya {Pari. H%$t., t. II, col. 1126-1127. — Rushworth, part. 3, 1. 1, p. 526-533).

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lui imputant les maux de rirlande, enfin le désir de se trouver seul à la tête d'une armée pour en disposer à son gré. La conférence n'alla pas plus loin ; les commissaires partirent ; le roi reprit sa route, et arriva à York sans autre incident.

Alors commença, entre le parlement et lui, une lutte jusque-là sans exemple en Europe, clair et glorieux symptôme de la révolution qui commençait alors et s'accomplit de nos jours dans les sociétés. Les négociations continuèrent, maÎB sans que l'un ni l'autre parti en espérât rien , ou se proposât même de traiter. Ce n'était plus l'un à l'autre qu'ils s'adressaient dans leurs déclarations et leurs messages ; tous deux parlaient à la nation entière, à l'opinion publique ; de cette puissance nouvelle tous deux semblaient attendre leur force et leur succès. L'origine et l'étendue du pouvoir royal , les privilèges des chambres, les limites du devoir de fidélité imposé aux sujets, la milice, les pétitions , la disposition des emplois devinrent l'objet d'une controverse officielle où les principes généraux de l'ordre social, la diverse nature des gouvernements , les droits primitifs de la liberté, l'histoire, les lois, les coutumes de l'Angleterre, étaient allégués, expliqués, commentés tour à tour. Entre les débats des deux partis au

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sein des chambres et leur rencontre à main af niée sur les champs de bataille, on vit le raisonnement et la science s'interposer, pour ainsi dire, durant plusieurs mois, suspendre le cours des événements, et déployer leurs plus habiles efforts pour conquérir la libre adhésion des peuples, en imprimant à Tune ou à l'autre cause le caractère de la légitimité. A l'ouverture du parlement , l'Angleterre n'avait point cru ni voulu tenter une révolution ; les dissidents seuls en méditaient une dans l'Église ; le retour à l'ordre légal, le rétablissement des anciennes libertés, la réforme des abus actuels et pressants, tels étaient, il le croyait du moins, le vœu et l'espoir du pays. Les chefs eux-mêmes, plus hardis et plus éclairés , ne formaient guère de plus vastes projets ; l'énergie de leur volonté surpassait l'ambition de leurs pensées ; et ils s'étaient engagés de jour en jour sans but éloigné, sans système, par le seul développement progressif de leur situation, et pour suffire à d'urgentes nécessités. Au moment de tirer l'épée, tous s'étonnèrent et s'émurent; non que leur cœur fût timide, ni que la guerre civile en général eût, aux yeux du parlement et même du peuple, rien d'étrange ou de criminel ; il la lisait avec orgueil dans la grande charte, dans son histoire; plus d'une fois

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il avait bravé ses maîtres, retiré même et donné la couronne; temps déjà si loin de lui, qu'il en ^vait oublié les misères, et n'y voyait plus que de glorieux exemples de son énergie et de son pouvoir. Mais c'était toujours au nom; des lois , de droits certains et avoués, que la résists^nce s'était déclarée ; en conquérant la liberté , l'Angleterre avait toujours cru défendre son. héritage; et aux seuls mots de loi^ d'ordre légal, s'attachait ce respect populaire et spontané qui repousse la discussion et sanctionne les plu^ audacieux desseins. Or, maintenant Ips deux partis s'accusaient réciproquement d'illégalité et d'innovation ^ et tous deux avec justice, car l'un avait violé les anciens droits du pays , et n'abjurait point les maximes de la tyrannie ; l'autre réclamait , en vertu de principes confus encore , des libertés et un pouvoir jusque-là inconnus. Tous deux sentirent le besoin de couvrir du manteau légal leurs prétentions et leurs actes *, tous deux entreprirent de se justj^er, non-seulemept selon )a raison, mais selon la loi. A leur suite,, la nation entière s'élança avec transport dans cette arène^ agitée, encore plus que ses chefs, de sentiments qui semblaient s'exclure , et pourtant également sincères. A peine affranchie d'une oppression qu'avaient condamnée,

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sans la prévenir^ les lois de ses aïeux y ellç cherchait avec passioû des garanties plus efficaces; inais c'était toujours à ces mêmes leis^ d'une impuissance naguère éprouvée , qiie s'attachait son espoir. De jeunes croyances, des idées nouvelles fermentaient dans soi^ sein; pUe leur portait une foi vive, pure, se livrait même, avec force et confiance, à ce^ enthousiasme qui poursuit le triompha de la vérité, n'impairte k qnel prix; et, en ip.ême temips, modeste dans ses pensé<^, fidèle avec tendresse à ses }iabitudes, pleine de respect pour ses vieilles institutioi^s , elle voulait croire, que, loin d'y rien changer, elle pfi faisait que leur rendre hommage et les remettre en vigueur. De là un singulier mélange de hardiesse et de timidité, de sincérité et d'hypocrisie , dans les publia cations de toute sorte , officielles ou libres , dont l'Angleterre fut alors inondée, y ardeur des esprits était s£[ns mesure, le mpuvemept universel, inouï , déréglé ; à Londres , à York , dans toutes les grandes villes du royaume , les pamphlets, les - journaux périodiques, ir réguliers, se multipliaient, se propageaient en tous sens (*) ; questions police) Voici les litres de quelques uns de ces écriis : Mercurius omU* cuSy Mercurius Britannicus — rusHcus — pragmaticus — poîUicm — publicus; Diumal paper; Diurnal occurrences; A perfect Dturnal of some passages in Pariiameni; Lonâxm-lnMigencsr^ etc., etc.

tiques^ religieuses, historiques, nouvelles, sermons, plans, conseils, invectives, tout y prenait place ; tout y était raconté, débattu ; des messagers volontaires les colportaient dans les campagnes; aux assises, les jours de marché, aux portes des églises, on se pressait pour les acheter ou les lire ; et dans cette explosion de toutes les pensées, au milieu de cet appel si nouveau à l'opinion du peuple, tandis qu'au fond des démarches et des écrits régnait déjà le principe de la souveraineté nationale aux prises avec le droit divin des couronnes, les statuts , la jurisprudence , les traditions, les usages étaient sans cesse invoqués comme seuls juges légitimes du débat; et la révolution était partout sans que nul osât le dire,^ ni peut-être se l'avouer.

Dans cet état des esprits, la situation morale du parlement était fausse, car c'était par lui et à son profit que s'accomplissait la révolution ; contraint de la faire et de la nier à la fois, ses actes et son langage se démentaient tour à tour , et il flottait péniblement entre l'audace et la subtilité, la violence et l'hypocrisie. Considérés comme des maximes et des mesures d'exception , applicables à des temps de crise, et qui cesseraient avec la nécessité , ses principes étaient vrais et ses réso-

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