LAMBERT
dus, si la présomption et la vanité n'expliquaient toutes les inconséquences. Lambert avait poussé à la fortune de Cromwell tant qu'il avait cru qu'elle serait viagère^ et que, lui aussi, il pourrait un jour devenir Lord Protecteur. C'est l'un des plus pernicieux effets de la fortune révolutionnaire d'un grand homme qu'ellefait, de tous les sots ambitieux, autant de prétendants aux mêmes grandeurs. Lambert ne put supporter l'idée que le pouvoir de Cromwell devînt héréditaire, et lui enlevât ce qu'il regardait comme son avenir. Soit volontairement et par humeur, soit qu'il n'y eût pas été invité, il n'assista point au banquet que Cromwell donna au Parlement et aux officiers après la proclamation du nouveau Protectorat; et quand le jour vint de prêter serment de fidélité au Protecteur, Lambert fut encore absent. Cromwell le fit venir : « Je ne pense pas, lui dit-il, que votre « refus provienne de la nouvelle constitution de l'auto- « rite ; vous pouvez vous rappeler que c'est vous qui « m'avez, le premier, pressé d'accepter le titre de Roi ; « si vous êtes mécontent de l'état actuel des affaires, je « vous redemanderai votre commission. » — « Si j'avais « prévu que vous me la redemanderiez, répondit Lam- « bert, je l'aurais apportée; vous pouvez l'envoyer cher- « cher quand il vous plaira. » Deux jours après, Cromwell lui retira en effet tous ses emplois; mais soigneux de l'abaisser en le disgraciant, et pour conserver encore sur lui quelque prise, il lui laissa un traitement de deux mille Uvres sterling, et Lambert, qui l'accepta, alla vivre oublié dans sa maison de campagne de Wimble-