CROMWELL ACCEPTE LA NOUVELLE
vernement nouyeau^ et si le Protecteur et les membres des deux Chambres auraient un nouveau serment à prêter*. On apportait dans ces débats plus d'entêtement que de chaleur; la Chambre était pressée de s'en aller : « Je propose, » dit Lenthall, « que toute affaire privée a soit mise de côté; la saison devient chaude; j'espère « que nous ne siégerons pas ici tout Tété; je voudrais et que nous traitassions uniquement des affaires publier ques et des questions de subsides. »— « J'appuie cette « motion, » dit sir Thomas Wroth ; a vidons les affaires « publiques ; ce sera probablement tout ce qu'aura le c( peuple pour son argent, et il les payera bien*. «Quand ces diverses questions furent résolues, le 25 mai 1657, la Chambre se réunit pour présenter de nouveau au Protecteur V humble Pétition et avis' ainsi modifiée; l'huissier vint annoncer que « Son Altesse était dans la « Chambre des Lords, où elle attendait la Chambre. » Un silence plein de surprise accueilUt ces paroles; mais l'huissier ne les avait, dit-il, prononcées que par mégarde ; c'était dans la Chambre Peinte que le Protecteur invitait les membres à se rendre'. Ils s'y rendirent : « Je n'ai qu'un ou deux mots à vous dire, » leur dit Cromwell, « un seul mot ; j'ai bien pensé, en venant ici « aujourd'hui, que je n'y venais pas comme à un
1 Les 23 et M juin ; Burtoh, Diary, t. II, p. 280, :i84, :<U5 ;* Journah of the House of commonSj t. VII, p, 570-574. * Le 26 mai ; Burton, Diary, t. II, p. 124-X25. ' Le 25 mai ; Burton, Diary^ t. II, p. 12^.
CONSTITUTION DU PROTECTORAT (^5 mai 1657). 3-27
(c triomphe^ mais pour me charger d'un des plus lourds ix fardeaux qui puissent être mis sur les épaules d'une ff créature humaine ; » et il in^sta avec une fermeté triste sur cette idée^ se déclarant incapable de suffire à sa tâche sans le secours de Dieu, et aus^i de ce Parlement ipii s'était montré plein de txm Touloir^ mais à qui il restait encore^ « ponr le bien de ces nations et {)0ur « ce gouvernement^ » hietk des choses à faire : « Vous a les ferez^ j'espàre, » ditril^ « à votre heure^ et aussi cr promptement que vous le pourrez ^ n Puis, il donna son adhésion formeUe à la nouvelle constitution du Protectorat et retoin*na à WhitehaB.
Pendant que^ sous un air de pieuse indifférence pour le mécmnpte qu'il venait de snbir^ il laissait ainsi percer son espérance obstinée, on jetait dans les nies, et peutêtre sur son passage^ un pamphlet intitulé : Tuer n*e3l pas a$$a$$iner, et qui débutait par une dédicace « A Son « Altesse Olivier CromvreU,» en ces termes : « C'est nnon « intention de procurer à Votre Altesse une justice que « pemmiie ne lui rend enooore, ei de faire roir au peutf pie que, plus il tarde à vous la rendre,, (dus il fait tort € à luinaoéme^ à vous. A Votre Altesse appartient Thon- « neur de mourir pour le peuple, et ce sera eertain€^c ment pour vous,, au dernier moment de votre vie, « une ineipiimahle consolation de voir quel bieii vous
1 Jounidls of the House of commonSy t. VI, p. 539. Par une singulière omission, ce discours ne se trouve pas tîaas la CoUeciion des Lettres et Discours de Cromwell, publiée par M. Garlyle, où il devrait être placé, t. II, p. 590.
^i'if^ PUBLICATION DU PAMPHLET
« ferez au inonde en le quittant. Alors seulement, « milord^ les titres que vous usurpez maintenant seront « vraiment à vous ; alors vous serez le libérateur de « votre patrie, car vous la délivrerez d'une servitude a presque égale à celle dont Moïse alTrancbit la sienne. « Alors vous serez ce réformateur que vous voudriez a maintenant paraître, car al(H^ la religion sera réta- « blie, la liberté recouvrée, et les Parlements posséde- « ront les privilèges pour lesquels ils ont combattu.... « Nous espérons tout cela de Theureuse mort de Votre « Altesse..., C'est pour hâter ce bieninunense que j'é- « cris ce papier; et s'il a les effets que j'en espère. Votre « Altesse sera bientôt hors de l'atteinte de la malice des (( hommes, et vos ennemis ne pourront plus porter c( qu'à votre mémoire des coups que vous ne sentirez a pas. » Répandu avec profusion et lu avec avidité, ce pamphlet inquiéta vivement les amis du Protecteur : c( C'est l'écrit le plus dangereux qui ait été pubUé de c( notre temps, écrivait Morland à Pell *; le Diable luic( même n'aurait pu faire pis. » L^nfatigable artisan de tous ces projets d'insurrection ou d^attentat, Sexby en était, à ce qu'il paraît, l'auteur; mais il avait trop compté sur sa haine pour susciter des assassins et sur son adresse pour échapper à la poUce de Cromwell ; il fut découvert à Londres, arrêté et mis à la Tour', où il mourut au bout de quelques mois*, déclarant tantôt
1 Le 1" juin 1657.
2 En juillet 1657.
' En janvier 1658.
