CROMWELL DESTITUE
« et le méprisent pour ses craintes; dans Topinion des « spectateurs impartiaux^ tour à tour il joue et manque « follement sa fortune. » Ses plus intimes amis furent surpris et attristés en le voyant hésiter et reculer à ce point : « Tout homme sage dans le public, écrivait « Thurloe à Henri CromwellS s'étonne de tant de dé- « lais; si ce Parlement ne nous établit pas définitive- « ment, il n'y a point d'espoir qu'aucun Parlement le « fasse jamais ; il n'en viendra jamais aucun qui y conte sacre autant de temps, ni qui fasse la moitié de ce « qu'a fait celui-ci. » Évidemment, dans la pensée de ses contemporains, Cromwell fut diminué par sa conduite dans cette circonstance ; il avait tenté plus qu'il n'avait pu; il avait désiré et renoncé. Quand on est placé si haut et sur une pente si fçlissante, il faut ou monter toujours, ou rester immobile ; si l'on s'arrête en essayant de monter encore, on descend.
Mais Cromwell savait subir sans bruit les échecs qu'il était bien résolu de ne pas accepter; et toujours confiant dans les retours de la fortune, il ne songeait plus, dès qu'il en avait besoin, qu'à les préparer et à les attendre. Il commença son nouveau travail par un acte de vengeance qui semblait hardi et qui fut facile; parmi les adversaires qui s'étaient opposés à sa royauté, Lambert avait été l'un des plus ardents et des plus efficaces; hostilité qui eût été singulière après les services que Lambert avait reçus de Cromwell et ceux qu'il lui avait ren-
« Le 29 avril 1657; Tnurloe, State-Papers, t. VI, p. 243.