‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 105 sur 150 · ÎÎ PÉTITION DES OFFICIERS CONTRE · texte numérisé non relu

ÎÎ PÉTITION DES OFFICIERS CONTRE

Hason, présenta en effet la pétition qu'avait rédigée le docteur Owen et que venaient de signer deux colonels, sept lieutenants-colonels, huit majors et seize capitaines. Les officiers se retirèrent; leur pétition fut lue : u Us « avaient, » disaient-ils, « risqué leur vie contre la mou narcliie, et ils étaient encore prêts à le faire pmir (1 la défense des libertés de la nation; mais, s'apercevant a que certaines gens faisaient de grands efforts pour a remettre leur pays sous l'ancienne servitude en prèsu saut leur général de prendre le titre de roi, et cela « pour le perdre lui-même et pour que la force ne fût a plus aux moins des fidèles serviteurs de Dieu et du a public, ils suppliaient la Cliambre de ne prêter aucun « appui à de telles gens ni à de tels desseins, et de tenir a ferme pour la bonne vieille cause, pour laquelle ils « étaient, eux, toujours prêtsà donner leur vie'. »

La Cbambre embarrassée hésitait et attendait; Cromwell, informé sur-le-champ, envoya chercher Fleetwood, et se plaignit amèrement qu'il eût souffert une pareille pétition; il aurait dû et pu l'empêcher, car il savait bien que lui, Cromvrell, était résolu à ne pas accepter la couronne contre le vœu de l'armée. II demanda donc à Fleetwood de retouiiier aussitôt à la Cliambre pour empêcher i^ue cette affaire n'allât plus loin, et aux commissaires d'inviter de sa part la Chambre

) Joumahofthe Haute afcammons, LVII, p. 531;— Ludlow, Memitrej, t. II, p. 363-386. dans ma CuOedion; — Godwîn, His(. o/ thfCammomreallli, t. IV, p. 365-307.

LA ROYAUTÉ DE CROMWELL (7 mai 1657). 32;^

à se rendre ce jour-là même, à Whitehall, pour recevoir sa réponse définitive. Fleetwood obéit; les commissaires et toute la Chambre obéirent; dès qu'ils furent réunis dans la salle des Banquets, Cromwell entra :

a Je viens, monsieur l'orateur, » dit-il, a répondre « aux désirs que m'a témoignés la Chambre dans ce « papier qu'elle appelle sa Pétition. Je conviens que a cette affaire a causé à la Chambre beaucoup d'em* a barras et lui a coûté beaucoup de temps. J'en suis (( très-faché. A moi aussi, elle m'a suscité quelques ema barras et bien des pensées. Puisque j'ai été malheu- « reusement l'occasion d'une si grande perte de temps, a j'en perdrai peu aujourd'hui. »

« J'ai, du mieux que j'ai pu, tourné et retourné toute c( l'affaire dans mon esprit. C'est, je pense, un acte qui, « dans son but, cherche à établir le gouvernement de la « nation sur un bon pied, en ce qui touche les libertés 0 et les droits civils qui sont les droits de la nation, a On y a aussi très-bien pourvu à la sécurité des honc( nétes gens dans la jouissance de cette grande liberté ce naturelle et religieuse qui est la liberté de conscience. a Ce sont là les bases essentielles; et comme je l'ai déjà « fait et je le ferai, tant que Dieu me laissera vivre en « ce monde, je dois rendre ce témoignage que les intena tiens et les dispositions sont honorables et honnêtes, c( et une œuvre digne d'un Parlement. »

« J'ai eu seulement le malheur, soit dans mes confé- « rences avec vos commissaires, soit dans mes propres c( méditations, de n'être pas aussi convaincu que vous

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a de la nécessité de cette chose sur laquelle vous avez si a souvent insisté^ le titre de Roi. J'affirme, en tout « honneur et respect, que, toutes choses égales, aucun a jugement particulier ne peut entrer en balance avec « le jugement du Parlement. Mais, en ce qui touche « les personnes elles-mêmes, tout homme appelé à a rendre compte à Dieu de ses actions doit pouvoir, « dans une certaine mesure, justifier sa propre conduite <c et trouver dans sa propre conscience Tapprobation de « ce qu'il fait. Au moment où vous accordez tant d'aua très hbertés, vous ne me refuserez pas celle-ci, qui est a non-seulement une Uberté , mais un devoir.... J'ai « vraiment pensé et je pense encore que si, dans cette « circonstance, je faisais quelque cliose pour répondre « à votre désir, je le ferais au moins avec doute. Ce qui « est fait avec doute n'est pas un acte de foi, et ce (jui a n'est pas un acte de foi est un péché pour celui qui le K fait.... p

c( Décidé par cette considération, je crois qu'il est de a mon devoir.... Je voudrais seulement l'avoir fait c( plus tôt, par égard pour la Cliambre envers qui j'ai « contracté des obligations infinies; je voudrais, dis-je, (( l'avoir fait, plus tôt, pour vous épargner du temps a perdu et de l'ennui, et aussi par égard pour vos com- « missaires, à qui j'ai été, je dois le reconnaître, bien a déraisonnablement importun.... Mais enfin et sin- « cèreraent, quoique je croie que votre acte de gouverc( nement se compose de dispositions excellentes, toutes « cxcelhnites excepté une seule, le titre qui me concerne.

LE TITRE DE ROI (8 mai 1657). 325

c< ma réponse est que je ne serais pas un honnête a homme si je ne vous disais pas que je ne puis accepter « le gouvernement, dont je connais un peu mieux que « tout autre les difflcultés et le poids, que je ne puis, c< dis-je, entreprendre ce gouvernement avec le titre de i( Roi. C^est là ma ré|)onse à cette grande ai^aire^ »

La Chambre se retira silencieusement et remit au 13 mai toute délibération. Six semaines encore se passèrent en débats languissants, insipides pour ceux-là même qui s'y livraient. On rétablit dans la Pétition le titre de Protecteur à la place de celui de Roi •; et, à cette occasion, le major général Jephson proposa qu'on retranchât de Talphabet les quatre lettres qui formaient ce mot king, si déplaisant, dit-il, pour quelques personnes '. On demanda que certaines Conditions fussent attachées à la nomination des membres de Vautre Chambre; il y avait là aussi, pour le vieux parti républicain, un vif déplaisir ; il redoutait que beaucoup d'anciens lords ne fussent appelés dans cette Chambre nouvelle, et il voulait que, pour les en écarter ou pour les humilier en les admettant, on leur imposât l'obligation d'approuver la mort du feu roi, l'expulsion de sa famille et l'abolition de la Chambre des Lords*. On discuta la question de savoir si le Protectorat, ainsi modifié dans sa constitution, serait un gou-

* Carlyle, CromwelVs Letters and Speeches. t. II, p. 586-588; — Ludlow, Mémoires, t. II, p. 367, dans ma Collection.

2 Le 22 mai 1657; Burton, Diary, t. II, p. 119.

* Lo 27 mai ; Burton, Diary, t. II, p. 140.

* Le Ji4.juin; Burton, Diary, t. II, p. -298-3^).

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