TUJiK N'EST PAS ASSASSINER. 329
avec orgueil, tantôt avec trouble, que c'était lui qui avait ourdi le complot de Sindercombe et écrit le pamphlet qui faisait tant de bruit ^
Au milieu de cette fermentation ennemie, le 26 juin 1657, une estrade fut élevée dans Westminster-Hall. Le fauteuil royal dTÈcosse, apporté de Tabbaye de Westminster, y était placé sous un dais. Au-devant et plus bas était une table couverte d'un tapis de velours de Gènes rose, garni de franges d'or. Sur cette table étaient la Bible, l'épée et le sceptre de la République. Devant la table, sur un fauteuil, était assis sir Thomas Widdrington, orateur du Parlement. A quelque distance, des sièges avaient été dressés en amphithéâtre, destinés aux membres du Parlement. Au-dessous, des places étaient réservées pour les aldermen de la Cité et pour le reste des spectateurs.
Vers deux heures, précédé et suivi d'un cortège nombreux et magnifique, Cromwell entra dans la salle. Après lui et son cortège, venaient les membres du Parlement. Au milieu de bruyantes acclamations, Crom-
1 The Harleian Misceîlany, t. IV, p. 289-305 ;—Thurloe, State- Papers, t. VI, p. 485, 560;— Burton, Diary, t. II, p. 312-314;— Godwin, Hist. ofthe Commonwealth, t. IV, p. 390. On a souvent attribué ce pamphlet au colonel Silaw Titus, presbytérien royaliste qui, après la restauration, en réclama en effet l'honneur, et dut probablement à cette assertion sa charge de gentilhomme de la chambre de Charles II. Mais l'examen attentif des circonstances ai des témoignages donne, à mon avis, lieu de croire bien plutôt, avec Godwin, que Sexhy était réellement l'auteur de Killing no murder.
aao INAL'GUKAIION DU NOLVBAl'
well s'assit dans le fauteuil royal d'Ecosse. A sa gauche^ étaient le loixi maire de la Cité et Tainbassadeur de Hollande ; à sa droite^ Tambassadeur de France et Robert^ comte de Warwick^ qui^ dans la marche^ portait devant lui répée. L'orateur^ au nom du Parlement^ présenta à Cromwell une magnifique robe de velours pourpre bordée d'hermine^ une Bible richement reliée^ avec des fermoirs d'or, une épée à rielie poignée et un sceptre d'or massif. Il fit un discours sur ces quatre emblèntes^ prit la Bible^ et ouvrit devant Cromwell la formule du serment qu'avait arrêtée le Parlement : « En présence c( et au nom du Dieu tout-puissant^ je promets et jure « que, de tout mon pouvoir et de tout mon entende- « ment^ je soutiendrai et maintiendrai la vraie religion « chrétienne protestante réformée^ dans sa pureté^ « comme elle est contenue dans les saintes Écritures de « Tancien et du nouveau Testament^ et que j'en oncou- « ragerai la profession et les fidèles ; et aussi que, de a tout mon pouvoir^ je m^efforcerai, conune magistrat « suprême de ces trois nations^ de maintenir la paix et « la sécurité, et les justes droits et privilèges du peuple; « et qu'en toutes choses, je gouvernerai le peuple de c( ces nations conformément à la loi. »
Cromwell prêta ce serment. Le docteur Manton fit une prière. Le héraut d'armes, au son des trompettes, proclama Son Altesse Olivier Cromwell Protecteur d'Angleterre> d'Ecosse et d'Irlande et de tous les domaines et territoires qui en dépendent. A quoi le peuple répondit par ses acclamations : « Dieu sauve le lord Protecteur !
PROTECTOIUT (26 juin 1657,. 331
« Vive longtemps Son Altesse ! Huzza ! » Croniwell se le\a^ salua rassemblée^ descendit de Testrado^ et suivi de tout son cortège, retourna en pompe à Whilehall. Les membres du Parlement renti*àrent dans leur salle, et s'ajournèrent au 20 janvier suivant '.
Ainsi fut inauguré, pour la seconde fois, le Protectorat de Cromwell, tel que rétablissait la nouvelle constitution, réglée de concert par Cromwell et le Parlement. Les deux Chambres étaient rétablies. Le gouvernement était concentré aux mains du Protecteur. 11 avait le droit de nommer son successeur. Ce n'était plus la République. Il y manquait le droit héréditaire et le titre de Roi, c'est-à-dire la Monarcliie.
Cromwell l'avait formellement refusée. En apparence, son honneur était sauf. H ne souffrait pas non plus dans son pouvoir. Délaissée après avoir été poussée, la Chambre ne voulut ou n'osa montrer aucun ressentiment. Tout ébranlement dans l'armée cessa ; contents et non enivrés de leur succès, les officiers opposants se rallièrent autour du Protecteur; il restait puissant et redouté. Pourtant, il avait reçu une profonde atteinte. Ses ennemis le taxaient d'irrésolution et de pusillani* mité : « Les majors généraux et les officiers de l'armée, <f écrivait l'un d'eux à Hyde % se rient de ses espérances
* Parliam,Hiai., t. XXI, p, 148, 152-159;— JotimaU ofikeHouae ufcommom, t. VII, p. 5T7-578;— Burton, Diary^ t, II, p. 511-515 ;— Whitelocke, p. 6t)2-GG'i\'-Cromw€lliatia, p. 165-167.
' M. Broderick à sir E. Hyde, 7 mai 1657; Clarcndoii, ISlatc- Papers, t. III, p. 889 j Hist. of the RebelUon, 1. xv, e. 31.